Portraits
Neil Young, une voix dans la nuit

Neil Young, une voix dans la nuit

par Giom le 10 février 2009

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Un peu dépassé par les événements, Young met au point une tournée de 65 dates et commence à répéter avec les Stray Gators, rappelant pour l’occasion le guitariste Danny Whitten dont il a obtenu l’assurance qu’il a décroché de l’héroïne dont ce dernier est sérieusement dépendant. En même temps, Young commence à travailler sur son premier film, Journey Through The Past où il entend bien parler des thèmes qui l’obsède comme la drogue et la religion qui sont pour lui des façons différentes mais parallèles de supporter la réalité de la vie et de ne pas l’affronter. Il cherche à obtenir de la Warner qu’elle finance et produise son projet. Celle-ci accepte à condition que Young compose une bande originale de film pouvant être commercialisée en disque. En mai 1972, Young a également rejoint Graham Nash pour enregistrer le single War Song (avec The Needle And The Damage Done, chanson d’Harvest sur les ravages de la drogue, en face B). War Song est une violente diatribe contre le gouvernement de Nixon et contre cette guerre au nom de « la lutte contre le communisme » qui n’en finit pas de l’autre côté du Pacifique.

Pendant les répétitions d’avant la tournée avec les Stray Gators, Young se rend vite compte que Whitten ne peut tenir sa place parmi le groupe. Pour compenser son manque d’héroïne, Whitten absorbe une quantité faramineuse d’alcool et d’autres stupéfiants et est incapable de jouer le moindre morceau en entier. Furieux, Young le vire du groupe et le met dans un avion avec cinquante dollars en poche. Quelques jours plus tard, plus précisément le 18 novembre 1972, Whitten est retrouvé mort chez lui d’une dose d’héroïne achetée avec l’argent que Young lui avait donné. Whitten avait 29 ans et ajoute un nouveau nom à la déjà longue liste des morts du monde du rock post-60’s. Traumatisé, Neil Young ne s’en remettra jamais vraiment.

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Danny Whitten, un cheval vraiment trop fou

 La mort aux trousses

Très marqué par la mort de son ancien guitariste, une période (très) sombre commence alors pour le Loner. C’est finalement cet événement qui va marquer un tournant dans sa carrière et ainsi l’amener à se renouveler en trouvant une voie encore plus personnelle et profonde : « Après Harvest, j’étais fatigué d’être moi-même, de toujours refaire sur scène les mêmes chansons (...). Je ne pouvais rester dans cet état, aussi j’ai voulu détruire cette idée que j’avais de moi ». À partir de cette époque, Neil Young va tenter de faire le tri dans son immense auditoire pour voir qui est prêt à le suivre dans sa nouvelle direction : « Harvest m’a mis au milieu de la route. Bientôt, j’ai opté pour le fossé. Le voyage est plus difficile mais on y rencontre des gens plus intéressants ».

Il faut dire qu’à ce moment là, Young subit les foudres de la critique rock qui lui reproche ce suicide commercial qu’a représenté la sortie en disque de la bande originale du film Journey Through The Past en novembre 1972. Annoncé par la Warner comme la suite d’Harvest, la surprise fut de taille pour le public qui n’y découvrit qu’une seule chanson inédite mêlée à des séquences de live du Buffalo Springfield ou de Crosby, Stills, Nash & Young. Le morceau Words, déjà présent sur Harvest y est, sur la B.O., étiré pour occuper une face complète du double album. Déception, qu’on peut comprendre, pour le public et la presse, le magazine Rolling Stone déclarera à propos de cette expérience : « Le moment le plus faible de la carrière de Neil Young. Qu’un quelconque film puisse justifier l’existence de ce disque est une question qui mérite d’être posée ». Le film, quant à lui, sera projeté en avant-première au festival de Dallas le 8 avril 1973, Neil Young déclarant (assez pompeusement il faut bien l’avouer) à cette occasion avoir été influencé par les grands cinéastes européens avant-gardistes que sont Fellini et Godard. Inutile de préciser que le film, justement trop « avant-gardiste », fut un échec. Il mêlait séquences oniriques, extraits de live et propos péremptoires sur l’environnement. Quelques temps plus tard, Young déclarera à propos de cet épisode de sa carrière : « De temps en temps, j’aime me risquer dans des aventures qui risquent d’échouer ». Euh oui, on peut dire ça comme ça.



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