Portraits
Neil Young, une voix dans la nuit

Neil Young, une voix dans la nuit

par Giom le 10 février 2009

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Malgré la mort de Whitten, la tournée d’Harvest a bien lieu dans une soixantaine de villes. L’ambiance est très mauvaise et les musiciens des Stray Gators réclament à mi-parcours une augmentation de salaire. Alors que le groupe se produit dans des stades combles, Young prend tout le monde à contre-pied et refuse de jouer les tubes d’Harvest ou d’After The Gold Rush, testant des nouveaux titres à l’esprit beaucoup moins joyeux. Aux deux tiers de la tournée, Young commence même à avoir des problèmes de gorge et à avoir de plus en plus de difficultés à chanter. Pour pallier à ça, il décide de convoquer l’aide de ses anciens collègues de Crosby, Stills, Nash & Young. Alors qu’ils ne sont, eux aussi, pas au mieux de leur forme psychologique, Crosby et Nash viennent soutenir Young sur la côte ouest et l’accompagnent pendant la fin de sa tournée. La petite amie de Nash vient d’être assassinée par son frère et la mère de Crosby se meure d’une longue maladie. Les deux camarades réalisent donc envers Neil un geste totalement désintéressé, véritable preuve d’amitié, exception rare dans leur carrière commune souvent marquée par les incompatibilités d’humeurs. Stephen Stills est de son côté trop occupé à épouser une jeune chanteuse française qu’il a rencontré par sa maison de disque... Véronique Sanson. Épuisé et malade, Young se voit tout de même obligé d’annuler les dernières dates européennes de sa tournée pour se faire enlever des nodules à la gorge.

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Times Fade Away : la gloire non assumée

En témoignage de cette période troublée, sortira le premier live de la carrière de Neil Young Time Fades Away, avec que des morceaux inédits. Le disque sera tout de même disque d’or aux USA restant 18 semaines dans les charts. Revenant en 1985 pour le Melody Maker sur cette époque sombre, Young déclarera : « C’était comme si la mort de Whitten avait quelque chose à voir avec tout ce qui se passait. C’était comme si après la liberté des années 60 et la libération des mœurs, les drogues et tout ça, on vous présentait l’addition. Les amis, les jeunes qui mourraient... Ça m’a littéralement démoli alors à l’époque je me suis senti comme qui dirait exorcisé ».

Pourtant, bien décidé à toujours être là où on ne l’attend pas, Young décide à l’été 1974 de remonter le groupe Crosby, Stills, Nash & Young et les quatre partent en vacances ensemble à Hawaï afin de composer un nouveau disque dont ils ont déjà le titre : Human Highway. De retour en Californie, les séances d’enregistrement sont un échec et Young décide de tout laisser tomber. De retour chez lui, une autre nouvelle tragique l’attend, il apprend la mort de Bruce Berry, ancien roadie de Crosby, Stills, Nash & Young dont Young avait remarqué sa passion pour l’héroïne. De nouveau terrassé par ce contact soudain avec la mort, il se met à composer des chansons hantées par le souvenir de ses amis disparus. Il réunit alors ce qui reste du Crazy Horse, Nils Lofgren (le jeune pianiste d’After The Gold Rush) et Ben Keith (membre des Stray Gators) pour enregistrer tout ça dans le studio du frère de Bruce Berry, Ken, avec le fidèle David Briggs à la production. Ces sessions chaotiques où les musiciens sont le plus souvent défoncés à la tequila, donneront la majeur partie de l’album Tonight’s The Night. Les textes y sont susurrés et Young plagie même consciemment le titre Lady Jane des Stones sur Borrowed Tune chantant les paroles suivantes, assez pathétiques : « J’ai emprunté cette chanson aux Rolling Stones. Je suis trop destroy pour en composer une ». Bien sûr, les fantômes de Whitten et Berry hantent les sessions comme le déclarera Young : « C’est marrant je me souviens de toute cette expérience en noir et blanc. On allait au bar vers 17 heures et on commençait à se défoncer avec de la tequila. Vers minuit, on se mettait à jouer et on jouait Bruce et Danny à leur façon toute la nuit ». Pour privilégier l’émotion, seules les premières prises sont enregistrées et tous essayent de communier avec ces deux esprits « morts pour le rock’n’roll » (comme cela est inscrit sur la pochette). Détail morbide, le nom de Danny Whitten est inscrit sur la pochette à la place qu’il aurait eu en tant que musicien.

Convaincu de la qualité du disque, Young présente le travail à Reprise qui est effrayée par sa noirceur et y voit l’annonce d’un nouvel échec commercial. La maison de disque refuse donc de publier Tonight’s The Night mais ne peut empêcher Young de partir avec sa bande (qu’il a baptisé The Santa Monica Flyers) en tournée. Tout commence à Miami, au club Angeleno récemment ouvert par son manager Elliot Roberts avec David Geffen. Les performances de la formation y sont macabres. Young, entouré sur scène d’un palmier et d’une statue indienne, se montre souvent hostile vis-à-vis d’un public qui continue à vouloir entendre les titres d’Harvest en concert. Au dessus du groupe, on peut voir une banderole cynique avec inscrit : « Bienvenus à Miami, tout y est plus superficiel qu’ailleurs » (Young gardera d’ailleurs cette banderole même dans les autres lieux de la tournée). Au Roxy de Los Angeles, Neil Young déclare toutes les boissons gratuites et invite toutes les filles de l’assistance à montrer leurs seins. C’est l’époque où Young, qui, il est vrai possède un look cadavérique à la mesure de la future pochette de Tonight’s The Night, est l’objet de nombreuses rumeurs sur l’état de sa santé.

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Vous avez dit ravagé ?

La BBC annonce même en octobre 1973 sa mort et la Warner aurait du coup même rédigé un faire-part de décès (comme quoi les choses peuvent aller vite en besogne quand il s’agit d’enterrer une idole des 60’s !). Mais Young refait surface un mois plus tard en Grande-Bretagne, dans un bien meilleur état, où il tourne en compagnie des Eagles. L’esprit de dérision de Young se fait alors de plus en plus cinglant puisqu’il dira à propos de cette tournée britannique : « Ce fut une tournée extraordinaire, une de mes préférées. C’était vraiment des concerts magiques. Au Royal Festival Hall de Londres, je suis revenu faire un rappel alors que la salle était vide et j’ai joué Tonight’s The Night pour la quatrième fois ». Il faut dire que Young se lance dans une vaste opération de caricature d’un monde du rock qui commence, en ce milieu des 70’s, à se prendre vraiment au sérieux, ces excès menant droit au contre-courant de l’esthétique punk, rappelons-le ! Young, de son côté, continue de casser son image, jouant parfois tout un concert avec un masque de Richard Nixon sur le visage. « Nous voulions vraiment passer pour des types louches... », dira le Loner à ce propos. Cette attitude aura pour conséquence d’influencer un certain John Richie (futur Sid Vicious des Sex Pistols) qui, présent au concert de Manchester, se souviendra de ce rapport singulier entretenu par l’artiste avec son public à l’époque.



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