Portraits
Neil Young, une voix dans la nuit

Neil Young, une voix dans la nuit

par Giom le 10 février 2009

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Fort de ce nouveau succès, Young prend avec lui la rythmique basse/batterie du Blue Notes qu’il baptise Restless puis Lost Dogs quand son chien meurt et, alors en tournée en Australie, publie un EP en mars 1989 uniquement destiné aux marchés japonais et australien, Eldorado, composé de cinq titres très rock qui dépotent. On y notera le virulent Cocaine Eyes, critique à l’égard de la paranoïa croissante de Stephen Stills qui se ballade maintenant toujours armé rappelant à qui veut bien l’entendre ses états de service au Vietnam.
Car, attention, Crosby, Stills, Nash & Young a tout de même réussi a faire un disque ! Près de vingt ans après Déjà Vu, son successeur s’appelle American Dream et sera un échec relatif lors de sa sortie en novembre 1988. En tout cas, pas question pour Young de partir en tournée avec le quatuor, Crosby et Stills restant des épaves (apparemment, ça va mieux pour Nash). Young préfère se consacrer à ses propres productions qui depuis This Note’s For You, l’ont remis sur le devant de la scène : « J’ai toujours été là », déclarera-t-il a posteriori, « pendant deux ans au début des années 80 je n’ai rien fait mais à part ça j’ai toujours beaucoup travaillé ».

En 1989 en tout cas, trois gloires du rock 60’s sortent un album presque en même temps. Lou Reed produit New York, Dylan Oh Mercy et Young Freedom en octobre. C’est bien Young qui semble avoir le mieux vieilli et son disque est tout simplement l’un des meilleurs de sa carrière. On retrouve le protest singer des temps passés avec Rockin’ In The Free World, satyre des travers de l’Amérique des 80’s qui ouvre et conclut l’album (procédé déjà utilisé par le Loner sur Tonight’s The Night puis sur Rust Never Sleeps). Young reprend même un titre des Drifters de 1963, Oh Broadway, pour pointer les faiblesses sociales du système américain où les sans-abris sont si nombreux.
C’est donc reparti pour le Loner qui après des années assez troublantes retrouve sa pleine inspiration et va alors pouvoir être panthéoniser par ses pairs.

  L’éternelle jeunesse

Alors qu’il revient au meilleur de sa forme, Neil Young est, au début des années 1990, la source d’un véritable culte par les nouvelles générations émergentes. Comme pour les punks à la fin des années 1970, il est vu par les nouveaux groupes comme un artiste ne faisant pas de concessions et toujours tourné vers sa musique. Aussi bien à l’est des États-Unis avec les groupes de la scène de rock indépendante (Sonic Youth, Pixies...) qu’à l’ouest avec la naissance du mouvement grunge (Nirvana, Pearl Jam), tout le monde rend hommage au Loner et un premier tribute album sort même en juillet 1989 avec des reprises des plus grands titres du Loner par Nick Cave, Sonic Youth, The Faming Lips, les Pixies ou encore Dinosaur Junior. Les profits faits sur les ventes du disque, intitulé The Bridge, iront bien entendu à l’école Bridge School. Sûrement touché, Young n’aura qu’une réaction à l’époque, toujours dans un style laconique : « J’espère que ça ne veut pas dire qu’il est temps pour moi d’arrêter ».
Pendant ce temps là, Young parcourt l’Europe avec une tournée acoustique où il dédicace chaque soir le titre Ohio au « jeune gars qui s’est placé en face des chars sur la place Tian’an men ».
Finalement, un nouveau disque de Young avec le Crazy Horse voit le jour et il faut bien avouer qu’on n’avait pas vu de production du combo plus survoltée depuis... leur première Everybody Knows This Is Nowhere.

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La fureur électrique est de retour !

Ragged Glory, qui sort en septembre 1990 se compose de morceaux de plus de 10 minutes et sonne parfaitement dans l’air du temps au moment où le mouvement grunge explose (notons d’ailleurs que le grunge a tout piqué niveau look à Neil Young, les chemises de trappeur et les jeans troués, c’est pas très nouveau). Le dernier titre de l’album Mother Earth est une longue impro bourrée de larsens qui fait penser à la version du Star Spangled Banner d’Hendrix à Woodstock. C’est à cette période que Young déclarera être inspiré, dans ses soli de guitare par « la musique jazz et notamment John Coltrane ». Certes, la déclaration est un peu pompeuse. Dans la foulée d’une tournée monumentale, Young publie un nouveau disque live Weld en octobre 1991. Une édition (très) limitée propose un disque supplémentaire, le projet Arc inspiré par l’esthétique noisy rock popularisée par Sonic Youth qui a alors accompagné le Loner en première partie de sa tournée : « Je leur ai montré Muddy Track, mon documentaire sur la tournée Crazy Horse de 86 et 87. ils ont aimé la musique et m’ont encouragé à faire un album uniquement composé d’intros, de fins de morceaux et de parties sans le beat ». Ça donnera Arc !



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