Portraits
Neil Young, une voix dans la nuit

Neil Young, une voix dans la nuit

par Giom le 10 février 2009

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  Buffalo Springfield : grandeur et décadence

En partant pour la Californie, Neil Young avait bien en tête qu’à l’époque, c’est là que tout se passait pour toute personne voulant faire de la musique avec une guitare. Depuis que Dylan s’est démarqué de la scène folk de Greenwich Village, New York est en perte de vitesse et c’est bien à Los Angeles que les talents éclosent. La Cité des Anges est la ville des Byrds, nouveau groupe en vue, qui vient de réaliser, avec sa reprise de Mr.Tambourine Man de Dylan, le premier tube folk-rock. Buffalo Springfield profite donc de cette effervescence californienne et se fait remarquer par les fameux Byrds, le bassiste Chris Hillman, songeant même un temps à devenir leur manager.

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Buffalo Springfield

Le 15 avril 1966 le groupe fait la première partie des Byrds au San Bernardo’s Swing Auditorium avant de décrocher un contrat au club le plus fameux de l’époque, le Whisky A-Go-Go, véritable gage de notoriété locale pour un jeune groupe. C’est l’époque où Young fait de nombreuses rencontres, il côtoie les membres des Doors, de Love et va même jusqu’à jouer de la guitare sur un titre de Monkees (As We Go Along publié en 1968), groupe connu comme le premier boys band de l’histoire (comme quoi Robbie Williams n’a vraiment rien inventé.) Le paroxysme de ce succès rencontré par le groupe coïncidera avec un concert devant 20.000 personnes au Hollywood Bowl en première partie des Rolling Stones. Buffalo Springfield devient vite un groupe adoré par les adolescents, enfin surtout les adolescentes, le magazine Teenset affirmera même dans une verve digne du NME britannique : « Il s’agit là du groupe le plus beau et le plus talentueux depuis les Beatles ». Il faut dire que les cinq doivent beaucoup au jeu de scène de Richie Furay, musicien au grand charisme qui faisait fondre plus d’un cœur sensible. Young, à cette époque commence à acquérir une réputation de type sérieux, repoussant le plus souvent les groupies, et entièrement tourné vers l’acte créateur. L’expérience pour lui n’est pas si heureuse puisque c’est à cette époque que se développent ses crises d’épilepsie (dont la majeur partie auront lieux durant sa carrière avec Buffalo Springfield) qui se passent le plus souvent pendant les concerts.

Finalement, le groupe signe avec les managers-producteurs Green and Stone (qui avaient déjà travaillé pour Sonny and Cher) afin d’enregistrer leurs premiers titres. Ils décrochent leur premier contrat chez Atco (la division pop d’Atlantic Records) et peuvent commencer à bosser en studios. Mais, tout ne se passe pas comme prévu et des tensions commencent à apparaître au sein du groupe. Il s’avère très vite que Green et Stone n’ont aucune expérience de la production, Neil Young déclarant plus tard qu’ils représentaient le « vers dans le fruit ». Plus embêtant, Neil Young et Stephen Stills commencent à se friter. Stills est officiellement le leader du groupe mais Young compose de plus en plus ce que l’Américain voit d’un mauvais œil. Young, lui, est censé être le guitariste solo, mais à cette époque, Stills joue mieux que lui. Bref, l’ambiance n’est pas au beau fixe et chacun veut placer sur l’album le plus de compositions de son cru à la fois pour son ego mais aussi pour les royalties. Le premier single, qui sort en juillet 1966, est finalement la chanson de Young Nowadays Clancy Can’t Even Sing mais chantée par Furay. C’est un échec relatif tout comme Burned, qui sort le mois suivant. Finalement, le premier LP du groupe, éponyme, sort en janvier 1967 et est composé de sept morceaux de Stills pour cinq de Young. Au même moment, sort en single, le morceau For What It’s Worth, compo de Stills sur les récentes émeutes estudiantines de Los Angeles à propos du Vietnam, qui devient un tube, atteignant la septième place des charts américains et sauvant le groupe de l’échec commercial. Ce morceau, qui ouvre le LP, seul véritable tube du groupe, est encore cité aujourd’hui parmi les titres ayant marqué la musique californienne dans la deuxième partie des 60’s. Stills se montre alors un compositeur plus efficace que Young, même si ce dernier présente des morceaux plus originaux malgré ses difficultés à s’imposer comme chanteur.

Cependant, même s’il reste tout de même seize semaines dans les charts, le premier album de Buffalo Springfield souffre d’une prise de son exécrable comme en témoignera plus tard Young : « Nous aurions dû enregistrer live mais les producteurs voulaient nous faire adopter la dernière technique en vogue : enregistrer tout le morceau, puis ajouter le chant. C’est pour ça que tous les disques du groupe sont tous des échecs ». Ces séances d’enregistrement pour l’album ont eu pour conséquence de mettre une sale ambiance au sein du groupe. Young et Stills sont maintenant considérés comme des « frères ennemis » et les choses ne vont pas s’arranger lorsque Bruce Palmer est extradé au Canada après s’être fait prendre avec de la drogue par la police américaine. Young fait alors venir son ami Ken Koblun du Canada pour remplacer Palmer à la basse mais il le vire à peine un mois plus tard sans lui donner la moindre explication. La tournée est exténuante et l’ambiance est de plus en plus pourrie au sein du groupe. Furay reconnaîtra plus tard : « C’est à cette époque que tout a sombré ». Young ne supporte pas cette image de « groupe à minettes » de Buffalo Springfield et plante tout le monde à la veille d’un passage dans l’émission de télévision ringarde de Johnny Carson : The Tonight Show. Il faut dire que Stills devient de plus en plus autoritaire ce que Young apprécie moyennement : « Une partie de mon éducation dans le sud a été militaire », admettra Stills. « J’étais dans une école militaire et on m’a appris comment devenir officier. Une des façons de gérer une situation comme celle-là est de prendre les commandes. Bien entendu, des gens comme Neil vont instantanément se rebeller ». Finalement, le groupe apparaît au Monterey Pop Festival avec dans ses rangs un certain... David Crosby (ex-Byrds) en remplacement du « rebelle » Young.

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Buffalo Springfield... again


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