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Noir Désir : une certaine idée de la France... Part I

Noir Désir : une certaine idée de la France... Part I

par Thibault le 10 novembre 2009

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« Soit, les textes sont craignos, mais le reste relève le niveau, non ? » me rétorquera-t-on. Bouarf… Non. Tout ce qui tourne autour est du même acabit. L’artwork est juste moche (jetez un œil à celui de Du Ciment Sous Les Plaines, vous m’en direz des nouvelles), on ne sauvera du naufrage que le grain de la pochette de Tostaky, assez classieux. (Ceci dit, quelle idée d’avoir pris une photo de dos !) Quant aux clips, ils sont horribles. Celui d’Aux Sombres Héros de l’Amer est un grand moment de kitsch typiquement eighties :

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« C’est ça le nouveau clip ? Et bah putain... »

Lors d’une interview accordée des années plus tard, Serge commentera ces images en se marrant : « ah oui, c’était l’époque… On adorait le maquillage, The Cure, toute la new wave… On a changé depuis ». Ceci dit, l’apothéose est surement atteinte avec le clip de Tostaky (Le Continent), qui reste un mystère pour tous ceux qui l’ont vu :

What The Fuck ? Quant au son en lui-même… Le moins que l’on puisse dire est que l’ensemble a très mal vieillit et sonne aujourd’hui très daté. Les deux premiers albums souffrent d’une production tout simplement catastrophique. La Strat’ couine aigrelette et rachitique, la batterie est mixée à la eighties, la basse est à peine audible… Le tout n’a aucun relief et ne transmet aucune chaleur, l’énergie ne passe pas. Il faut dire que le savoir faire de Barclay en matière d’enregistrement de musique rock était proche du néant. Quant à Tostaky, le travail effectué dessus par le ponte de la production hardcore ricaine, Ted Niceley, est bien plus une caution d’indépendance qu’un apport aux chansons des bordelais.

La voix est couverte par le ramdam instrumental et la saturation mal dosée, la Les Paul dégueule des notes qui se perdent dans le bordel général… On n’a même pas l’impression d’être en terrain dangereux comme chez Fugazi, où les stridences peuvent jaillir à tout moment, non. Pour des raisons incompréhensibles, le tout a été nivelé, mis à plat, et la tension vous paraîtra proche de zéro pour peu que vous soyez coutumier de musique musclée.

Et les morceaux en eux-mêmes ne débordent pas d’inventivité. Ils tournent pour la plupart autour d’accords très simples et très classiques, joués sans touché particulier (sol majeur, mi mineur, sol majeur, mi mineur, sol mineur… Oh, mais que vois-je ? Un la mineur !). Accords qui forment des lignes mélodiques très simples et très classiques (c’est 4/4 et couplet / refrain à tous les étages)… Ceci dit on peut faire de très bonnes choses avec de tels ingrédients, c’est le principe même de la pop, il « suffit » d’un doigté particulier et de quelques parties de chant originales mais nous avons déjà eu l’occasion de gloser sur le songwriting de Cantat, qui n’est pas vraiment propice à l’exercice. Du coup celui-ci fait fonctionner sa glotte par à-coups, misant tout sur le timbre âpre de sa voix et la rage du cri plutôt que sur sa modulation. En d’autres termes, le Bertrand braille presque sans arrêt, surtout en concert (il sera aphone pendant un certain temps suite à la tournée de Tostaky), car ses textes ne peuvent pas vraiment être chantés. Le gaillard essaie toutefois de vocaliser sur quelques titres (Si Rien Ne Bouge, Le Fleuve) mais on ne le sent pas à son aise, la faute au manque de connaissance qu’il a de son organe.

Et ce n’est pas l’interprétation instrumentale qui rattrape les dégâts. L’autre point noir du groupe, c’est qu’il ne dispose que d’un seul vrai musicien, le guitariste Serge Teyssot-Gay, unique membre capable d’enregistrer tout seul un album solo, ce qu’il fera à plusieurs reprises par la suite. Noir Désir a toujours soutenu mordicus être une vraie géométrie à quatre, où chaque membre est indispensable, mais dès qu’on connaît un peu le dossier on se rend bien compte que c’est Sergio qui fait quasiment tout le boulot, du moins à l’époque. Le gratteux ne se fait pas remarquer, parle peu durant les interviews et ne cherche pas à épater la galerie. Il serait plutôt adepte du proverbe « ne cause que si t’as quelque chose d’intéressant à raconter, sinon ferme la et joue de ton instrument ». C’est lui qui donne la dynamique des morceaux, chacun apporte ses idées (c’est Cantat qui a trouvé le riff de Tostaky (Le Continent) par exemple) mais dès qu’il faut donner une direction à l’ensemble et composer c’est lui qui imprime sa patte.

Le problème est que le guitariste tourne en sous-régime ; ses petits camarades sont incapables de jouer à son niveau (le garçon s’enfile régulièrement du Captain Beefheart ou du AC/DC, pour se chauffer les doigts), du coup celui-ci ronge son frein et se contente de chansons basiques, parfois bien torchées, mais qui souffrent des énormes lacunes des trois autres zikos.

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Mec, c’est une guitare de blues que tu as entre les mains, pas une hache !

Car Cantat, non content de pousser la chansonnette, tient absolument à tenir la seconde guitare. Après tout, pourquoi pas ? Seulement le gus se contente de gratter trois accords maigrichons et faussement épileptiques sur sa Gibson mal utilisée (s’armer d’une ES-335 pour faire du garage grungy, quelle idée !), ce qui relève bien plus de la nuisance sonore en arrière fond que du dual guitar attack. Total, c’est flagrant surtout sur Tostaky, son crincrin empiète l’espace et finit par noyer purement et simplement les chansons dans un brouhaha bordélique qui n’apporte rien. Quant à la section rythmique… Le bassiste Frédéric Vidalenc est, de l’avis du batteur Denis Barthe, un « troisième guitariste ». Autrement dit son job consiste à doubler les parties de guitare de Cantat quelques octaves plus bas, ce qui n’a pas grand intérêt vu la teneur des parties en question. On a beau chercher une miette de groove, un déhanché, quelques notes qui swinguent, ou même une pulsion, des lignes dynamiques, mais nada… (Allez, je veux bien admettre que le gimmick des Écorchés est entrainant.) C’est la rigueur ponque qui prévaut, de la double croche rigide, bête et méchante. Même topo du côté des drums, rien qui n’irrite le tympan au point de jeter la galette dans la cheminée, mais rien qui ne fait tilter les esgourdes non plus.



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