Portraits
PJ Harvey, My Sweet Enemy

PJ Harvey, My Sweet Enemy

par Yuri-G le 8 mars 2011

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Une fois achevé, Polly ne tarde pas à reprendre le chemin des studios afin de participer à l’enregistrement de It’s A Wonderful Life, le nouvel album de Sparklehorse. Toujours captivée de se voir transportée dans des univers différents, elle se plie une fois de plus avec bonheur aux visions de son alter ego, dont elle ne connaît pas les lois mais auxquelles elle apporte sa personnalité. Elle n’est pas la seule à être convié, Tom Waits, John Parish et Nina Persson des Cardigans sont également présents. Sa curiosité vis-à-vis du processus créatif de ses pairs se trouve une fois de plus rassasiée : « En travaillant avec Sparklehorse, j’ai vu comment ils utilisaient leur équipement, comment ils trafiquaient les sons, comment ils enregistraient les voix. Très différent de ce que je faisais. Depuis, j’ai produit le disque d’une fille [Tiffany Anders, NDLR] en utilisant des idées que j’avais découvertes chez Sparklehorse. » Elle apparaît notamment sur Piano Fire, avec une guitare mortelle, dans un tissu lo-fi grésillant où on identifie à peine sa voix ; et sur la ballade résignée Eyepennies, Mark Linkous susurrant la tristesse comme à son habitude.

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Stories From The City, Stories From The Sea

Stories From The City, Stories From The Sea, est publié fin octobre. Comme tous ceux de la carrière de PJ Harvey jusqu’alors, c’est un album de « première fois » : le son est clair et libéré, et dévoile le visage insouciant de sa créatrice. Pour la première fois. Nouvelle parure chic et sensuelle ; PJ semble s’être détachée de ses angoisses pour imposer des chansons qui gagnent en simplicité. Si album pop il doit y avoir, ce sera celui-là. Refusant la noirceur et les dédales synthétiques du précédent opus, c’est dans la limpidité des guitares et leur vigueur qu’elle trouve la force de se révolter et d’haranguer un auditoire inconscient (Big Exit) : «  This world’s crazy, Give me the gun  ». Ses peurs et sa mélancolie restent couchés sur papier mais n’arrivent plus à dominer. Polly les astreint à une énergie, une évidence qui les font désormais plus tenir de la combativité que du pessimisme résigné. Ce sera finalement la lumière qui l’aura emporté.

Rock débordant, ballades ouvertes, aérien et pesant Stories From The City, Stories From The Sea sait conjuguer les humeurs introspectives de la mer (Beautiful Feeling) avec les hauteurs fracassantes des buildings (The Whores Hustle And The Hustlers Whore). This Mess We’re In, le duo avec Thom Yorke, est une belle scène d’adieu romantique ; l’ultime rencontre des deux amants, qui du haut de leur tour de verre surplombent la ville, alors que l’aube sonne le départ inéluctable. Leurs deux voix s’unissent sans jamais déborder, donnant au tableau son cachet éphémère et précieux. Polly prend son envol sur le titre final, une nouvelle résolution sur les lèvres : «  We float, Take life as it comes  ». La recherche de cette simplicité mélodique, refusant de se laissant piéger dans des arrangements froids et violents, se sent partout. Peut-être s’agit-il de son album le plus chaleureux. Sa grande faiblesse, pour quelques critiques. On y décèle une volonté de se rendre plus accessible, en gommant les aspérités et en privilégiant le tape à l’œil et le glamour. Clairement, l’asphyxie n’est plus de mise, ce qui fera de Stories… un succès commercial dans la droite lignée de To Bring You My Love.

PJ Harvey, période « Stories From The City, Stories From The Sea »
Sempiternelle promotion. Polly décide de se prêter au jeu. À 30 ans passés, elle semble assurée de sa séduction. La ville lui aura peut-être appris à se glisser dans des robes aux coupes échancrées. Son visage paisible offre dans les pages des magazines comme un air de défi : « Auriez-vous jamais pensé que je puisse être si sexy ? » Le plébiscite rencontré par son album (les Etats-Unis sont conquis pour de bon) ne doit pas être étranger à cet aplomb et sérénité inhabituels. La tournée est triomphale, quelques nominations dans des cérémonies de prix huppés achèvent de parfaire une aura de reconnaissance qui lui sied bien au teint. Pour un peu, ces instants de quasi gloire lui assureraient une route tracée vers les sommets de la pop internationale. Mais c’est sans se rappeler l’essentiel.

 Never Repeat Myself

Au final, il n’y a que ça : un parcours qui refuse d’être prévisible. PJ Harvey déteste ressembler à ce qu’on attend d’elle. Elle ne veut pas être percée à jour et cet album l’installe un peu trop dans le confort artistique.

Le temps va encore filer, les collaborations aussi (les Desert Sessions de Josh Homme, le nouvel album de Marianne Faithfull pour lequel elle compose quelques titres). Et lorsqu’elle reviendra, en 2004, elle essaiera de changer. Face au scintillant Stories..., le sous produit Uh Huh Her. Les chansons ont été enregistrés chez elle, elle y joue de tout, sèchement (sauf la batterie, elle enverra les bandes à Rob Ellis afin qu’il y ajoute ses parties). Mais la frappe était éventée. Polly voulait se dérober au prédictible, avec des bouts de ficelle d’autrefois : violence sexuelle, brutalité blues. Le message était clair, « je ne me calmerai jamais ». Mais les chansons trop peu correctes.

Quatre années passeront et en septembre dernier, Polly nous aura livré White Chalk, son album le plus fragile depuis longtemps. Un abandon à la mélancolie sur les touches d’un piano poussiéreux, où sa voix atteint des prouesses de désoeuvrement. Une preuve de plus, s’il en était besoin, qu’elle reste guidée par une incroyable envie de se recréer tant qu’elle le pourra.

Article initialement publié le 20 novembre 2007.



Vos commentaires

  • Le 19 juin 2012 à 15:51, par Julie En réponse à : PJ Harvey, My Sweet Enemy

    Merci pour ce travail fabuleux qui m’a permis de mieux comprendre une femme incroyable, faisant une musique incroyable. Remarquable ! Bravo !

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