Portraits
PJ Harvey, My Sweet Enemy

PJ Harvey, My Sweet Enemy

par Yuri-G le 8 mars 2011

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Elle obtient son bac à la même époque et maintenant, se trouve obligée de regarder par delà l’horizon, explorer le lointain. Toute petite, elle prodiguait avec attention des soins aux animaux qui peuplaient la ferme, et les chevaux surtout la ravissaient. Devenir vétérinaire, c’était une direction ancrée en elle depuis si longtemps. Mais aujourd’hui la musique gagnait du terrain, lui offrait une liberté insoupçonnée, à elle qui jusqu’alors se sentait inadaptée aux flux incessants de la réalité, une délivrance, pour celle qui, piégée dans un corps et un visage qu’elle juge disgracieux, ne pouvait se résoudre à l’accepter. Il faut choisir, trancher, aujourd’hui. Elle préfère se donner une année, pour parcourir les possibilités, approfondir ses talents de guitariste et de compositrice naissants.

Et très vite, la voie lui est indiqué. Une rencontre cruciale, un soir de juillet 1987. C’est Jeremy Hogg, membre fraîchement recruté du groupe Automatic Dlamini, dont la figure tutélaire est un certain John Parish. Parish en est le guitariste et a décidé de vouer sa vie à la musique après avoir vu David Bowie en concert, à l’occasion de la tournée « Aladdin Sane ». Il y a aussi le batteur, Rob Ellis. Deux personnages qui vont ouvrir un passage définitif dans la vie de Polly. Ce soir-là, elle se trouve donc à cette fête et engage la conversation avec Hogg ; elle doit être intimidée, Automatic Dlamini jouit tout de même d’une réputation assurée. Ils ont déjà sorti des singles, tourné dans le pays et même en France. Mais Polly fait face. Elle discute et finalement, demande si le groupe peut venir jouer à sa fête d’anniversaire, en octobre. Malheureusement non, le jour même Rob Ellis est malade. Mais les autres membres viennent de bon cœur et font sa connaissance ; ils se lient d’amitié. Pour elle, c’est une chance qui se déclare. Elle leur envoie quantité de démos, se trouve à tous leurs concerts. Et lorsque John Parish est à la recherche d’une choriste, elle est là, évidemment. Elle intègre le groupe, après s’être pliée à l’audition de rigueur.

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Automatic Dlamini
De gauche à droite : Ichiro Tatsuhara, Ben Groenevelt, Polly Jean Harvey, John Parish et Jeremy Hogg

Au sein d’Automatic Dlamini, Polly fait ses vrais premiers pas sur scène, ses premières expériences studio, sa première tournée (à l’étranger qui plus est). Tout devrait être si euphorisant pour elle, plus d’un se laisserait aller à des balbutiements de triomphe. Pourtant, un sentiment d’incertitude la ronge. Rien n’est stable, rien n’est confirmé ; trop peu sûre d’elle, elle s’inscrit à l’université de Londres, section art graphique. Ainsi, elle gagne la capitale. Que peut-elle ressentir, lorsqu’elle s’immisce pour la première fois dans cette vague grouillante de visages fermés, lorsqu’elle longe les structures perçantes de métal qui dévorent l’espace ? Au cours de ses études, elle se tourne vers la sculpture, s’en éprend, doit de nouveau choisir. Ça ou la musique. Phase impitoyable que Polly traverse, assez troublée, travaillée par les hésitations et l’angoisse. Elle ne cesse d’osciller entre ces deux passions, et l’imminence d’une décision la paralyse. « J’ai toujours été une fille angoissée, je n’ai jamais été satisfaite de mon travail. Mais c’était la première fois que je ressentais vraiment les choses et j’en suis tombée physiquement malade. »

Novembre 89, Automatic Dlamini rentre en studio à Oxford pour enregistrer leur second album Here Catch, Shouted His Father. Bien sûr, Polly est présente à ces sessions ; une de ses chansons, Heaven, a été retenue dans le tracklisting. C’est sa toute première composition enregistrée professionnellement. L’expérience doit être stimulante.. clairement déterminante, car peu après, c’en est fait, elle décide de se lancer pour de bon, former son propre groupe. Le doute s’éteint pour un temps, ne pouvant tenir tête au séisme passionnel de la musique. En janvier 91, Polly s’entoure du batteur Rob Ellis (qui avait quitté Automatic Dlamini en 1988) et du bassiste Ian Olliver. Mark Vernon, un ami proche de Rob - il tenait le clavier dans le premier groupe de celui-ci à l’université - devient le manager du trio. Sans détour, leur union porte le nom de PJ Harvey.



Vos commentaires

  • Le 19 juin 2012 à 15:51, par Julie En réponse à : PJ Harvey, My Sweet Enemy

    Merci pour ce travail fabuleux qui m’a permis de mieux comprendre une femme incroyable, faisant une musique incroyable. Remarquable ! Bravo !

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