Portraits
Placebo : Médicalement rock

Placebo : Médicalement rock

par Psymanu le 28 mars 2006

Placebo fête cette année ses dix ans de carrière. À l’heure où paraît leur cinquième album, un petit bilan s’impose sur ces héros du rock indie devenus machine à déplacer des stades.

Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article Envoyer l'article par mail

 Le toujours difficile troisième album

Le revers de médaille majeur lorsque l’on réalise un chef-d’oeuvre, c’est d’y donner suite sans y faire honte. Placebo a franchi haut la main le cap du « toujours difficile deuxième album », mais paradoxalement c’est à présent que tout va se jouer : l’essai est marqué, mais il faut le transformer. Pour cela, le groupe décide de prendre lui-même en main la production du disque à venir, aidé tout de même en cela par Paul Corkett. Son titre ? Black Market Music. Explication de texte par Brian Molko : « Black Market Music est une référence à quelque chose de sordide et de minable, quelque chose gardé sous le manteau, fondamentalement quelque chose d’illégal qu’on n’est pas censé posséder. C’est de là que vient l’idée, mais nous étions au Japon l’autre jour, nous traînions avec Taylor Hawkins des Foo Fighters et nous lui avons dit le nom de l’album et lui « ah oui, d’après le magasin de musique à L.A. ! » et alors il m’est revenu que c’était aussi le nom d’un endroit où nous avions quelques unes de nos guitares les plus chères en Amérique. Nous n’avions jamais fait le rapprochement jusqu’à ce que Taylor nous l’ait fait remarquer. Alors nous essayions de penser à une réponse vraiment philosophique, mais maintenant nous pouvons juste dire que le nom vient d’un magasin de musique. »

L’affaire commence donc sur un malentendu, mais tant que la musique est bonne... Celle-ci est dévoilée via le single Taste In Men, le 17 juillet 2000. Le son, qui a enflé de façon considérable, permet à Hewitt de frapper comme une mule, et au groupe d’explorer plus avant les possibilités des samplers. C’est très bon, mais on sent confusément que quelque chose a changé, et il est difficile de déterminer alors si c’est pour le meilleur ou pour le pire. Et l’album qui sort le 9 octobre fait tout sauf lever le doute. En cause, la production. On flirte avec ce qui a fait tant de mal dans les 80’s, ces sonorités froides et sans âme. Ame il y a toujours, mais elle est moins perceptible, le tout manque de cohésion, et malgré la grande qualité des compositions, celles-ci sont gâchées par la relative laideur du son. Et puis, il y a quelques maladresses, telle Spite And Malice, en duo avec le rappeur Justin Warfield, exercice de style audacieux mais à demi satisfaisant seulement. Cette chanson est aussi un des « actes politiques » les plus manifestes du groupe, jusque là plutôt discret sur ce plan : « c’était une réaction à ce que nous voyons dans les news. Ce n’est pas un appel aux armes et à l’insurrection. Il y a 200 millions de flingues en circulation aux États-Unis, c’est une pensée effrayante », explique le chanteur. Concernant l’art et la politique : « Les gens qui disent que la politique et la musique ne peuvent se mélanger devraient juste rentrer chez eux regarder Dawson. Le simple fait de s’exprimer par l’art est politique. Tu montres une certaine vision du monde. » Ce qui sauve l’album (qualitativement, car au niveau des ventes, Placebo ne craint plus personne, et Black Market Music s’arrache en plus grandes quantités encore que ses prédécesseurs), ce sont les imparables Special K, Black Eyed et Slave To The Wage pour les orages électriques, et Peeping Tom et Blue American, pour les lenteurs émouvantes. Et puis, le groupe se rattrape dans le domaine où il est parmi les meilleurs : le live. C’est là que se révèle la force des compositions, et le groupe assène chacune d’elle avec une conviction mêlée de classe qui séduit même les plus réticents. On peut ne pas aimer Black Market Music, mais on ne peut pas ne pas aimer ce que Placebo en fait sur une scène. Un Special K peut renverser des foules entières, un Black Eyed faire hurler son refrain par plusieurs milliers de personnes comme un seul homme. Un public qui, d’ailleurs, commence à cette époque à changer. Si Placebo fait moins que jamais l’unanimité chez les critiques rock, il embrasse un succès populaire qui en fait progressivement l’idole des teenagers. Le rock à tendances romantiques est revenu à la mode, un combo tel Indochine (dont Nicolas Sirkis, le leader, devient le super pote à Brian) sorti du formol se refait une santé et trouve écho chez des adolescents qui redécouvrent les guitares et se reconnaissent dans cette sorte d’énergie juvénile qui transpire chez Placebo. Et la personnalité de Molko, qui envahit les media, clinquante, piquante, espiègle mais jamais conne, ajoutée à des attraits physiques évidents, en fait une star plus glamour que n’importe quel produit pré-fabriqué R&B ou hip-hop.



[1Sources utilisées pour la rédaction de cet article :

  • sur la toile :
www.placeboworld.co.uk (site officiel)
Ce site propose notamment de nombreux articles archivés extraits de diverses revues, dont le contenu fut utilisé ici.
 
www.placebocity.com (site francophone dédié au groupe)
Ce site propose notamment des articles archivés extraits de diverses revues, ainsi que de brèves biographies dont quelques éléments furent utilisé ici.
  • Revue spécialisée : Les Inrockuptibles : Les Intégrales Rock #01

Répondre à cet article

modération a priori

Attention, votre message n'apparaîtra qu'après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom