Portraits
Placebo : Médicalement rock

Placebo : Médicalement rock

par Psymanu le 28 mars 2006

Placebo fête cette année ses dix ans de carrière. À l’heure où paraît leur cinquième album, un petit bilan s’impose sur ces héros du rock indie devenus machine à déplacer des stades.

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 Retrouver des couleurs

Après une tournée éreintante, Placebo entre en studio pour préparer la suite de Black Market Music. Pas question pour eux de retomber dans les mêmes errements, Jim Abbiss est appelé pour aider le groupe à accoucher de Sleeping With Ghosts (titre emprunté à Don McCullin, un photographe de guerre). Abbiss a bossé avec de nombreux artistes électro, tels U.N.K.L.E. ou DJ Shadow, on pressent donc une implication plus grande encore d’artifices électroniques. Et on ne se trompe pas. C’est The Bitter End qui est envoyé en éclaireur aux radios, en mars 2003, et la machine s’emballe immédiatement. On ne peut pas parler de diffusion au sujet de ce single : il faut employer le terme matraquage. The Bitter End tourne en boucle sur les ondes, les ados adorent, et les fans de la première heure, eux, grincent des dents. L’album, qui paraît en septembre, est excellent. Oublié les approximations de Black Market Music : le groupe a retenu les leçons qui devaient l’être, et, avec Jim Abbiss, tisse un écrin résolument moderne et sophistiqué mais qui n’oublie jamais d’être vecteur à pleine puissance de toute la soul dont le cœur de Placebo regorge. Sleeping With Ghosts débute de façon surprenante par un instrumental complètement rock qui constituera une excellente intro pour les tournées à venir. English Summer Rain est une nouvelle chanson répétitive, dans la lignée de Pure Morning ou Taste In Men, mais presque techno et tout aussi bonne si ce n’est davantage que ces dernières. Placebo semble régénéré : il aligne les pépites. Le single évoqué plus haut est irrésistible dans le genre power-pop, et il possède de sublimes petits frères tels This Picture, très Pixies dans l’exécution, ou Plasticine où le groupe lorgne légèrement du côté du metal, prouvant s’il était besoin qu’il reste rock quoi qu’il arrive. Toujours volontaire pour élargir son horizon, Placebo a su composer un Something Rotten qui pourrait avoir été écrit par Massive Attack, mais sans que le groupe y perde sa patte. Sleeping With Ghosts, le morceau-titre est un bijou mélancolique. L’album contient aussi une des chansons les plus personnelles de Brian Molko, celle où il reconnaît avoir donné le plus de lui-même. Il s’agit de Protect Me From What I Want, composée lors des sessions du disque précédent : « Je l’ai composée pendant Black Market Music, comme I’ll Be Yours. Ce sont deux chansons qui se vomissent, qui sont sorties de moi sans que je m’en rende compte. À l’époque, j’étais fragile. J’étais empêtré dans un divorce douloureux et j’avais besoin de l’exprimer ». Et, comme pour Burger Queen quelques années auparavant, Placebo enregistre une version française de cette valse intimiste. Cette fois-ci, c’est une invitée de choix qui va effectuer la traduction : l’écrivain et sulfureuse Virginie Despentes. Cette version, quoi qu’originale, n’est pas vraiment une réussite, mais elle sera pourtant bien accueillie (aussi bons que soient ses bouquins, Despentes n’est pas songwriter), parce qu’une rencontre entre de tels individus avait quelque chose d’attirant a priori.
Sleeping With Ghosts disposera d’une seconde édition, agrémentée d’un étrange disque de reprises, que le groupe a parfois utilisées en face B durant sa carrière. Il y a ce qu’on entendait, ou du moins ce qui pouvait l’être, comme La Ballade De Melody Nelson de Gainsbourg (qui cette fois suit le chemin inverse de ce à quoi le groupe nous a habitué, puisque chantée en anglais), ou I Feel You de Depeche Mode, déjà parue sur l’édition américaine de Black Market Music. Il y a 20th Century Boy de T-Rex, dont on a déjà parlé. Et puis il y a les surprises : Johnny And Mary de Robert Palmer, une chanson que Stefan Olsdal adore et que le groupe a joué « pour qu’il nous lâche avec ça ». Il y a Running Up That Hill de Kate Bush. Pire encore : il y a Daddy Cool de Boney M. Toutes ces reprises sont d’une qualité inégale mais jamais médiocres. De toute façon, une seule fera date tant elle surpasse les autres : le Where Is My Mind des Pixies est un hommage tardif à l’une des plus grandes sources d’inspiration du groupe. Les Pixies, comme Placebo, jouissent d’une affection toute particulière de la part des français, d’où ce sentiment que cette reprise coulait simplement de source. Frank Black sera d’ailleurs invité par le groupe à interpréter à deux voix ce titre légendaire. La tournée de promotion de Sleeping With Ghost sera immortalisée sur le DVD Soulmates Never Dies, déjà chroniqué dans nos colonnes, où le groupe se montre sous son meilleur jour, bien qu’il reconnaisse avoir eu des difficultés à oublier les caméras durant la performance. Excellente et lucrative tournée, par ailleurs. Mais épuisante.
Après une tournée éreintante, Placebo entre en studio pour préparer la suite de Black Market Music. Pas question pour eux de retomber dans les mêmes errements, Jim Abbiss est appelé pour aider le groupe à accoucher de Sleeping With Ghosts (titre emprunté à Don McCullin, un photographe de guerre). Abbiss a bossé avec de nombreux artistes électro, tels U.N.K.L.E. ou DJ Shadow, on pressent donc une implication plus grande encore d’artifices électroniques. Et on ne se trompe pas. C’est The Bitter End qui est envoyé en éclaireur aux radios, en mars 2003, et la machine s’emballe immédiatement. On ne peut pas parler de diffusion au sujet de ce single : il faut employer le terme matraquage. The Bitter End tourne en boucle sur les ondes, les ados adorent, et les fans de la première heure, eux, grincent des dents. L’album, qui paraît en septembre, est excellent. Oublié les approximations de Black Market Music : le groupe a retenu les leçons qui devaient l’être, et, avec Jim Abbiss, tisse un écrin résolument moderne et sophistiqué mais qui n’oublie jamais d’être vecteur à pleine puissance de toute la soul dont le cœur de Placebo regorge. Sleeping With Ghosts débute de façon surprenante par un instrumental complètement rock qui constituera une excellente intro pour les tournées à venir. English Summer Rain est une nouvelle chanson répétitive, dans la lignée de Pure Morning ou Taste In Men, mais presque techno et tout aussi bonne si ce n’est davantage que ces dernières. Placebo semble régénéré : il aligne les pépites. Le single évoqué plus haut est irrésistible dans le genre power-pop, et il possède de sublimes petits frères tels This Picture, très Pixies dans l’exécution, ou Plasticine où le groupe lorgne légèrement du côté du metal, prouvant s’il était besoin qu’il reste rock quoi qu’il arrive. Toujours volontaire pour élargir son horizon, Placebo a su composer un Something Rotten qui pourrait avoir été écrit par Massive Attack, mais sans que le groupe y perde sa patte. Sleeping With Ghosts, le morceau-titre est un bijou mélancolique. L’album contient aussi une des chansons les plus personnelles de Brian Molko, celle où il reconnaît avoir donné le plus de lui-même. Il s’agit de Protect Me From What I Want, composée lors des sessions du disque précédent : « Je l’ai composée pendant Black Market Music, comme I’ll Be Yours. Ce sont deux chansons qui se vomissent, qui sont sorties de moi sans que je m’en rende compte. A l’époque, j’étais fragile. J’étais empêtré dans un divorce douloureux et j’avais besoin de l’exprimer. » Et, comme pour Burger Queen quelques années auparavant, Placebo enregistre une version française de cette valse intimiste. Cette fois-ci, c’est une invitée de choix qui va effectuer la traduction : l’écrivain et sulfureuse Virginie Despentes. Cette version, quoi qu’originale, n’est pas vraiment une réussite, mais elle sera pourtant bien accueillie (aussi bons que soient ses bouquins, Despentes n’est pas songwriter), parce qu’une rencontre entre de tels individus avait quelque chose d’attirant a priori.
Sleeping With Ghosts disposera d’une seconde édition, agrémentée d’un étrange disque de reprises, que le groupe a parfois utilisées en face B durant sa carrière. Il y a ce qu’on entendait, ou du moins ce qui pouvait l’être, comme La Ballade De Melody Nelson de Gainsbourg (qui cette fois suit le chemin inverse de ce à quoi le groupe nous a habitué, puisque chantée en anglais), ou I Feel You de Depeche Mode, déjà parue sur l’édition américaine de Black Market Music. Il y a 20th Century Boy de T-Rex, dont on a déjà parlé. Et puis il y a les surprises : Johnny And Mary de Robert Palmer, une chanson que Stefan Olsdal adore et que le groupe a joué « pour qu’il nous lâche avec ça ». Il y a Running Up That Hill de Kate Bush. Pire encore : il y a Daddy Cool de Boney M. Toutes ces reprises sont d’une qualité inégale mais jamais médiocres. De toute façon, une seule fera date tant elle surpasse les autres : le Where Is My Mind des Pixies est un hommage tardif à l’une des plus grandes sources d’inspiration du groupe. Les Pixies, comme Placebo, jouissent d’une affection toute particulière de la part des français, d’où ce sentiment que cette reprise coulait simplement de source. Frank Black sera d’ailleurs invité par le groupe à interpréter à deux voix ce titre légendaire. La tournée de promotion de Sleeping With Ghost sera immortalisée sur le DVD Soulmates Never Dies, déjà chroniqué dans nos colonnes, où le groupe se montre sous son meilleur jour, bien qu’il reconnaisse avoir eu des difficultés à oublier les caméras durant la performance. Excellente et lucrative tournée, par ailleurs. Mais épuisante.

Oui, ça y est, Placebo est rincé, vidé de toute énergie. Son succès ininterrompu depuis 1996 ainsi que son exposition médiatique toujours grandissante laisse des traces et des blessures qu’il faut prendre le temps de panser. Parallèlement, le groupe s’est efforcé d’aller chercher son public aux États-Unis, là où il est moins connu. Une sorte de retour aux sources puisque Placebo joue parfois devant un parterre de quelques centaines de personnes à peine, se rapprochant de ses racines punk-rock. Rafraîchissant mais pas de tout repos.
Pour faire patienter le public, le groupe fait paraître Once More With Feeling, qui regroupe tous les singles de Placebo depuis ses débuts, plus deux inédits : I Do et Twenty Years. La version DVD, elle, contient les clips de Placebo. Intéressant témoignage, même s’il s’agit d’un domaine où le compo se démarque assez peu de la masse. Le successeur de Sleeping With Ghosts, lui, est déjà écrit, mais Placebo préfère temporiser : « J’ai besoin de soleil et de plages. C’est pour ça que je vis à Londres » plaisante Brian. « Mais là, sérieusement, je pars vivre en Inde quelques mois. Je pense que ça n’aura aucune incidence sur l’album, parce qu’on l’a déjà écrit. En fait, on pourrait entrer en studio demain mais on ne veut pas. Il est temps de vivre un petit peu. »

Le groupe est fatigué, et ça tombe bien car il commence à fatiguer, notamment ses fans de la première heure, qui ont grandi avec lui. Irrités de voir « leur » groupe accaparé par les kids, irrités de l’entendre toutes les dix minutes sur des radios nases, irrités de l’hystérie autour du trio. Des fans inquiets, aussi. Le coup du CD et du DVD rétrospective, ça marque généralement la fin de quelque chose, et parfois même la fin d’un groupe tout simplement. Ou bien le signe qu’il n’a plus rien à dire, et qu’il veut tout de même continuer à capitaliser sa notoriété. Mais il n’en est rien, heureusement. Et puis si on y réfléchit, comment leur reprocher leur succès ? Leurs chansons ont toujours su se mettre à la portée de l’auditeur, sans effort, juste parce qu’elle sont naturellement bonnes, et sonnent comme des évidences. Et puis le rock, c’est quand même un truc de gamin, non ? C’est une colère adolescente qui glisse dans une guitare et explose en décibels. Non, Placebo n’a pas volé son succès. Et il ne se défroquera pas qualitativement.
D’ailleurs, il revient avec deux singles extraits de son nouveau bébé, intitulé Meds : Song To Say Goodbye, pour le monde entier, et Because I Want You, pour le « toujours difficile public britannique ».
Je l’ai dit plus haut : la suite ne peut être que somptueuse. Mais ça, c’est déjà une autre histoire.



[1Sources utilisées pour la rédaction de cet article :

  • sur la toile :
www.placeboworld.co.uk (site officiel)
Ce site propose notamment de nombreux articles archivés extraits de diverses revues, dont le contenu fut utilisé ici.
 
www.placebocity.com (site francophone dédié au groupe)
Ce site propose notamment des articles archivés extraits de diverses revues, ainsi que de brèves biographies dont quelques éléments furent utilisé ici.
  • Revue spécialisée : Les Inrockuptibles : Les Intégrales Rock #01

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