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Roger Waters (Dark Side Of The Moon - Live)

Magny-Cours

Roger Waters (Dark Side Of The Moon - Live)

Le 14 juillet 2006

par Psychedd le 25 juillet 2006

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 The Dark Side Of The Moon

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© B-Side Rock, Arnold

Maintenant que la nuit est bien noire, l’écran blanc derrière la scène a été changé au profit d’un écran circulaire où nous pouvons voir la Lune. Anxiété, fébrilité, excitation et tant d’autres émotions qui me traversent la colonne vertébrale. Roger Waters monte sur scène avec son groupe et vient nous annoncer la venue d’un ami « qui lui est cher ». Oh oué ! Nick Mason le rejoint, la mine plutôt ravie, l’air en pleine forme et heureux. Heureux parce qu’il va jouer ou heureux parce qu’il a fait vroum-vroum toute la journée ? Je ne sais pas, je m’en fous, je suis en transe. Je savoure, je trépigne, j’attends, j’ai besoin, je veux que ça commence, maintenant ! Et mon attente n’est pas longue. Les battements de cœur de Speak To Me commencent, et la puissance sonore est telle que mon rythme cardiaque se cale sur ces pulsations...

Soudain les cris, mes poils se dressent, le voyage commence et j’y suis ! Le bonheur me submerge à ce moment... Waters fait preuve d’une abnégation remarquable : plutôt que de chanter (mal), les parties originellement vocalisées par David Gilmour, il laisse la place soit à Jon Carin (pour les parties calmes), soit à Kilminster (quand ça s’énerve un peu plus) qui se débrouillent tous deux admirablement bien. Nick Mason fait deux-trois « cling cling » sur les cymbales, quelques « boum-boum » sur ses fûts et n’a franchement pas l’air de se fouler. En tout cas, il se débrouille mieux sur les parties calmes que sur les moments plus rock où le second batteur prend la tête des opérations, exactement comme il le faut... Mais ce n’est pas grave, il a tellement l’air content d’être sur scène que je lui pardonne tout ! Tous les sons sont en quadriphonies et tournent autour de nous, accentuant de plus belle l’impression d’étrangeté, et même de rêve qui se dégage de l’ensemble. Et quel beau rêve !

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Speak To Me
© B-Side Rock, Arnold

Quand Breathe commence, je m’envole complètement : une fois dans le vif du sujet, je suspends le fil de mes pensées pour profiter de chaque instant. L’inquiétude quant à l’absence de Gilmour fait place à une joie très profonde. Jon Carin est impeccable au chant et à la slide, tout n’est que pure douceur. Roger n’est pas en reste. Depuis le début su show, j’admire sa mobilité et le simple fait qu’il aille aux devants du public. Et plutôt que de rester là à simplement jouer de la basse, il préfère bouger, et chanter les paroles qu’il a composées, mais qu’il ne peut hélas pas déclamer dans un micro. Quelle présence ! J’en reste épatée et scotchée. Avec un tel charisme, comment pourrait-il en être autrement ? Mon Anglais et ses amis répètent en boucle « Oh ! My God ! » et partout autour de moi, des rires de joie se font entendre. Un état de grâce collectif semble-t-il. De quoi réchauffer mon cœur, je suis heureuse d’être au milieu de cette foule qui vibre à l’unisson... Unisson quelque peu malmené sur un On The Run à vous arracher la tête. Certains bruits de F1 sont venus se greffer sur les sons habituels et ça fait parfois franchement mal aux tympans. Pourtant, je me surprends à danser (ou du moins à essayer). Ce morceau était une source de terreur pour moi. Ce soir, ce n’est que plaisir... Quand soudain, l’explosion qui se fait entendre tout autour de nous. Tic-tac, tic-tac... It’s Time ! Et wouaaaaah ! Parfois, on ne peut rien dire de plus que wouaaaaaah. Kilminster balance la sauce. Ah ça, ça vous secoue de toute part et vous ne pouvez pas en sortir indemne. Je suis déjà sur les rotules, au bout de trois morceaux, il faut le faire. Et j’attends le morceau suivant. Celui là, il passe, ou il casse...

Time
La choriste Carol Kenyon s’avance, tandis qu’Harry Waters joue les premières notes de The Great Gig In The Sky. Non seulement cette femme est sublime, mais en plus, elle passe cette épreuve haut la main. Magique, superbe, splendide, magnifique, fabuleux (et je passe beaucoup de superlatifs), elle me laisse là, hébétée, ébahie, la bouche ouverte et la larme à l’œil. Pour la première fois, j’entends ce morceau en live, et il est interprété de manière magistrale. Qu’ils sont loin les bouchons pour atteindre le parking, qu’elle est loin la pluie, disparus l’appréhension et le scepticisme ! Je n’en sortirai pas indemne, maintenant, j’en suis sûre.

Tout mon être exulte de bonheur et de joie. Je m’en fous même que ce soit Money qui commence. Là encore, je danse. Kilminster la chante avec tant de rage et de cœur que je lui pardonne à tout jamais ses jetés sauvages de mèches folles. Mais ce n’est pour moi qu’un petit interlude léger, car arrive le genre de morceau qu’il m’est impossible de renier ou d’oublier. Us And Them, ce petit bijou que j’affectionne tant débute tout en douceur. Je ferme les yeux, je me laisse porter par le sax de ce petit jeune qui m’épate de plus en plus. Frissons garantis, c’est tellement beau que je ressens de nouveau ma gorge qui fait des doubles nœuds et mes canaux lacrymaux qui se remplissent pour une énième session de pleurs. Et là, c’est le drame... Jon Carin qui a dû mal régler sa delay commence le chant sur un petit raté. Bon, d’accord, ce n’est pas un drame et la petite peur vite évincée, je retourne en ce lieu de béatitude qui n’est qu’à moi et je prends mon pied toute seule, égoïstement.

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Roger Waters (premier plan) et Nick Mason (second plan)
© B-Side Rock, Arnold

Au milieu du morceau, j’aperçois Waters qui s’approche de Mason, ils s’échangent quelques mots et sourient franchement. La complicité n’est pas feinte et je me sens privilégiée d’assister à cette scène de pure amitié...

Puis tandis que s’envolent vers les étoiles les dernières mesures de ce morceau si beau, Any Colour You Like prend le relais pour me faire groover de plus belle. C’est que j’ai beaucoup bougé durant ce concert ! Et soudain, la vérité me frappe de plein fouet : plus que deux morceaux et ce sera fini... La redescente sur Terre est extrêmement dure. Mais quelle idée de faire sa maso de service ?! Brain Damage passe comme dans un rêve et je me tape une trouille pas possible à cause d’un rire de maniaque qui sort d’une des enceintes sur ma droite. Magie de la quadriphonie... Quand Eclipse vient annoncer la fin, je suis prise de frissons et je chante comme je le peux pour remercier de façon dérisoire un Roger Waters qui a retrouvé une voix que je ne lui connaissais plus depuis bien longtemps. En fermant les yeux, j’aime à m’imaginer que je suis retournée en 1972 et les frissons redoublent d’intensité. Quelle force qui se dégage de tout cela. Everything under the sun is in tune..., on y est presque, sauf que ce soir, l’harmonie qui règne sur le site est sous la Lune qui montre un côté tellement brillant qu’elle pourrait m’en éblouir. Avant de devenir trouble pour cause de larmes intempestives. Quelle ovation ! Ça ne peut pas finir comme ça, il m’en faut encore et apparemment je ne suis pas la seule à jouer les gourmandes... Après une ou deux minutes, durant lesquelles ils se font désirer, les musiciens reviennent pour les rappels. Joie, joie, joie !

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Eclipse
© B-Side Rock, Arnold

Et quoi de plus normal, après avoir joué son premier chef-d’œuvre, de jouer quelques extraits de son acte de foi envers la maçonnerie ? Des extraits de The Wall qui font bien terre à terre après cette expédition sur la Lune. Forcément, Happiest Days Of Our Lives sonne carrément terrifiant, mais ce n’est pas grave, le rêve se prolonge un peu plus et s’enchaîne sur Another Brick In The Wall part 2, qui même ici, me sort par les yeux. Pas faute d’essayer de bouger sur ce rythme discoïde, ça passe moyen et chanter, ça me saoule. C’est étrange, mais c’est comme ça, j’ai décrété que je ferai un blocage et je le fais... Puis soudain, c’est la surprise... Vera Lynn. Ah oui ! C’est rigolo de l’entendre en live, c’est loin d’être courant. Je veux bien recommencer à pousser la chansonnette pour le coup. Enchaînement naturel de l’album, on arrive sur Bring The Boys Back Home, réellement surprenante aussi.

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« We don’t need education... »
© B-Side Rock, Arnold

Je commence à comprendre que, plutôt que de jouer seulement Comfortably Numb, Wawa met le paquet et voit une fois de plus les choses en grand. Et comme tout s’enchaîne sur le disque, pourquoi ne pas les enchaîner en concert ? Très malin de sa part, je rentre immédiatement dans ce morceau et pour la première fois, depuis que je l’ai vu en live, je le ressens entièrement et pleinement. Une sensation incroyable je dois dire... J’aime déjà ce morceau, mais là, c’est la claque qu’il me fallait pour m’achever définitivement. Si en plus nous avons droit à des lances flammes du plus bel effet sur chaque refrain, je finis carrément sur le cul, la bave au coin de la bouche. Mais je n’y suis pas. Passée la première vague ultra chauffante de flammes, je suis à moitié aveugle, mais tout m’indiffère. Je viens à nouveau de quitter la Terre et je me balade quelque part en orbite au son de la chanson. Quand le crescendo final arrive, mes yeux sont fermés et des images défilent. Le monde n’existe plus et je suis seule, seule avec cette musique qui ce soir, prend une dimension absolument gigantesque. Et quand tout s’achève, j’en redemande encore et encore. Mes espoirs disparaissent avec la lumière qui revient doucement sur le site et le mouvement général de repli qui commence à s’opérer. Arnold, Cédric, son frère et moi, nous nous regardons et nous avons au fond des yeux une petite étincelle qui brille d’un éclat tout particulier. Pour ma part, j’ai l’impression que mes jambes ne me soutiennent plus, comme si elles n’étaient que de vulgaires bouts de chiffon. Et pourtant, elles me portent jusqu’à un petit groupe de floydiens qui sont à peu près dans le même état que nous. Il me semble avoir répété 35.000 fois : « C’était grandiose ! », c’est dire si j’ai dû être chiante ! Poussés par les gardiens, nous devons quitter le site, à regrets...

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Comfortably Numb
© B-Side Rock, Arnold

Une dernière fois, je me retourne pour contempler la scène et pour remercier par la pensée cet homme qui m’a fait vibrer avec tant d’intensité. Encore plus fort, je déclare solennellement qu’à partir de ce jour, Roger, c’est mon pote. Une réconciliation après tant d’années de brouille, ça m’en ferait chialer toute seule... Mais je n’en suis pas là, pour le moment, il faut sortir du site (aidés par les gardiens), réunir tout un petit groupe et aller quelque part où nous pourrons échanger nos impressions... Le reste est du pur domaine privé, mais tout ce que je peux dire, c’est que malgré la fatigue et les émotions, nous étions tous fiers d’être ici et d’avoir vibré en harmonie sous le ciel étoilé... Oh Roger ! Tu m’inspires !

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© B-Side Rock, Arnold

Petit constat post récit : la critique est aisée, mais l’art est difficile... Certains pensent que Waters a fait cette tournée par jalousie envers Gilmour qui cartonne avec son album solo. Je pense tout simplement qu’il a voulu se faire plaisir, à lui, mais aussi faire plaisir à ses fans, dans la même optique que David en 2002 (qui n’avait rien non plus à promouvoir...). Ma sensation à l’heure actuelle est que depuis le Live 8, et ceci est flagrant maintenant, Roger s’est enfin réconcilié avec son passé et avec le Floyd et comme cadeau pour les fans, on ne peut certainement pas faire mieux. Rien que pour cela M. Waters, je vous remercie...



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