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Songs III : Bird On The Water

Songs III : Bird On The Water

Marissa Nadler

par Béatrice le 22 mai 2007

3

paru le 12 mars 2007 (Peacefrog Records)

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Marissa Nadler est un nom parfait à apposer, discrètement, au bas d’une pochette de disque aux ornements délicatement ciselés ; c’est un nom d’une élégance un peu datée, un peu décalée, suffisamment inhabituel pour qu’on ne l’oublie pas, mais pas non plus trop exubérant pour capter toute l’attention sur lui. Un nom idéal pour une chanteuse qui veut intituler son album Song III : Bird On The Water, en somme. Point positif donc, Marissa Nadler à un nom qui va bien avec son univers artistique et avec sa musique, et qui a le mérite de ne pas trop tromper sur la marchandise.

Ajoutons à cela que son album ne s’appelle pas Songs III pour rien ; comme une âme un tantinet plus avisée aurait pu le deviner sans avoir besoin d’invoquer l’assistance expresse de Saint Google et de son érudit apôtre wikipédien, le disque ici critiqué est son troisième. Et, autant que les titres ne laissent à en juger, le nouvel arrivant ne rompt pas l’harmonie de l’oeuvre de la jeune demoiselle : le premier s’appelait Ballad Of The Living And Dying, le deuxième The Saga Of The Mayflower. Tout ça ressemble à s’y méprendre au portrait-robot de la chanteuse de néo-folk-mystico-onirique, qui se revendique de l’héritage des aînés respectables mais recrée sa propre traditions à partir de morceaux disséminés dans l’atmosphère des traditions des autres, de préférences mélancoliques, bucoliques et elfiques. D’ailleurs, un rapide survol des informations glanées au fil des sinuosités de la toile d’araignée digitale nous apprend que la jeune fille officie dans le "dream folk", sous-genre du "weird-folk" de CocoRosie, Banhart, Newsom et consorts. Comme ça, au moins, on ne pourra pas dire qu’on ne savait pas.

Alors donc, Marissa Nadler fait du dream-neo-weird-machinchose-folk, c’est-à-dire, en clair, joue de la guitare (acoustique cela va sans dire), fort bien au demeurant, chante, fort bien au demeurant également, et se débrouille pour raconter des histoires et tisser des ambiances en prime, à coup d’arrangements vaporeux (clavier, synthé, violoncelles, harpe, il ne faut surtout pas brusquer les zoziaux qui dorment sur l’eau). Et comme tout résultat de néo-weird-dreamy-etcœtera-folk, le résultat est, il faut le reconnaître, fort joli. Joli, un peu dépaysant (mais pas trop), joli, calme (très calme), joli, un peu envoûtant, joli, un peu hanté, joli, bien ficelé, joli. La jeune fille a une très belle voix, mezzo-soprano légèrement brisé, doux et glacial, qui s’envole comme un courant d’air frais dans des feuilles d’arbres et se pose comme du givre sur une vitre. Il y a fort à parier qu’elle est parfaitement consciente de ses qualités vocales, vu comme elle en (sur)joue, s’envolant dans les aigus pour retomber dans de vrai-faux murmures sur fond d’atmosphère musicales savamment dépouillées et finement ciselées. Clairement, elle joue de ses charmes, façon fée Viviane froide et furtive, qui se fait entendre de loin tel un écho et joue les effarouchées dès lors qu’on s’approche trop.

Et le charme opère, on s’y croirait et on se croirait pris au piège de ses mélodies hantées et de son monde d’une beauté triste... mais le charme est fragile, et se brise rapidement, car la formule, si magique qu’elle soit, fonctionne un peu moins bien chaque fois qu’on la répète. Les pirouettes vocales, c’est bien joli, mais une voix fêlée, qui dérape par instant lorsque les émotions la déborde, c’est souvent mieux, ou en tout cas plus touchant. Les ambiances ciselées et travaillées, c’est joli aussi, mais c’est parfois trop froid, trop lisse, trop bien arrangé. Même la reprise du Famous Blue Raincoat de Leonard Cohen parvient à passer presqu’inaperçue au milieu de ce paysage sonore recréé de façon trop savamment artificielle, noyée au milieu de chansons qu’on finit par ne plus trop réussir à distinguer, à moins quelle ne veuille se cacher, piteuse de ne rendre qu’un piètre hommage à un presque-standard. Un décor a bel et bien été planté, il est en effet beau et soigné, mais, voilà, c’est une nature morte. Morte et figée, glacée en un crépuscule d’hiver éternel, sans un souffle de vent rebelle, sans un remous sur l’eau, sans un pépiement d’oiseau plus haut que l’autre. Et tout un disque sur un cadre où il ne se passe rien, c’est un pari risqué, surtout quand il ne se passe rien non plus dans le disque.

Alors... dream-folk, soit. Mais dream-folk qui ne prête pas beaucoup à la rêverie, en fin de compte, sauf à entendre rêverie comme fantasme morphéen se pointant lorsque, lassé des minauderies pseudo-onirique de Marissa, l’auditeur fini par piquer du nez et se laisser gagner par ses propres paysages imaginaires, autrement plus riches et dynamiques. Et Marissa Nadler se pose en digne représentante du néo-weird-folk-bidulechouette et de ses travers, séduisant et plein d’atour au premier abord, mais souvent plus maniéré que captivant et trop maquillé pour être sincère dès lors qu’on y attarde l’œil (et, accessoirement, l’oreille).



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Tracklisting :
 
1. Diamond Heart (3’47’’)
2. Dying Breed (3’38’’)
3. Mexican Summer (5’27’’)
4. Thinking Of You (3’36’’)
5. Silvia (5’40’’)
6. Bird On Your Grave (5’02’’)
7. Rachel (4’20’’)
8. Feathers (3’59’’)
9. Famous Blue Raincoat (4’23’’)
10. My Love And I (3’32’’)
11. Leather Made Shoes (4’42’’)
 
Durée totale : 48’07’’