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Sonisphere 2011

Sonisphere 2011

Les 8 et 9 juillet 2011

par Aurélien Noyer, Thibault le 2 août 2011

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 Metallica

Durant tout le festival, le public allait et venait, s’arrêtait devant tel ou tel concert, s’en retournait chercher une bière, commençait à attendre le suivant sans prêter attention au concert en cours. Et puis, vers la fin de l’après-midi, on a commencé à voir fleurir les T-shirts Metallica, puis les gens ont commencé à se masser devant la scène Apollo alors que Megadeth n’avait pas même commencé. Bon, il faut dire qu’en face, il y avait Papa Roach… on les comprend. Et le mouvement a continué durant le concert de Dave Mustaine qui a ainsi pu profiter d’une large audience qui, bien que portant les couleurs de Metallica, connaissaient parfaitement les titres les plus emblématiques de son groupe. Et autant dire qu’à la fin de Megadeth, la quasi-totalité du festival se focalisait sur la scène Apollo, attendant le clou du festival. Sans être placé tout proche de la scène Apollo, on peinait à distinguer la proportion du public qui s’intéressait, ne serait-ce que vaguement, à Tarja et à son metal symphonique balourd… Pourtant, elle ne semblait pas si loin, cette scène Saturn.

Et soudain The Ecstasy Of Gold se met à retentir alors que les écrans géants diffusait l’extrait en question du chef d’œuvre de Sergio Leone, c’est l’ensemble du Sonisphere qui explose et chante l’hymne des concerts de Metallica… et le groupe peut alors monter sur scène presque discrètement et attaquer directement sur un Hit The Light qui met tout le monde d’accord. S’ensuit un Master Of Puppets qui fait soudainement réfléchir [1] : Metallica est le groupe qui peut se permettre de balancer une des meilleures chansons de metal de tous les temps, la chanson éponyme d’un des meilleurs albums de metal de tous les temps en deuxième chanson de son set, ils savent qu’ils en ont encore sous la pédale.

Puis le groupe passe en revue ses 30 ans de carrière du classique Seek And Destroy au récent All Nightmare. Seul St Anger sera oublié, les séances Load/Reload étant représentées par The Memory Remains. Le groupe joue à la perfection, assurant aux fans le spectacle que leur ferveur mérite. Trujillo assure avec son aisance habituelle, Ulrich peine comme un diable sur les parties les plus compliquées de The Shortest Straw mais n’en démord pas et mène la chanson à son terme vaille que vaille. Hetfield est incroyablement à l’aise, tant vocalement (s’il n’atteint plus les aigus des années 80, sa voix s’est considérablement raffermie dans les graves et lui permet des interprétations puissantes des classiques) que scéniquement, plaisantant avec un public de 50.000 personnes comme on le ferait avec une bande de potes… et Kirk Hammett… ben, Kirk Hammett claque des soli à la Kirk Hammett et c’est tout ce qu’on lui demande.

Puis, après un Sad But True pour le moins fédérateur, Metallica entame la dernière partie de son concert avec ce que nous appellerons « l’enchaînement de la mort » : The Call of Ktulu, One, For Whom The Bell Tolls, Blackened, Fade To Black et Enter Sandman. Et bien que le groupe n’hésite pas à utiliser d’imposants effets scéniques (feux d’artifices, flammes, crépitements de mitraillettes au début de One, mise en scène des vers « Take a look to the sky just before you die, it’s the last time you will »), c’est moins le spectacle que la musique qui scotche le spectateur, réduit à écarquiller les yeux et à balbutier des « oh putain, oh putain » au fur et à mesure que les morceaux s’enchaînent. Car en face de lui, il y a un groupe déterminé à l’assommer sous les meilleures chansons que le metal ait jamais produit. Metallica ne fait pas dans la fausse modestie.

Après le ravage de Ender Sandman, les musiciens d’Anthrax et le guitariste de Diamond Head investisse la scène pour jammer un peu sur Helpless, titre de ce groupe auquel tous les musiciens présents vouent un culte évident. Contrairement à Londres, Amneville n’a pas eu droit à la réunion complète du Big Four (Slayer et Megadeth ayant déjà pris la route vers leur prochain concert… ou ayant préféré s’abstenir pour des questions d’ego), mais qu’à cela tienne… Alors que les invités quittent la scène pour laisser Metallica finir son set avec Damage Inc. et Creeping Death, il est évident que toute cette histoire de Big Four est une hypocrisie monstrueuse.

D’une part, les moyens accordés à Metallica sont sans commune mesure avec ceux des autres groupes (seul Metallica a eu droit à l’écran géant au fond de la scène et aux effets pyrotechniques), et d’autres part, Anthrax et Megadeth sont à moitié has-been (la musique de Megadeth jouit encore d’un certain prestige grâce à des classiques comme Peace Sells… But Who’s Buying ? mais la voix de Dave Mustaine est quasiment réduite à des grommellements), Slayer n’a survécu que parce qu’ils ont eu la chance de développer une musique suffisamment violente pour traverser les époques sans avoir à la changer d’un poil. Bref, aucun de ces groupes ne peut se prévaloir de la carrière et des chansons de Metallica. Trente ans après leur formation, ce nom de groupe, qui ressemblait alors à une bravade de petits cons trop ambitieux, leur sied mieux que tout autre. Metallica représente bel et bien le metal et le Big Four ne désigne pas vraiment quatre groupes, mais quatre personnes : James Hetfield, Lars Ulrich, Kirk Hammett et Robert Trujillo.

 Bilan

Situé seulement trois semaines après le Hellfest, la comparaison entre le Sonisphere et le festival de Clisson est immanquable. Néanmoins, établir une compétition entre les deux évènements serait se méprendre. En réalité, les deux festivals sont bien plus complémentaires que concurrents. Le Hellfest propose une immersion totale dans le genre durant trois jours passés de scène en scène, de groupe en groupe, de style en style. De son côté, le Sonisphere est l’occasion d’assister aux concerts d’une dizaine de têtes d’affiches sur un temps très resserré. Les déplacements sont réduits au minimum et on switche d’une scène à l’autre de 15h, pour ceux qui veulent se farcir Mass Hysteria, ou 18h à 1h du matin.

Très peu de festivals peuvent se vanter de proposer un tel planning sur deux soirées. Rien que la présence du Big Four le samedi est exceptionnelle, ajoutez à cela la soirée du vendredi, on peut difficilement faire plus dense. Le revers de la médaille est que le Sonisphere est un festival sans grande identité ni parti-pris au delà d’aligner des mastodontes. On n’y vient pas pour faire des découvertes et la plupart des groupes programmés avant les têtes d’affiches ne sont pas très convaincants. Avec une seule scène, difficile de tromper l’ennui en picorant de ci de là. On peut toujours aller aux stands de disques placés plus loin, mais ceux ci proposent leurs articles à des prix délirants.

Comme au Hellfest, le cd est vendu en moyenne à plus de quinze euros ! Certains labels ne descendent pas en dessous de dix huit euros. Il faudrait expliquer aux américains qui font le déplacement que les prix ne sont pas en dollar, et que pratiquement personne n’ira dépenser vingt euros pour un disque en 2011. On tape souvent sur les doigts des majors qui ne se remettent pas en cause mais certains petits labels devraient aussi d’ouvrir les yeux. Vendre ses disques en festival plus chers qu’on ne les trouve sur Amazone ou sur les sites des groupes, c’est aberrant, une sorte de suicide commercial.

Autre point un peu dérangeant, les concerts ne commençant qu’à 15h et les gros concerts que vers 18h, le festival a mis en place un système qui sépare la fosse de la scène Apollo (où passe le Big Four) en deux parties, une lambda et une « gold ». Celle ci est réservé à ceux qui arrivent les premiers à l’ouverture du festival à 12h, c’est à dire ceux qui vont attendre pendant plusieurs heures que les concerts démarrent et qui vont donc consommer davantage à l’intérieur du festival. On comprend bien que le Sonisphere a besoin de rentrer dans ses frais et qu’il ne faut pas surcharger le devant de la fosse pour éviter les écrasements, mais on peut attendre d’autres compromis qui font moins tâches dans un rendez vous populaire où chacun devrait pouvoir circuler comme il l’entend.

De même, le système de jetons était un brin abusif puisque contrairement au Hellfest où 1 euro = 1 jeton, ici 1,25 euro = 1 jeton. Or les stands de nourriture du Sonisphere n’ont pas brillé par leur qualité, ce qui a son importance sur deux jours. En revanche, comme au Hellfest, le « carré VIP » n’avait d’intéressant et d’utile que ses toilettes propres (outre des grrrrrands reporters, professionnels de la profession et blogueurs avachis sur des sofas à rien foutre toute l’après midi, on y vendait des bouteilles de Jack Daniel’s à quatre vingt euros l’unité... la grande question étant qui est suffisamment con pour acheter de cette pisse d’âne à ce prix là ?).

Dernier point sur lequel il y a redire : la qualité du son, parfois approximative. Les concerts de Mastodon et de Gojira ont été gâchés par ces soucis techniques. Les groupes peuvent être mis en causes, mais c’est quelque chose sur lequel il faut davantage veiller. Le concert de Dream Theater a souffert d’interruptions totales, heureusement momentanées, globalement la journée de samedi s’est mieux déroulée mais quand on ne dispose que deux scènes et d’un seul concert en même temps, il faut absolument soigner les détails.

Le Sonisphere compense ces failles avec une programmation très solide mais il ne faut pas se leurrer, c’est la présence de Metallica, groupe toujours titanesque en live, qui relève le niveau et fait oublier quelques choix très douteux comme Papa Roach ou Tarja. Obligation contractuelle ou véritable passion pour ces formations, on ne sait pas, mais on aime voir ces intrusions réduites à la portion la plus congrue possible. L’évolution du festival s’annonce intéressante à suivre puisque les organisateurs ont déclaré leur ambition de faire un évènement durable et majeur. Pour une première édition française, le Sonisphere s’en sort globalement fort bien. Il y a une importante marge de progression à exploiter, quelques défauts perfectibles, l’essentiel est plutôt bien posé.

Slipknot expliqué par la maman de Calvin.


[1« Soudainement » au moment où j’écris ses lignes… il est impossible d’intellectualiser un concert de Metallica sur le coup.

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