Portraits
Story Leonard Cohen, Part Four

Story Leonard Cohen, Part Four

par Vyvy le 15 juillet 2008

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1993 est aussi l’année de la sortie de Stranger Music, un étrange recueil qui sonne un peu fin de carrière. Ce recueil est nouveau pour Cohen en son genre : il fait pour la première fois le pont entre le Cohen poète, écrivain, et le Cohen chanteur, compositeur. Il se construit à la manière d’une rétrospective exigeante, avec un peu de tout, et le choix du contenu va être très difficile pour Cohen qui s’en remettra, au début des 1990s aux soins de Nancy Bacal puis de Rebecca de Mornay pour l’aider à faire la part des choses, notamment entre les œuvres polies, ciselées, et celles qui respirent bruyamment et partent en tout sens. Au final, l’ensemble se présente sous une forme chronologique, avec des morceaux de ces livres et albums, mise en avant de manière inégale. Le recueil, publié après bien des atermoiements avec son nouvel éditeur (Jack McClelland ayant pris sa retraite, et jouant le rôle d’agent pour Cohen) est la plus extensive collection d’œuvres disponibles de Cohen à l’heure ou nombres de ses œuvres étaient épuisées. Stranger Music permet ainsi de donner accès à une nouvelle génération aux œuvres de Cohen, à le replacer dans son évolution et musicale et littéraire.

Cette époque voit aussi Cohen se pousser des racines. Plus de 10 ans après l’avoir acheté, il meuble (enfin !) sa maison de Los Angeles, localisée dans un quartier quelconque, pas très sur, et achète même, comble du luxe, quelques tapis. Il se déplace moins, notamment après que son avocat et agent Marty Machat, basé à New-York décède et ne soit remplacé par Kelley Lynch, qui s’installe elle à Los-Angeles. Cohen fait de plus en plus la route montant au Mont Baldy et au Roshi, dont il redevient, pour un temps, le secrétaire particulier. Il fait tellement cette route, qu’en 1994 il y devient résident, ne descendant que rarement sur L.A. Une nouvelle période s’ouvre pour Cohen : ses enfants sont grands, il est tranquille financièrement (la quasi-banqueroute pré-résurrection oubliée), il n’est pas dans une relation de longue durée. Il se sent libre, et choisi donc de s’en aller auprès du Roshi, et de se replonger dans l’écriture.

 Le Moine aux Baskets

C’est à cette période-là que Cohen lâche « I don’t practice meditation anymore. I practice drinking. My Zen master gave up trying to instruct me in spiritual matters but he saw that I had a natural aptitude for drinking ». À savoir, dans la langue de Molière, « Je ne fait plus de méditation désormais. Je bois. Mon maitre zen a arrêté de m’instruire dans des matières spirituelles, mais il a vu que j’étais un buveur né ». A cette période là aussi qu’il fait la couverture de nos Inrocks nationaux, « entre ciel et terre », tout de noir monacal vêtu, avec une paire de Nike aux pieds. Ces deux petites anecdotes, allant au-delà de la coupe au bol et du côté « monastère », permettent de se rendre compte que Cohen ne cède ni à une de ces multiples religions d’opérettes, qui poussent aux US comme des ventres au McDo, ni enfin ne choisit entre son côté ascète et son côté Lucullus. Cohen aime les paradoxes, la vie au mont Baldy est en cela faite pour lui : des nuits courtes (monsieur n’est plus un couche-tard mais un lève-tôt), des heures consacrées à la méditation, d’autres heures au service des autres, et une qualité d’aliments et de boisson entrainant l’excès. Le paradoxe encore, car si il vit « retiré » du monde, il est en fait en contact constant avec ses compagnons et sort de l’enceinte quand bon lui semble, notamment pour organiser des soirées dans sa maison, auxquelles il invitera une fois un Gilles Tjordmann des Inrocks un peu ahuri. Non, décidément, Cohen n’est pas devenu mystique. Le Zen pour lui, c’est la volupté de l’austérité.

Loin du Mont Baldy la vie continue, et la vie de Cohen ces années-là, on l’a dit, c’est beaucoup, beaucoup de reprises. Et de très belles. En 1994, Hallelujah est reprise et sublimée par Jeff Buckley, tandis que Johnny Cash reprend dans ses American Recordings un Bird on a Wire majestueux. C’est l’année des 60 ans de Leonard, et cela se fête aussi par un livre. Take This Waltz est un travail d’analyse, de commentaires, et de messages d’appréciations de son œuvre : on y trouve des poèmes, des poètes (Dudek et Ginsberg…) et des musiciens (la femme qui l’a découvert, Judy Collins, l’homme qui l’a tué, Phil Spector, et celle qui l’a ressuscité, Jennifer Warnes). Les reprises continuent, et fort, lorsqu’en 1995 c’est toute la crème du mainstream un peu rock qui s’y met, en accouchant d’une nouvelle compilation : Tower of Songs.

Tower of Songs est très différent des précédentes reprises de Cohen. Peter Gabriel, Elton John et Bono sont de la partie. Cohen voit dans cette compile un effort pour amener ses œuvres dans le mainstream, et apprécie à ce titre ces reprises un peu chaloupées (Sting transforme ainsi Sister of Mercy en jig irlandaise, Bono se plante dans les paroles de Hallelujah…).

De retour sur le Mont Baldy, Cohen fait alors quelque chose d’extraordinaire : il se fait ordonné moine Zen, lui qui considère toujours sa religion comme judaïque. Ce chamboulement arrive en 1996 et met la scène musicalo-journalistique en émois. Ses chansons cartonnent et le voilà qui se fait nommer Jikan, soit le silencieux… Cohen va ainsi passer quelques années principalement dans le monastère, participant à toutes les corvées, à tout les zazen, à toute la douleur, dans laquelle il se trouve, se retrouve. Éprouvé, mais réconcilié avec lui-même, il est plus vieux que les autres disciples, raconte un journaliste, mais parait plus fort. Plus au fait aussi. Il est arrivé à un stade de sa vie ou il peut, plus que jamais, se permettre de faire ce qui lui plaît.

Et voilà qu’encore une fois, Cohen surprend et change de route.



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