Portraits
Story Leonard Cohen, Part One

Story Leonard Cohen, Part One

par Vyvy le 3 juin 2008

Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article Envoyer l'article par mail

Après son année new-yorkaise, où il découvre une nouvelle manière d’exposer sa poésie (en la lisant avec comme support un groupe de jazz, la nuit dans les night-clubs), le voilà de retour au bercail montréalais, et Cohen hésite. Faut-il rejoindre l’entreprise familiale et se ranger, ou vivre, expérimenter ? Sous la raillerie d’un Layton, il travaille alors à la fonderie puis à la manufacture familiale. Alors, Cohen, rangé ?

Leonard travaille le jour, et Cohen écrit la nuit. Parfois, Cohen sort et tel un Hyde courtois, va passer la nuit à lire des poèmes dans les night-clubs embrumés de la ville. Le concept poésie+jazz prend bien et Cohen se sent pousser des ailes. Malgré les ricanements moqueurs de Layton, malgré les commentaires de Dudek (qui le voit abandonner le modernisme et se complaire dans la luxure et la mythologie), Cohen continue à fréquenter et apprécier ses maîtres.

Il passe l’été de 1958 comme moniteur dans un summer camp progressiste où il est réveillé par du Haydn, prend des photos de nus féminins et étudie l’histoire juive. Et dans cet environnement assez hors du commun, il fait son choix. Ce sera l’art. En septembre, il ne retourne pas au boulot, ce qui n’améliore les relations avec sa mère qui passe une bonne partie de l’année 58 dans un hôpital psychiatrique, afin de traiter une dépression causée par des médicaments qu’elle prend par ailleurs. Les visites de Cohen à cette institution seront très difficiles, et lui inspireront des passages de « l’autofiction » The Favorite Game qu’il publiera en 1963.

Pour Cohen, le temps est au changement. Il rencontre en 1959 A.M Klein, le poète juif de Montréal par excellence, qui vivait en reclus depuis quelques années. En lui, il voit un homme qui est sorti de sa communauté, et se retrouve, hors d’elle, sans défense. Cette dépendance, cette appartenance, Cohen la conçoit mais veut la maîtriser. Montréal encore une fois l’étouffe tant elle l’embrasse. Il a écrit assez de poèmes pour faire un nouveau recueil, il se sent devenir un vrai écrivain, un vrai auteur. L’ami Layton aidant, il empoche alors une bourse du gouvernement canadien pour aller écrire un roman en s’inspirant de ses voyages dans la vieille Europe.

Et Leonard s’enfuie encore une fois, traversant l’Atlantique, se dirigeant vers Londres, en plein hiver 1959.

En arrivant, il s’achète son famous blue raincoat chez Burberry et sa machine à écrire, une Olivetti qui le suivra une grande partie de sa vie artistique. Il est à Londres pour écrire, et c’est à Londres, chez les Pullman, qu’il va développer cette attitude d’artisan de l’écriture, au travail fréquent, minutieux et sérieux. Stella Putman, amie de son meilleur ami Mort Rosengarten qu’il rejoint à Londres, accepte de l’héberger si et seulement si Cohen accouche de trois pages par jours… Trois pages de quoi ? Trois pages d’un roman, Beauty At Close Quarter dont il va écrire le premier jet entre décembre 1959 et mars 1960. Toujours occupé par sa poésie, il fignole le texte de son recueil The Spice Box of Earth et décide avec son éditeur Jack McClelland d’en sortir une belle édition au printemps de 1961. Pourtant, ni Londres ni cette masse de travail ne suffisent à Cohen. Armé de sa bourse et de son ticket pour aller visiter le sud de l’Europe, il a la bougeotte. Ainsi, lorsqu’il entend parler au travers d’une connaissance d’une île en Grèce, où vivent des artistes et où on parle Anglais, son esprit d’aventure le titille doucement. Il ne faudra plus qu’une visite à une Bank of Greece où un employé fort bronzé lui vante les mérites du climat méditerranéen pour que Cohen fasse sa valise, direction Hydra et la mer Égée.



Répondre à cet article

modération a priori

Attention, votre message n'apparaîtra qu'après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom



Sources :
-* l’excellent site internet The Leonard Cohen Files
-* Gilles Tordjman, Leonard Cohen, Le Castor Astral, 2006.
-* Ira B. Nadel, Various Positions A Life of Leonard Cohen, University of Texas Press, réedition 2007 (Première édition 1996).