Portraits
THE CLASH : Seul contre tous

THE CLASH : Seul contre tous

par Fran le 22 novembre 2005

Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article Envoyer l'article par mail
JPEG - 43.9 ko
&copy Brrrr

Nevermind « The Pollocks »

Après un mois de répétitions intensives, les Clash sont programmés pour assurer la premier partie des Sex Pistols le 4 juillet 1976 au Black Swan de Sheffield. Leur prestation fut désastreuse quoique atténuée par celle des Pistols peu convaincants non-plus ce soir là. Les Clash retournent alors à Rehearsal répétant plus que jamais avec Mick et Joe qui redoublent d’intensité dans leur travail d’écriture. Le 13 août 1976, Bernie organise une représentation à Rehearsal avec des journalistes. Pour l’occasion, Paul a réalisé une fresque derrière la batterie illustrant la chanson London’s Burning avec épaves de voitures, immeubles et la Westway en arrière plan. Le matériel est également décoré aux couleurs du groupe (rose et noir) et les vêtements sont aspergés de peintures. Les Clash inventent ainsi ce que l’on appellera le look Pollock. Pour eux, Pollock symbolise l’expression visuelle d’une action délibérée impliquant à la fois la rage et la violence, exactement le but que s’est fixé le Clash en voulant faire exploser la scène londonienne. Seulement trois journalistes répondront à l’appel, mais ce sont les plus importants du moment : Caroline Coon du Melody Maker, John Ingham et Giovanni Dadomo. Ce dernier dira ceci dans le magazine Sounds : « Je crois que c’est le premier groupe en marche qui fera mourir de trouille les Sex Pistols ». Malcolm MacLaren ne voit pas d’un très bon œil ces nouveaux prétendants et décide d’organiser un concert au cinéma Screen le 29 août, histoire d’attirer des journalistes et des responsables de maisons de disques mais aussi montrer à Bernie qui sont « les chefs ». Le spectacle s’intitule Midnight Special et compte les Clash et les Buzzcocks en premières parties. Ces deux groupes recevront de mauvaises critiques aidées en cela par une sono pourrie. Preuve du machiavélisme de McLaren, le son s’est étrangement amélioré quand ce fut le tour des Pistols de jouer et ainsi recevoir les éloges de la presse. Charles Shaar Murray du NME dira des Clash : « Ils sont de ces groupes de garage qui devraient retourner rapidement dans leur garage [10] ».

La Conscience du Clash

Le lendemain, histoire de se changer les idées, Joe, Paul et Bernie vont au carnaval de Notting Hill organisé chaque année par la communauté antillaise. La présence policière chargée d’encadrer l’événement est jugée excessive par les carnavaliers (1500) et l’affrontement paraît inévitable. L’après-midi se termine par une émeute générale à laquelle Joe et Paul prennent part en lançant des projectiles sur les forces de l’ordre. Cette épisode va servir de catalyseur au groupe qui va nettement politiser son discours.

L’Angleterre est en pleine récession économique et le chômage est élevé. Les gens recherchent des boucs émissaires ce qui ne fait qu’augmenter les tensions raciales [11] . Le fond musical du carnaval était du reggae militant qui racontait le climat politique instable de la Jamaïque alors au bord de la guerre civile. Paul adorait le reggae tandis que la culture musicale de Joe se rattache inévitablement à la culture noire. Comme le reggae pour les noirs, les Clash vont vouloir proposer aux jeunes blancs une culture musicale à la fois nouvelle mais aussi inspirée par les rythmes et les discours du reggae : une sorte de contre-culture au National Front. En 1976, le Punk rejete l’impérialisme américain et prône le retour à un certain « britannisme » ce qui lui fait prendre une tournure xénophobe. Pour les Clash, l’esclavage culturel américain doit faire place à la célébration des différentes cultures et pas seulement à la leur. C’est attitude sauvera les Clash d’un piège dans lequel d’autres groupes comme les Sham 69 sont tombés et dont les concerts étaient souvent pris d’assaut par des skinheads extrémistes. Quand le groupe appelle à une « émeute blanche » (White Riot), il ne s’agit pas d’une propagande raciste incitant les blancs à se retourner contre les noirs mais d’un appel à se révolter contre un système qui les rejette, appelant ainsi à l’union des forces pour une lutte commune.

Sillonner pour mieux régner

Le 5 septembre 1976, les Clash jouent dans un club peu familier du milieu Punk : le RoundHouse. Malgré les efforts répétés de Joe, le public reste stoïque devant les 14 titres joués par le groupe. Bernie est très mécontent et les critiques sont assassinent. Quelques jours plus tard, Keith Levene [12] quitte le Clash pour manifestement une divergence d’idées musicales. Ce départ va alors atténuer les tensions et donner un nouveau souffle au groupe. Les 20 et 21 septembre, Malcolm McLaren organise un festival Punk au 100 Club afin d’installer les Sex Pistols comme groupe leader d’un mouvement. Sont présents Damned, Buzzcocks, les Vibrators, les français de Stinky Toys, Siouxie & The Banshees et The Clash en principal groupe de support aux Pistols.

JPEG - 44.5 ko
The Clash avec Terry Chimes

Le 8 octobre 1976, les Pistols signent chez EMI, enregistrent un single et partent en tournée. Bernie y voit l’occasion d’asseoir son groupe sur la scène punk londonienne et en faire le nouveau leader. A bord d’un Ford Transit, les Clash vont alors sillonner la ville jouant de club en club ainsi que dans les universités. Le 23 octobre, ils donnent leur premier concert en tête d’affiche au ICA : A Night Of Pure Energy. Le groupe a alors droit à de bonnes critiques. Chris Parry de Polydor, qui avait essayé de signer les Sex Pistols, décide de jeter son dévolu sur les Clash et propose à Bernie d’enregistrer des démos [13] avec Guy Stevens à la production. Mais le travail sera bâclé et ne satisfera ni le groupe ni Polydor. Les Clash sont alors en plein doute, d’autant plus que les Damned viennent eux aussi de signer un contrat chez Stiff.



[1Sa mère lui enverra régulièrement disques et bandes-dessinées

[2Etant donné le grand nombre de groupes qui se sont formés aux Beaux-Arts, Mick pense que c’est le point de départ de toute star du rock. Il sera alors déçu par la réalité.

[3Lié au tube de Queen Now I’m Here.

[4Tony Gordon rejoindra plus tard Chelsea, formera Generation X avec Billy Idol puis Sigue Sigue Sputnick.

[5Deviendra plus tard la chanteuse des Pretenders.

[6Notons que Paul jouera avec cette basse (imitation Fender) jusqu’en 1979 et que Mick devra l’accorder durant les premiers concerts.

[7Les roadies des Clash la baptiseront « jambe électrique ».

[8Quelqu’un qui joue médiocrement : jouailleur.

[9« clash » est un mot à nombreuses significations : choc, fracas, conflit, désaccord, heurter, choquer, résonner, détonner, sonner...

[10En guise de réponse, les Clash écriront la chanson Garageland

[11Le National Front fait alors de plus en plus d’adeptes notamment chez les jeunes.

[12Il rejoindra par la suite John Lydon (alias Johnny Rotten) avec Public Image Ltd.

[13Deux de ces démos (Janie Jones et Career Opportunities) figurent sur le Long Box Clash On Broadway paru en 2000 (Epic/Sony).

[14 Les Clash iront même jusqu’à remplacer les Sex Pistols en tête d’affiche. Les Pistols sont parfois interdits de jouer et semblent plus amuser par la surenchère médiatique

[15De cette expression coutumière de Bernie (prise à Malcolm McLaren) naîtra la chanson Complete Control.

[16Après l’echec avec les Sex Pistols et les Clash, Chris Parry réussira à signer les Jam.

[171977 en face b.

[18Les radios londoniennes n’ont pas su prendre le Punk ce qui aurait pu être bénéfique au mouvement. La radio pirate Capital Radio, très écouté par les jeunes, s’y refusera toujours et inspirera à Joe la virulente Capital Radio.

[19Topper est capable de tout jouer (rock, reggae, jazz...) et est alors le musicien le plus accompli du groupe. Il fera beaucoup pour la ligne musicale future des Clash.

[20The Clash deviendra l’import le plus vendu outre-atlantique avant qu’ Epic ne sorte une nouvelle version en 1979.

[21L’album et le film sont enregistrés dans une période de grande confusion. La tournée est appelée The Clash Sort It Out en réponse au départ de Bernie et à la sortie de l’album.

[22Guy mourra 3 semaines après la sortie de l’album. Les Clash lui rendront hommage avec Midnight To Stevens et leur attribueront l’inspiration pour Combat Rock.

[23« Fifth » : cinquième amendement.

[24Sur ce principe, les Wedding Present entreront dans le Livre des Records avec 12 titres en 12 mois.

[25Après avoir été viré du groupe qu’il avait initié, Mick poursuivra son aventure musicale avec son groupe Big Audio Dynamite.

Répondre à cet article

modération a priori

Attention, votre message n'apparaîtra qu'après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom