Portraits
THE CLASH : Seul contre tous

THE CLASH : Seul contre tous

par Fran le 22 novembre 2005

Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article Envoyer l'article par mail

 Etat des lieux et étendard Punk : The Clash

Les Clash ne se démontent pas, les considérations artistiques reprennent le dessus et il devient urgent d’enregistrer un disque que tout un mouvement attend. Simon Humphrey et Micky Foote se chargent de la production. Le studio est une expérience nouvelle pour les Clash et suivant l’idée du Punk, le groupe est hostile à toute technique passée : le combo arrive en studio comme s’il montait sur scène. Le single White Riot [17] est accepté par CBS même si le groupe préférait la deuxième démo. La photo de Caroline Coon qui orne la pochette montre Joe, Mick et Paul de dos, les mains posés contre un mur, avec des slogans jamaïcains et des titres de chansons sur leurs vêtements. Le texte qui est apposé au dos dit ceci : « La jeunesse, après tout, n’est pas une condition permanente et un clash de générations n’est pas aussi dangereux, fondamentalement, pour le gouvernement que le serait un clash entre gouvernants et gouvernés. » L’impact est énorme et Londres tremble au son du Clash. L’album sera enregistré en trois week-ends durant lesquels le groupe bénéficie d’une liberté totale. La deuxième démo de White Riot ouvrira finalement ce premier album qui met en lumière les visions du groupe : l’anti-impérialisme américain (I’m So Bored With USA), leur attachement au reggae avec la reprise du tube de Junior Murvin Police & Thieves, leur statut de rebus de la société avec What’s My Name, etc...

JPEG - 46.6 ko
T-Shirt de 1977

Les Clash peuvent désormais financer leurs propres concerts et n’attendent pas longtemps pour reprendre la route avec néanmoins un principe qu’ils ne perdront jamais : proposer un prix de place le plus bas possible. Le 11 mars, toute la presse musicale est présente au Colosseum d’Harlesden. Terry porte un t-shirt où est inscrit Good Bye, Joe est complètement défoncé au speed tandis que Mick perdra la lanière de sa guitare et finira le concert « en mitraillette ». Malgré des problèmes techniques, le spectacle est un triomphe. Le single White Riot sort le 18 mars et est encensé par la presse musicale, cependant, les radios [18] se refusent à le diffuser jugeant le texte incompréhensible et la musique trop violente . De plus, le groupe refuse -et refusera toujours- de participer à Top of The Pops reprochant le manque d’authenticité de cette émission où l’on doit jouer en play-back. Malgré tout, White Riot réussira à atteindre la 38ème place des charts. Le 2 avril 1977, le NME fait paraître un article de Tony Parsons et une couverture consacrés aux Clash. Le groupe apparaît comme un gang avec son sens de l’honneur, le refus du compromis et la confiance des uns envers les autres. On y apprend un peu plus sur leur passé fait de chômage et de squats : le Mythe Clash est en marche.

The Clash sort le 8 avril 1977 et les critiques sont mitigés. Certaines accusent la pauvreté des mélodies et les paroles incompréhensibles tandis que d’autres le considère comme l’un des disques les plus importants jamais enregistrés qui dépeint la réalité urbaine de la Grande-Bretagne. Mark Perry avouera même -avant de dire que les Clash ont enterré le Punk- que c’est l’album le plus important jamais sorti, qu’il est comme « un miroir. » Le magazine Sounds lui donne 5 étoiles (note maximale) et Pete Silverton conclu sur ces mots : « Si vous n’aimez pas The Clash, vous n’aimez pas le rock’n’roll. » Grâce au bouche à oreille et à ces critiques élogieuses, le disque atteindra la 12ème place, laissant CBS sans voix. The Clash est alors le meilleur album à émerger de la scène Punk, et pour beaucoup, l’est resté encore aujourd’hui.

Brutalité et Précision : Topper Headon

JPEG - 23.2 ko
Topper Headon

Malgré le succès, Terry ne reviendra pas sur sa décision et décide de quitter le groupe. Les Clash vont alors auditionner des centaines de batteurs jusqu’à ce que Mick retrouve Nick Headon le 24 mars lors du concert des Kinks. Nicholas Bowen Headon est né le 30 mai 1955 à Bromley de parents enseignants. La jeune famille déménage à Douvres où le petit Nicky montre des aptitudes en football et en musique. Fan des Beatles, il sait parfaitement jouer de la guitare acoustique. Mais étant un enfant hyperactif, son père décide de lui offrir une batterie et Nick deviendra rapidement un très bon batteur. Issu de la classe moyenne sécurisée, Nick a cependant toujours été indiscipliné (gangs, vols et consommation de drogues). Il arrive à Londres en 1974 où il épousera Wendy en 1975. Il devient batteur des London SS durant une semaine avant de rejoindre les Gls (futurs Temptations) où on lui offre 50£ par semaine pour tourner en Allemagne sur les bases militaires américaines. Il rejoindra ensuite le groupe de hard-rock Fury qu’il quittera, ne voyant pas le succès venir. Il accepte donc volontiers l’offre de Mick et auditionne début avril à Rehearsals. Nick est soucieux de faire bonne impression et frappe comme un dératé sur ses fûts créant un bruit assourdissant. Le groupe est pour le moins impressionné et c’est à l’unanimité que Nick intègre The Clash. Il hérite alors du surnom Topper [19] (« haut de forme ») qui désigne aussi un « type formidable » en argot.

Se forger un Mythe : White Riot Tour

Sur le modèle de l’Anarchy Tour, Bernie organise en mai 1977 le White Riot Tour (nouveau pied-de-nez à Malcolm) avec les Buzzcocks, Subway Sect, The Jam et les Clash en tête d’affiche incontestable (les Sex Pistols étant absents). Le 2 mai, malgré les recommandations du groupe, le Rainbow refuse d’enlever les sièges et le public s’en chargera en les empilant devant la scène. Si l’Anarchy Tour avait engendrer 100 000£ de déficit, le White Riot Tour s’en tirera avec 28 000£, mais au seul compte des Clash, et le groupe ne touchera pas d’argent durant huit semaines. Comme pour les Sex Pistols, la police est présente tout au long de la tournée et exerce un harcèlement féroce. Les problèmes avec la Loi deviennent habituels et vont du simple graffiti jusqu’à la possession de drogue. Le 13 mai, CBS sort le second single Remote Control sans prévenir ni Bernie ni les Clash qui avaient choisi Janie Jones : ce premier affront est loin d’être le dernier et inspirera la chanson Complete Control qui sortira le 23 septembre.



[1Sa mère lui enverra régulièrement disques et bandes-dessinées

[2Etant donné le grand nombre de groupes qui se sont formés aux Beaux-Arts, Mick pense que c’est le point de départ de toute star du rock. Il sera alors déçu par la réalité.

[3Lié au tube de Queen Now I’m Here.

[4Tony Gordon rejoindra plus tard Chelsea, formera Generation X avec Billy Idol puis Sigue Sigue Sputnick.

[5Deviendra plus tard la chanteuse des Pretenders.

[6Notons que Paul jouera avec cette basse (imitation Fender) jusqu’en 1979 et que Mick devra l’accorder durant les premiers concerts.

[7Les roadies des Clash la baptiseront « jambe électrique ».

[8Quelqu’un qui joue médiocrement : jouailleur.

[9« clash » est un mot à nombreuses significations : choc, fracas, conflit, désaccord, heurter, choquer, résonner, détonner, sonner...

[10En guise de réponse, les Clash écriront la chanson Garageland

[11Le National Front fait alors de plus en plus d’adeptes notamment chez les jeunes.

[12Il rejoindra par la suite John Lydon (alias Johnny Rotten) avec Public Image Ltd.

[13Deux de ces démos (Janie Jones et Career Opportunities) figurent sur le Long Box Clash On Broadway paru en 2000 (Epic/Sony).

[14 Les Clash iront même jusqu’à remplacer les Sex Pistols en tête d’affiche. Les Pistols sont parfois interdits de jouer et semblent plus amuser par la surenchère médiatique

[15De cette expression coutumière de Bernie (prise à Malcolm McLaren) naîtra la chanson Complete Control.

[16Après l’echec avec les Sex Pistols et les Clash, Chris Parry réussira à signer les Jam.

[171977 en face b.

[18Les radios londoniennes n’ont pas su prendre le Punk ce qui aurait pu être bénéfique au mouvement. La radio pirate Capital Radio, très écouté par les jeunes, s’y refusera toujours et inspirera à Joe la virulente Capital Radio.

[19Topper est capable de tout jouer (rock, reggae, jazz...) et est alors le musicien le plus accompli du groupe. Il fera beaucoup pour la ligne musicale future des Clash.

[20The Clash deviendra l’import le plus vendu outre-atlantique avant qu’ Epic ne sorte une nouvelle version en 1979.

[21L’album et le film sont enregistrés dans une période de grande confusion. La tournée est appelée The Clash Sort It Out en réponse au départ de Bernie et à la sortie de l’album.

[22Guy mourra 3 semaines après la sortie de l’album. Les Clash lui rendront hommage avec Midnight To Stevens et leur attribueront l’inspiration pour Combat Rock.

[23« Fifth » : cinquième amendement.

[24Sur ce principe, les Wedding Present entreront dans le Livre des Records avec 12 titres en 12 mois.

[25Après avoir été viré du groupe qu’il avait initié, Mick poursuivra son aventure musicale avec son groupe Big Audio Dynamite.

Répondre à cet article

modération a priori

Attention, votre message n'apparaîtra qu'après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom