Portraits
Talking Heads, haut-parleur universel

Talking Heads, haut-parleur universel

par Milner le 11 mai 2010

Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article Envoyer l'article par mail

Depuis les balbutiements du groupe, l’intérêt pour les racines africaines a toujours été parfaitement audible dans la musique des quatre. Mais Talking Heads voit déjà plus loin. Si Fear Of Music, par la faute sans doute de son caractère décousu et glacé, ne remporte pas le succès de More Songs About Food And Buildings, le suivant, Remain In Light sorti en octobre 1980, battra tous ses précédents records. Il est généralement considéré par les critiques comme le meilleur album des Têtes Parlantes bien qu’il diffère complètement de son prédécesseur. Il explore une nouvelle fois les rythmes africains avec la même dose de funk caractéristique de leur musique. Le climat, pourtant, n’a rien de plus serein : le Nouveau Monde a mis un certain temps à réagir à le déliquescence du mouvement disco mais propose finalement une alternative commerciale à base de rock FM calibré studio. Sous le couvert de cette nourriture aseptisée, l’Amérique se découvre grasse et bedonnante mais ne propose finalement rien de frais. Fidèle à ses principes, Brian Eno s’embarque dans l’aventure afin de conclure sa trilogie et David Byrne s’investit personnellement dans l’écriture. C’est à ce moment-là que les premières tensions au sein du groupe apparaissent puisque aucun autre membre du groupe n’est crédité. Cet « oubli » sera réparé juste avant la publication de l’album mais augura de la séparation musicale à venir. Pour cet album, Talking Heads s’entoure d’un groupe de multi-instrumentistes, percussionnistes et chanteurs dans lequel on retrouve le guitariste Adrian Belew, l’un des meilleurs guitaristes au monde, qui accompagna entre autres Frank Zappa et David Bowie durant toute sa carrière. Dès les premières écoutes, la différence est palpable. Dans le passé, les chansons du groupe s’étaient toujours apparentées à un monologue alors que pour la première fois, deux voire trois sections vocales apparaissaient enfin sur disque. La musique est également devenue plus funky et représente une nouvelle approche musicale plutôt qu’une altération des précédents courants musicaux qui traversaient leurs précédents enregistrements. Les quatre se connectaient enfin avec le public qui, en contrepartie, était prêt à suivre l’évolution musicale du groupe mais sans vraiment le savoir, Remain In Light marqua pourtant la fin de la première période du groupe. Le sommet de l’ensemble demeure Once In A Lifetime, morceau hip-hop aux climats menaçants qui devint le premier single du quatuor à atteindre le Top 20 anglais. Byrne semblait ne pas avoir l’air rassuré lorsqu’il chantait ‘And you may find yourself in a beautiful house, with a beautiful wife / And you may as yourself — Well ... how did I get there ?’ Seymour Stein a une anecdote concernant ce titre : « Le 8 décembre 1980, j’étais en Inde et je devais me rendre à Udaipur. Juste après le décollage, je prends le Times Of India et en première page, je lis avec stupéfaction : JOHN LENNON ASSASSINÉ. J’étais complètement secoué. Je vivais à côté du Dakota Building et c’est par l’intermédiaire de mon ami Elton John que j’avais rencontré John Lennon. J’avais apporté mon baladeur et une cassette du dernier album de Talking Heads, Remain In Light. Je me souviens que l’écoute de la chanson Once In A Lifetime m’aida beaucoup à me calmer et en me concentrant sur les paroles, elles prirent un sens que je n’avais pas saisi à la première écoute. Je n’oublierai jamais le jour où j’étais quand j’ai appris la mort de Lennon et la chanson qui m’aida à me ressaisir, Once In A Lifetime ».

 Années 80, Virage Pop

Après une longue tournée qui vit le groupe s’embarquer à travers le monde avec ses musiciens de luxe, les membres de Talking Heads s’autorisèrent un repos bien mérité après quatre années de travail incessant et chacun s’attela à une carrière solo. Finalement, pour coïncider avec cette période creuse, Sire Records publia un double album live, The Name Of This Band Is Talking Heads, proposant des extraits de chansons à différents moments de leur carrière. Ce n’est que le 1er juin 1983 que Talking Heads refait surface avec la parution de son cinquième album Speaking In Tongues. Musicalement, le groupe scelle sa collaboration avec Eno et s’installe seul aux commandes en studio en se recentrant plus sur la stricte musique pop qu’auparavant. Dire que c’est un mauvais disque est sûrement exagéré bien que les compositions soient inégales et se transforment parfois en dispersion. Mais les petits gadgets sonores utilisés pour remplir l’espace libre à de fréquents endroits permit de redonner de la saveur à un album qui, malgré sa bonne qualité, résiste mal à l’épreuve du temps. À l’époque, Speaking In Tongues deviendra le premier album du groupe à vendre un million de copies aux États-Unis. Sur chaque titre, Byrne impose un style vocal bien particulier : mélodies rock (Swamp), prêcheur radio gospel (Slippery People). Après tant d’esbroufes, les Heads s’embarquent pour une tournée longue durée et c’est durant ce ‘Speaking In Tongues Tour’ que Jonathan Demme réalise le film Stop Making Sense qui sortira en salle l‘année suivante et montre le groupe au summum de sa carrière sur scène. Toujours inspiré, le groupe se retrouve pour enregistrer un nouvel album dans leur fief du Sigma Sound à New York. Musicalement, le disque marque un retour vers le son des deux premiers enregistrements des Heads, plus conventionnel à l’exception des paroles toujours aussi originales.



[1Références bibliographiques :

Magazines : Uncut, Q, Mojo, Rock & Folk

Ouvrage : This Must Be The Place : The Adventures Of Talking Heads In The 20th Century de David Bowman, Harper Entertainment, 2001.

Répondre à cet article

modération a priori

Attention, votre message n'apparaîtra qu'après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom