Portraits
Talking Heads, haut-parleur universel

Talking Heads, haut-parleur universel

par Milner le 11 mai 2010

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Sorti le 10 juin 1985, Little Creatures fournira deux nouveaux succès, la très pop And She Was et surtout la gospel-folk Road To Nowhere, aussi improbable qu’un morceau reggae de Rod Stewart. Les six autres titres au demeurant plutôt fade donnent pourtant l’impression que l’originalité vient à manquer. Paradoxalement, Talking Heads avait survécu aux premières années de la décennie 80 quand bon nombre de ses ex-collègues de la scène new-yorkaise des années soixante-dix avaient littéralement sombré dans de vaines tentatives de poursuite. Et en délaissant les voies exotiques que lui procuraient les rythmes africains, certains fans commençaient à se lasser. Peu de temps après, les Heads gravèrent True Stories, un album de chansons pour le film que réalisa Byrne en 1986 et qui se veut encore plus pop que ne l’était déjà Little Creatures. Mis à part deux ou trois bricoles dont Wild Wild Life et la chanson Radio Head qui inspirera un tout jeune groupe oxfordien par la suite, le résultat est assez affligeant et les critiques se demandent si ces longues années à l’avant-garde de l’actualité musicale n’avaient pas usé l’impact des musiciens. Mais surtout, elles guettaient les signes avant-coureurs de l’embourgeoisement avec autant d’impatience qu’il a été permis d’attendre les frasques et les provocations des New York Dolls. Les mois qui suivirent devaient rassurer.

 Fin de Règne

Délaissant les références à la musique régionale américaine et aux chansons pop qui avaient marqué les deux dernières livraisons discographiques, Talking Heads décida d’essayer quelque chose de complètement différent. En réponse à l’isolationnisme croissant dont font part grand nombres de formations américaines, le quatuor décida de partir fin 1987 enregistrer le huitième album à Paris au Studios Davout avec un groupe de musiciens internationaux dans le but de retrouver l’inspiration. On retrouve entre autres le guitariste Yves N’Djock et le claviériste Wally Badarou parmi les huit ou neuf musiciens qui passèrent à répéter et jouer en studio toute la journée. En début de soirée, une piste fut généralement choisie comme version idéale bien qu’ils n’y avaient pas encore de paroles ou de mélodies. Il avait été décidé que dans le but de permettre au musicien d’improviser au maximum sans se soucier des structures mélodiques, ces dernières ne seraient ajoutées qu’à la fin.

L’album, baptisé Naked, sortit le 15 mars 1988 et se détachait par un certain retour musical vers les sonorités world music mais globalement, c’était un album de pop au son de moins en moins agressif et parfois même, le batteur Chris Frantz devait utiliser ses balais sur de nombreux morceaux. Après sa sortie, Talking Heads fut mis entre parenthèse et Byrne et Harrison poursuivirent leur projets solo. Quant à Tina Weymouth et Chris Frantz, leur projet parallèle nommé Tom Tom Club les occupa une bonne partie de l’année 1989. Finalement en 1991, alors que peu de monde ne l’attendait, Talking Heads publia un communiqué expliquant qu’en l’état des lieux, le groupe avait cessé d’exister. C’était une fin logique et le prix à payer. Talking Heads avait vécu quinze ans, quinze années de musique et de folie, parfois douce, parfois violente, mais quinze années passées si vite et si intensément que les membres du groupe n’avaient finalement pas eu le temps de souffler ou plus simplement de prendre un peu de recul.

Le 18 mars 2002, Talking Heads fit son entrée au Rock’n’Roll Hall Of Fame au cours d’une cérémonie qui eut lieu au Waldorf Astoria à New York. Il s’agit de la dernière fois que le groupe s’est retrouvé et Cris Frantz en a profité pour remercier l’organisation du Rock’n’Roll Hall Of Fame d’avoir donné une fin heureuse au quatuor. Le groupe a ensuite interprété quatre de ses morceaux de bravoure : Psycho Killer, Life During Wartime, Burning Down The House et Take Me To The River. Chacun des membres du groupe a pris une direction musicale bien différente et poursuit son aventure musicale. Mais rien ne fera oublier l’aventure de Talking Heads, groupe incroyablement frais et novateur qui en son temps (avec Brian Eno et David Bowie) à tout simplement créé la new wave et a placé le premier du funk dans sa mixture de sorte que toutes les honteuses formations créées pour l’ère MTV sont redevables de la musique des quatre new-yorkais de Talking Heads. Des Têtes Parlantes mais aussi des Têtes Chercheuses.

 [1]



[1Références bibliographiques :

Magazines : Uncut, Q, Mojo, Rock & Folk

Ouvrage : This Must Be The Place : The Adventures Of Talking Heads In The 20th Century de David Bowman, Harper Entertainment, 2001.

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