Portraits
The Beatles, mythe ou réalité ?

The Beatles, mythe ou réalité ?

par Psychedd le 25 novembre 2008

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 Acid pop

Help ! aurait du être le titre officiel de la tournée nord-américaine du mois d’août. On a beau dire que la Beatlemania commence à perdre sa vitesse de croisière, les salles sont quand même remplies. Les stades aussi... Le 15 août, ils font un concert au Shea Stadium de New York. Enfin, le public fait un concert de hurlements. Certains ne sont toujours pas sûrs que c’était bien les Beatles qui jouaient au milieu de l’énorme bâtisse aussi adaptée pour un concert de rock qu’un avion ne l’est pour la plongée sous-marine. Et en parlant aviation, les cris atteignent l’intensité d’un moteur d’avion au décollage. Et on parle bien sûr d’un très, très gros avion.

Heureusement qu’ils se sont fait pleins de potes là-bas : les Byrds, Peter Fonda, deux des Beach Boys, Les Supremes et Bob Dylan, bien sûr. Ça aide à passer les soirées, cloîtrés dans leurs chambres d’hôtel d’où ils ne peuvent absolument pas sortir, sous peine de ne jamais revoir la lumière du jour. Ça aide aussi à découvrir d’autres styles, d’autres influences pour leur musique. Puisqu’ils ont donné l’impulsion, ils peuvent bien se permettre à leur tour de pomper quelques tuyaux. Mais la plus grande rencontre est à venir : ils ont obtenu une dérogation spéciale pour faire coucou à Elvis. Le 27 août, ils rencontrent, l’Homme, leur héros de jeunesse. Une réunion de légendes vivantes qui commence assez bizarrement, personne ne parle, les Beatles scotchent sur Elvis, béats... Le King fait amener des guitares et la soirée décolle. Quel meilleur moyen que la musique pour communiquer ?

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John a eu son permis de conduire !

Une émotion en remplace une autre et c’est la panique qui déboule le 31, jour du dernier concert de la tournée. A San Francisco, les fans grimpent sur le toit de la limousine ramenant le groupe à l’hôtel, et il s’en faut de peu pour que les quatre idoles ne périssent écrabouillées. Ils rentrent heureusement entiers et vivants à Londres. Paul, avec Jane Asher qu’il fréquente toujours, commence à s’intéresser à l’art. Il se passionne pour Magritte et va voir des pièces de théâtre, écoute de la musique contemporaine et tous pleins de choses stimulantes pour son cerveau qui s’ouvre à un nouveau langage...

Dans un autre genre de stimulation, le petit Zak Starkey voit le jour le 13 septembre. Toutes nos félicitations à l’heureux papa. Restons dans le monde de l’enfance avec la création et la diffusion de dessins animés sur les Beatles aux États-Unis. Bédidonc !
En octobre, les garçons retournent en studio pour commencer à enregistrer ce qui va être Rubber Soul. A partir de ce moment, ils vont passer de plus en plus de temps à Abbey Road, la preuve, ils vont mettre Drive My Car en boîte après minuit (une grande première paraît-il). Cette volonté de s’installer un peu plus dans les studios est due au fait qu’avec George Martin, les Beatles découvrent les joies de la technologie. A vrai dire, leur usage de la drogue modifie considérablement leur façon de travailler. Mais attention, il est hors de question pour eux de venir en studio après avoir pris quelque chose. Ils y ramènent seulement l’expérience et l’esprit d’innovation qui va de pair avec. De toute manière, ils ont bien essayé de créer quelque chose sous emprise de stupéfiants, mais ils avouent eux-mêmes que ça ne donne rien de bien intéressant (une grosse bouillie sonore en fait !). Grande nouveauté également, les Beatles vont enregistrer des chansons qui leur serviront de singles, mais qui ne seront pas sur le prochain album, Day Tripper, qui parle, de manière à peine cachée, de drogue et We Can Work It Out. En considérant bien ces changements, on peut dire que les Beatles jouent gros sur ce coup : ils modifient leur discours et passent de textes niaiseux à des textes qui laissent déjà passer leurs engagements personnels. Ils ne s’adressent plus vraiment au même public et se tournent vers une jeunesse en quête de liberté et d’absolu. Époque magique du Swinging London dont Paul est la vedette (il a à cœur de toujours être là où ce qui est intéressant se passe).

En revanche, on se demande encore si récupérer des médailles, attribuées à des héros militaires en temps normal, des mains même de la reine, c’est très branché... Comme il faut « rock’n’rolliser » l’épisode, la légende raconte que les Beatles fument un pétard dans les toilettes du palais de Buckingham avant de rencontrer Sa Gracieuse Majesté Elisabeth II. Rumeur parfois démentie par les intéressés eux-mêmes...

Mais ils ont beau faire, ils respectent certaines traditions, telle celle de leur chanson de Noël, envoyée chaque année aux fans des Fab Four. C’est un peu ridicule certes, mais ça fait toujours plaisir ! Le 3 décembre, l’album Rubber Soul sort. Et c’est le pandémonium... C’est qui ces chevelus ? Y a pas à dire, ça s’envape méga-sec ! Typographie élastique, un prémice du psychédélisme à venir. Une photo étirée, déformée, un titre d’album qui veut tout dire. Les Beatles ne sont plus les gendres idéaux, ils passent au statut d’icônes.

George à propos de la pochette :« J’aimais la façon dont nos visages sont allongés sur la pochette de l’album. Nous avions perdu notre étiquette de « petits innocents », notre naïveté, et Rubber Soul était le 1er disque où nous avions l’air de vrais fumeurs d’herbe. » C’est un peu le moment où le public va commencer à se masculiniser. En gros, on ne veut plus être avec un Beatle... On veut être un Beatle Pour quasiment tout le monde, c’est l’album de transition, entre Help ! et Revolver, une étape est franchie, mais ils n’ont pas encore fait le grand saut de l’autre côté du miroir.

L’envapement excessif décuple leur imagination et leur talent. Une vraie recherche de qualité sonore qui s’amorce, des orchestrations à couper le souffle. Et les textes changent aussi. Oh, bien sûr, l’amour est encore le moteur. Mais il y aussi des chansons comme Norwegian Wood, qui donnent déjà le témoignage de l’existence d’une jeunesse qui a la grâce. Norwegian Wood, le premier sitar chez les Beatles, l’Orient va rentrer en Occident par le biais de Mystique George. Bientôt, ce serait une vraie crise d’Indemania, hindouisme, bouddhisme, bijoux, peintures, musique et les départs vers Katmandou et ses sommets toxiques.

Fin 65, la jeunesse a radicalement changé. À cause de l’intervention militaire américaine, toujours plus meurtrière et inhumaine, au Viêt-Nam, le mouvement de Draft Resistance contamine les jeunes américains qui ne comprennent pas et refusent cette guerre. Ils brûlent leurs cartes d’incorporation dans l’armée. Un mouvement alternatif commence à pointer son nez, d’autant plus que l’usage de LSD, encore légal, se répand à grande vitesse. La drogue de l’esprit est là pour tous les libérer, alors ils sont libres, ils sont des bohèmes. Norwegian Wood, c’est déjà un peu ça. C’est aussi l’aveu éclatant des relations extra conjugales de Lennon. Et ça, on ne sait pas si Cynthia apprécie...

Comble de l’ironie, le 25 décembre, George offre en guise de cadeau de Noël une demande en mariage à Patti. Aussi incroyable que cela puisse paraître, 1966 débute par un mois de janvier vide de toute activité, fait suffisamment rare pour être relaté ! John et Ringo partent en vacances ensemble à la Barbade (puisqu’on vous dit qu’ils sont greffés les uns aux autres !), Paul et Brian sont les témoins de George pour son mariage. Rien de bien palpitant, mais ils ne vont pas se plaindre !

Février voit la rencontre entre Paul et Stevie Wonder, lors d’un show de ce dernier. Apparemment les deux stars auraient longuement discuté. Le début d’une amitié artistique qui aboutira à un duo quelques années plus tard... Les Beatles semblent avoir disparu du monde et leurs activités sont très réduites.

Fausse alerte, le 4 mars, la journaliste Maureen Cleave de l’Evening Standard publie une interview de Lennon où il dit (entre autre) : « Le christianisme, ça ne durera pas. Ça va disparaître, rétrécir. Je ne veux pas en parler ; j’ai raison et l’avenir le prouvera. Nous sommes plus populaires que Jésus maintenant, je ne sais pas ce qui disparaîtra en premier - le rock’n’roll ou la chrétienté. Jésus n’était pas mal, mais ses disciples étaient bêtes et ordinaires. Ils ont déformés ses paroles et ça gâche tout.  ». Bon, ça peut passer pour de la prétention, mais Cleave est très claire dessus dans sons article : John parle beaucoup de religion, ses propos sont tout à fait sensés et retranscrits dans leur intégralité, ils ne posent aucun problème... Jusqu’au 29 juillet, date à laquelle un petit malin de journaliste américain sort les propos de Lennon de leur contexte et affiche la phrase : « Je ne sais pas ce qui disparaîtra en premier - le rock’n’roll ou la chrétienté en couverture d’un magazine pour ados. Pour l’Amérique puritaine, c’est un choc. Une campagne de destruction massive de l’image des Beatles part d’Alabama. Des autodafés sont organisés un peu partout dans le pays, les disques sont achetés pour être brûlés aussitôt (n’en déplaise à ces gens qui donnent un peu plus de sous à ce démon de Lennon !). Epstein hésite un instant... Va-t-il annuler la tournée américaine prévue au mois d’août ? Non, ce qui va permettre à Lennon de s’expliquer quant à ses propos lors d’une conférence de presse à Chicago. S’expliquer, mais pas s’excuser. Si ces crétins d’extrémistes religieux n’ont pas l’intelligence de comprendre ses propos, qu’ils aillent se faire... (il l’a pas tout à fait dit comme ça, mais ça fait classe à écrire...).



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