Portraits
The Beatles, mythe ou réalité ?

The Beatles, mythe ou réalité ?

par Psychedd le 25 novembre 2008

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 Twist And Shout !

Disons que c’est la partie où on s’amuse bien, tant que le succès n’est pas trop pesant.
Les Beatles sont jeunes et ils s’adressent directement aux jeunes, les réactions sont spectaculaires et différentes selon les sexes : les garçons tapent frénétiquement dans leurs mains et secouent leur mèche, les filles s’accrochent à leurs culottes et virent hystériques. Et les parents trouvent qu’ils sont bien gentils ces p’tits gars (même que maman trouve que Paul est mignon)... S’ils savaient les pauvres. Oui, ça sent les hormones, même masquées par une bonne dose de niaiserie et de bons sentiments. Ça sent l’adolescence quoi !

Ce qui va marquer cette nouvelle étape dans la carrière des futures idoles des jeunes, c’est la créativité sans borne du duo magique Lennon - McCartney, qui écrit dès que l’occasion s’en présente c’est-à-dire, de moins en moins souvent et généralement dans des endroits assez insolites (les toilettes en tête de liste). Il paraît qu’ils écriront environ cinquante chansons rien que pour l’année 63.
D’ailleurs, dès le début de cette année, qui s’annonce prometteuse, le single Please Please Me / Ask Me Why atteint la deuxième place des charts en une semaine.
Pendant ce temps, Brian signe des contrats de management à un rythme aussi dingue que celui suivi par son groupe vedette, et les groupes qu’il va diriger vont bientôt entrer dans la catégorie du « Mersey Sound », un style qui n’aura même pas la chance de sortir vraiment de l’eau et qui s’y noiera aussi vite qu’il aura été crée. Il n’empêche que ces quelques groupes (Gerry and The Peacemakers, Billy J. Kramer and The Dakotas...) ont aussi la fonction de récupérer les morceaux laissés en rab de Paul et John, qui en font définitivement beaucoup trop, même pour eux... D’ailleurs, ils en font tellement que le public n’a pas le temps de se lasser, et comme tout se transforme en tube potentiel à l’approche de la coupe au bol d’un Beatle, c’est forcément la folie et de l’amour débordant qui résulte de ce trop plein d’inspiration.

Il est temps pour le groupe d’enregistrer son premier album. Ce qui deviendra Please Please Me a été enregistré en 585 minutes, soit une journée d’enregistrement, le 11 février. Efficacité, rentabilité. A peine sortis des studios, les Beatles entament leur première tournée anglaise (pour le Helen Shapiro Tour) auprès d’autres artistes, à qui ils volent implacablement la vedette. Les filles commencent à crier plus fort, nos quatre garnements s’en délectent et en profitent comme il faut... Dans le bus de cette tournée, John et Paul écrivent From Me To You. Le même mois, Brian Epstein et Dick James fondent officiellement Northern Song Limited, de quoi mettre encore plus de beurre dans les épinards...
La tournée avec Helen Shapiro s’achève le 3 mars, et peut-être parce qu’elle sent bien que les gosses ont un potentiel, la madame leur demande de lui écrire une chanson. Ça va être facile pour eux, vu qu’elle leur sort presque par les trous de nez...

Ils n’ont même pas le temps de retourner chez eux, ils sont quasiment télé-transportés à Londres pour des séances photo, afin d’assurer la promo de leur album à venir. Les Beatles sont gentils, ils sautent quand on leur dit de sauter, ils sourient aimablement à l’objectif, apparemment, être des stars, ils aiment ça, même si avec le recul ils obtiennent une image gentiment niaise (Woooh ! Comment c’est trop marrant de bondir dans les airs !). Mais où sont nos rockers d’antan ?

Et puis le repos, ce sera pour plus tard, les Beatles enchaînent dès le 9 mars leur deuxième tournée anglaise, toujours le succès et l’hystérie à la clé et eux... Ils sont contents. Encore plus forts, ils sont invités à la BBC qui ne voulait même pas diffuser My Bonnie, belle revanche et ils y enregistrent quelques morceaux en live. Comme ils ont un bagout pas possible et qu’ils sont toujours prompts à faire des blagues, ils sont les clients idéaux pour la vénérable station de radio qui les fait revenir un certain nombre de fois. Paul imite Mickey Mouse à la perfection, quand les musiciens se présentent, John sort une phrase du genre « I’m John and I too play guitar... Sometimes I play the fool ». Le tout avec un adorable accent du Nord à couper, non pas au couteau, mais à la tronçonneuse... Fierté toute prolétaire et refus de renier leurs origines sociales, les Beatles sont aimés aussi parce qu’ils ne mentent pas sur qui ils sont.

Le 22 mars, leur premier album sort enfin chez les disquaires et à peine sortis, les Beatles sont déjà repris par d’autres artistes... Le disque suit son petit bonhomme de chemin, et sans prévenir, il se retrouve à la première place dans les charts et passe un séjour de 70 semaines dans les tops anglais. La routine pour les Beatles, c’est enregistrement - concert - interview (radio ou télé). Au mois d’avril, John qui est vraiment trop fou, casse son petit train-train pour enfin aller dire bonjour à son fils Julian, né une semaine plus tôt. Il fait part de son choix du parrain pour leur bébé à Cynthia : ce sera Brian Epstein. Relation étrange entre ces deux hommes. John pouvait être absolument ignoble avec son propre manager, mais il était aussi capable de beaucoup d’affection. Après tout, Brian a cru en lui et a cru en eux... Lennon n’a jamais vraiment eu de figure paternelle à admirer et à aimer, Epstein est rassurant pour cela. Il porte un véritable attachement empreint de tendresse aux quatre garçons qui lui font en retour une entière confiance et voient en lui un repère solide dans tout ce bordel qui se forme à leur approche. Au final, les Beatles sont peut-être de plus en plus entourés de gens intéressés par leur succès, mais ils ne sont pas dupes. Ils forment une sorte de tribu où les intrus n’ont pas de place, comme une petite société à part, et principalement masculine de surcroît, entourés de leurs deux roadies chéris, de leur manager et du vieux producteur (encore un peu grincheux) d’Abbey Road...

Peu de temps avant l’épisode familial évoqué plus haut, le single From Me To You / Thank You Girl est sorti, le 11 avril. Et sans mentir, c’est un succès qui va faire plus fort que le single précédent en restant sept semaines à la tête des classements (contre trois pour le précédent).
Le 18, le groupe se produit au Royal Albert Hall pour un concert filmé par la BBC. C’est également ce jour là que Paul va rencontrer la jolie Jane Asher, qui va devenir sa petite amie officielle longue durée (et on dit bien officielle, parce que des petites amies officieuses, le crooner en herbe n’en aura pas qu’une...). Après tant d’efforts, John et Brian finissent par s’envoler vers l’Espagne histoire de se remettre un peu de toutes ces émotions...


Mais comme il n’y a pas que John et Paul dans le groupe, parlons un peu du « petit » Harrison qui s’acoquine avec des rockers en herbe de Londres, The Rolling Stones. Fort sympathique, George les recommande chaudement à Dick Rowe, patron de Decca, qui, ayant refusé les Beatles et s’en mord les doigts, fait signer les cinq musiciens à la vitesse de la lumière. Profitons-en pour tordre le coup à cette malheureuse histoire de rivalité Beatles / Stones qui n’a été inventée que par une presse avide de sensations. Les deux groupes étaient amis, les Beatles ayant même réussi à leur refiler I Wanna Be Your Man. Qu’est ce qu’ils sont meugnons alors !

John rentre de vacances et rejoint les copains pour la troisième tournée anglaise des Beatles et là, c’est le choc, ils vont partager l’affiche avec Roy Orbison, une autre de leurs idoles. Et cette fois, Lennon va même s’excuser auprès de lui pour leur succès quelque peu envahissant. Comme quoi, on peut être un rebelle mais avoir le respect de ses aînés ! Au mois de juin, le groupe rentre enfin se reposer à Liverpool, même si ça ne dure pas longtemps... Ils continuent d’enregistrer régulièrement des morceaux pour la BBC qui leur consacre des séries entières d’émissions (Pop Go The Beatles), repartent en tournée dans leur van pourri, écrivent She Loves You dans une chambre d’hôtel et l’enregistrent presque dans la foulée, en même temps qu’une poignée d’autres chansons destinées à être mises sur le nouvel album.

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French Beatles 1963

Brian Epstein, lui, commence à avoir plus d’ambition et monte un contrat pour une série de concerts en Australie, ainsi qu’en France pour 1964. Ce qui n’est pas encore appelé la Beatlemania s’étend à un tel point que le 22 août, il a été reçu près de 500.000 pré-commandes du prochain single britannique des Beatles, She Loves You / I’ll Get You, qui sort d’ailleurs dès le lendemain et qui se classe presque aussitôt à la première place des charts.

A partir de ce moment, les Beatles vont dominer la variété anglaise et caser des numéros un à presque chaque single jusqu’à la fin de leur carrière. Et là, plus la peine de parler de magie. Il faut parler de sorcellerie ! Le groupe développe de plus en plus un vrai sens du tube, de la mélodie. Celle qui reste scotchée dans la tête pendant des jours et même qu’on n’arrive pas à la virer.
Et les textes... Ces textes sentant bon la guimauve, jusqu’à l’indigestion. L’amour, LE thème universel. Les Beatles chantent pour chaque auditeur, euh... auditrice. A chacune, ils veulent lui tenir la main, lui dire comme elle est jolie et comme ils lui envoient tout leur amour...
Récapitulons...

Du charisme, du talent, du rythme, de la légèreté, du plaisir, du bonheur. Parce que, non, ce n’est pas triste un Beatle, sauf quand sa petite amie ne veut plus lui tenir la main. Et puis un merchandising à faire peur. Les Beatles se vendent sous toutes les formes, toutes les incarnations possibles et inimaginables (des cintres par exemple).
Les Beatles sont partout, il faut vivre dans un trou pour ne pas les connaître. Mick Jagger en parle comme « un monstre à quatre têtes » quand il se souvient de leurs premières années de succès.

Le 6 septembre, on annonce à la presse que les Beatles feront un show spécial Noël, sur l’idée d’Epstein. Toujours pour la télé, grâce à laquelle la réputation du groupe va se répandre plus vite qu’une impulsion électrique, ils passent dans l’émission culte Ready, Steady, Go !, le 4 octobre. Le même mois, la BBC diffuse un documentaire intitulé The Mersey Sound et en vendra un bout à une chaîne américaine, sans l’accord d’Epstein, furieux. Ce qu’il ne sait pas, c’est que cet extrait contient un « clip » de She Loves You et que ce coup de pub va attirer l’attention des Américains. Chaque single est en effet sorti aux USA, mais aucun n’a marché. Les Beatles en cette fin d’année sont encore un phénomène typiquement anglais. La preuve, quand ITV diffuse le concert du London Palladium en direct, environ 15 millions de téléspectateurs sont scotchés devant leur écran. Pour remédier à ce manque d’intérêt hors de leur propre pays, les Beatles vont en Suède courant octobre, histoire de secouer les cheveux devant un public qui ne les connaît pas encore. Dès leur retour, Epstein leur annonce qu’ils ne vont pas tarder à tourner un film... pour le moment, ils embrayent sur leur quatrième tournée anglaise. Le 4 novembre 1963, lors d’un concert donné en présence de la princesse Margaret et de la reine mère, John Lennon lance en intro de Twist And Shout : « Je voudrais vous demander de participer à notre dernier morceau. Les spectateurs des places bon marché peuvent applaudir. Les autres contentez-vous de secouer vos bijoux. » Et paf ! On ne tue pas si facilement un rocker avec un simple costume...

Certains journalistes voient d’un mauvais œil cette folie collective qui s’abat sur la jeunesse britannique. Ainsi le Daily Express, qui voit dans cette hystérie de masse, un simple moyen de remplir des crânes vides, tandis que le Daily Mirror lance l’expression qui va s’imposer à travers le monde et qui explique fort bien les choses : Beatlemania ! Une telle manie, qu’à Birmingham, les Beatles doivent s’échapper de leur propre concert déguisés en policier... Au même moment (si on ne prend pas le décalage horaire en compte), Brian est à New York pour négocier une apparition télé du groupe dans l’émission d’Ed Sullivan et cède les droits d’image des Beatles en exclusivité à CBS pour toutes leurs prestations américaines et ce, pendant un an.

A son retour en Angleterre, Brian doit faire un communiqué de presse pour dire aux fans de ne rien lancer sur scène pendant que le groupe joue. Toujours dans la presse, on apprend qu’un prêtre de l’Église anglicane demande aux Beatles d’écrire une chanson de Noël...
Le 22 novembre, With The Beatles, le second album du groupe sort et une semaine plus tard, il remplace le premier à la tête des charts. Quant à She Loves You la chanson a atteint le stade du million de copies vendues. Le 29, on balance le single suivant (en espérant qu’il fasse aussi bien que son prédécesseur), I Want To Hold Your Hand / This Boy, qui sortira aux États-Unis le 26 décembre..
Entre décembre et janvier, ils squattent une salle pour le Beatles’ Christmas Show, dont ils partagent l’affiche avec d’autres groupes gérés par Brian Epstein. Les places sont très vite vendues et déjà, le groupe commence à ne plus s’entendre sur scène.
Pour couronner cette fin d’année, McCartney et Lennon sont élus meilleurs compositeurs de l’année par un critique du Times.



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