Portraits
The Move, les grands oubliés des années 1960-1970

The Move, les grands oubliés des années 1960-1970

par Our Kid le 12 septembre 2005

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 Des débuts tonitruants

Le premier single de The Move chez Deram, Night Of Fear, lancé en décembre 1966, est devenu un tube instantané, atteignant la deuxième place des charts.
En fait, les premiers singles des cinq anglais sont largement influencés par le mouvement mod avec leurs accords pêchus et leur mise en scène théâtrale, même si la musique du combo deviendra par la suite de plus en plus pop et dynamique.

I Can Hear The Grass Grow accompagna quelques mois plus tard Night Of Fear et établit le groupe comme une machine à tubes sur laquelle il fallait désormais compter. C’est à ce moment-là que commencèrent le début des ennuis pour The Move : à chaque nouveau single, les radios, les media en général, disséquaient les paroles en quête d’éléments susceptibles de constituer une menace pour la morale en place. Ainsi, dans I Can Hear The Grass Grow, les références à la vision d’arcs-en-ciel et de cercles colorés laissèrent peu de doutes quant à l’herbe dont il était question et qui n’avait rien à voir avec celle que l’on trouvait sur les traditionnels gazons britanniques :

"My heads attracted to a
Magnetic wave of sound
With streams of coloured circles
Makin’ their way around.
I can hear the grass grow I can hear the grass grow
I see rainbows in the evening."

En tout cas, ceci apparut suffisamment ambigu pour éviter une censure de la sacro sainte BBC, ce qui n’empêcha pas, paradoxalement, l’institution d’enregistrer dans la frénésie ce morceau lors d’une session, compte tenu du succès du titre...

Artistiquement parlant, le succès de The Move s’explique par les chansons excentriques de Roy Wood, le compositeur de la bande, résultant d’une combinaison de mélodies pop contagieuses avec un sens aiguisé de l’absurde, et de paroles qui insistent fréquemment sur les thèmes de la folie ou de l’incongru. La particularité du groupe réside également dans le brassage de styles qu’il cultive, même s’il conserve une base pop. Ainsi, sa musique se révèle être un condensé de racines rock’n’roll, comme le révèle les fréquentes reprises du Weekend d’Eddie Cochran ; de pop à la Beach Boys, avec ses superbes harmonies vocales (cf. California Girls sur The BBC Sessions) et de psychédélisme assorti de freakbeat typiquement britannique. Ainsi, des morceaux de Love, The Byrds, Moby Grape ou de Jackie Wilson concluaient fréquemment les sets en concert.

Le groupe livre des mélodies tordues avec un pouvoir et un dynamisme véritablement imposant. Ce muscle musical est étiré au maximum sur leur second single, I Can Hear The Grass Grow. Le morceau tonne de bout en bout, galvanisé par la basse hurlante de Ace Kefford et l’habile guitare de Wood, pendant que sur le devant de la scène, on démontre ses prouesses vocales ; chaque membre jouant sa propre partition tout en contribuant aux harmonies. Réalisée en mars 1967, la chanson a atteint le top 5 britannique, ce qui est à peine volé.

En avril, le groupe participe au 14 Hour Technicolor Dream, festival haut en couleurs et premiers faits d’armes de la scène underground britannique, aux côtés de Pink Floyd, Soft Machine, The Pretty Things, The Creation ou encore The Crazy World Of Arthur Brown.

Bien que ce fut un autre gros succès, atteignant la deuxième place des charts en octobre 1967, le troisième single du groupe, Flowers In The Rain, trouva le groupe attaqué en justice par le Premier ministre de l’époque, Harold Wilson, à propos d’une carte postale diffamatoire qui avait été conçue pour promouvoir le single (on le voyait en train de se déshabiller aux côtés de sa secrétaire !). Tous les bénéfices du morceau durent être reversés à des œuvres de charité. C’est d’ailleurs ce morceau qui reçut le privilège d’être le tout premier disque diffusé sur Radio 1, la nouvelle station de musique populaire de la BBC, le 30 septembre 1967. Autre preuve de leur succès, le groupe fut dans la foulée invité au premier show musical de John Peel intitulé Top Gear et diffusé sur cette nouvelle station. L’épisode Harold Wilson signa la fin du management de Secunda qui laissa sa place à Don Arden, réputé avoir lancé les Small Faces de façon musclée.

Avec la réputation outrageuse du groupe sur scène déjà fortement établie, le single suivant Cherry Blossom Clinic ( traitant d’un interné dans un asile) fut retiré de la circulation avant même sa parution pour éviter encore plus de publicité défavorable.

Le 45 tours qui lui fit suite, Fire Brigade, avec Walk Upon The Water en face B prolongea la série de succès en atteignant la troisième place des charts en dépit du fait qu’il a été composé en une nuit et enregistré le jour suivant. Paru en janvier 1968, cette magnificence pop offrit au groupe son quatrième top 5 des charts en quatre singles publiés. Débutant sur un effet sonore approprié de sirène de pompiers (cf. I Am The Walrus) et un jeu de guitare discordant, le morceau utilise un son vibrant inspiré de Duane Eddy au côté d’une basse proéminente caractéristique des cinq de Birmingham. Roy Wood chante seul de son style nasilllard exagéré, passant le relais à Carl Wayne pour le merveilleux refrain soupiré. Le morceau est quelque peu autobiographique et renvoie aux prestations scéniques du groupe :

"You get fascinated by her
She could set the place on fire
Run and get the fire brigade
Get the fire brigade
See the buildings start to really burn
Get the fire brigade
Get the fire brigade
If you jump you’ve got to wait your turn"

Le groupe consacra le début de l’année 1968 à l’enregistrement de son premier album, The Move, dont la pochette a été réalisée par The Fool. Celui-ci, un solide coup d’essai aux relents mod-pop-psychédélique, met en valeur plusieurs compositions de Roy Wood : les hits mentionnés, la version originale de Cherry Blossom Clinic, les moins connues mais d’égale valeur que sont Yellow Rainbow and Walk Upon The Water ainsi que trois reprises de routine dont Weekend. De haute facture, l’album se glisse dans les hautes places des charts à sa sortie, confirmant le talent entrevu à l’écoute des singles.



[1SOURCES :

  • The Electric Light Orchestra par Bev Bevan, Mushroom Publishing, Londres, 1980.
  • Unknown Legends Of Rock’N’Roll par Richie Unterberger, Miller Freeman, San Francisco, 1998.
  • The Tapestry Of Delights : British Beat, R&B, Psychedelic and Progressive Rock 1963-1976, par Vernon Joynson, Borderline, Londres.

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