Portraits
The Specials, la conscience de la communauté

The Specials, la conscience de la communauté

par Milner le 8 mai 2005

Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article Envoyer l'article par mail

La note positive que l’on pouvait malgré tout décerner au groupe affairé dans ses déboires musicaux fut l’inclusion de l’ancien roadie du groupe Neville Staples au line up. Après l’avoir entendu toaster sur des chansons dans son coin, le groupe lui proposa de les rejoindre à temps plein comme chanteur et percussionniste. Après l’expérience contrastée de la tournée, Bernie Rhodes - devenu leur manager -les força à répéter pendant six mois dans sa demeure de Chalk Farm Road de Londres. « Je me sens encore mal à l’aise de parler de cette époque-là, se rappelle le guitariste Lynval Golding. Nous étions au plus bas moralement, condamnés à dormir tous les sept dans la même pièce et la promiscuité ne nous aidait pas... ». Leur mentor décida ensuite qu’ils avaient besoin de s’aguerrir et les envoya se produire en France. A leur retour à Coventry, le groupe s’isola dans l’arrière-salle d’un pub pour entamer de réelles répétitions et pour la première fois mixa des éléments ska dans leur tambouille. Désintéressé par les nouvelles directions musicales du groupe et toujours sans le sou, le batteur Silverton Hutchinson se fit la malle et laissa le groupe sans base pulsative. Rhodes leur suggéra alors de réfléchir à une imagerie qui correspondrait à leur nouvelle attitude musicale. Dammers, influencé par le look en civil de Paul Simonon, le bassiste de The Clash, choisit un astucieux compromis entre le style vestimentaire des Rude Boys des Antilles et celui des Mods, établissant ainsi ce qui allait devenir le look ska ad vitam eternaem.

 2-Tone : le label ska

Depuis longtemps, Dammers avait un rêve : créer de toutes pièces son propre label, semblable dans sa démarche à celle de Motown Records qui consistait à créer une synergie, où le groupe pourrait enfin publier ses disques. Assisté du bassiste Horace Gentleman, les deux parvinrent à mettre en forme le logo du label, qui s’apparentait à une ancienne image de pochette du Wailer Peter Tosh remodelée et finalement appelée Walt Jabsco. Auparavant constitué essentiellement de reprises, le répertoire musical propre au groupe avait toujours été le point noir de The Special AKA. De plus, ils étaient toujours sans batteur ! Connaissant pertinemment les données du problème, Rhodes ira jusqu’à les menacer de ne pas démarcher les maisons de disques tant qu’aucune composition digne de ce nom ne fera surface. Le groupe se mit alors au travail et écrivit sa toute première chanson baptisée Gangsters. Toujours sans aucun support financier provenant d’éventuelles maisons de disque, tout auréolé de leur unique composition et délaissé par Rhodes - sûrement lassé de s’être coltiné le groupe durant une si longue période - The Special AKA décidèrent d’avancer leurs fonds personnels pour enregistrer le titre eux-mêmes. Toujours à la recherche d’un batteur, Dammers proposa à son colocataire John Bradbury de participer à la session d’enregistrement qui se déroula tellement bien pour lui qu’on le conserva comme membre permanent. Le groupe se stabilisa définitivement fin 1978 autour de Terry Hall (chanteur), Neville Staples (chants et percussion), Lynval Golding (guitare et chants), Roddy Radiation (guitariste), Jerry Dammers (claviers), Sir Horace Gentleman (bassiste) et John Bradbury ( batteur).

Basé sur le titre Al Capone datant de 1964 écrit par Prince Buster, légende du ska jamaïcain, le groupe n’eu aucun mal à faire de Gangsters la clé de voûte de son maigre mais frugal répertoire d’alors. Dammers a littéralement plagié Buster puisqu’on y retrouve la phrase d’ouverture quasiment identique « Bernie Rhodes Knows Don’t Argue » déclamé comme un coup de poignard envers son précédent manager. Il ne créditera pas le prince antillais oubliant même (volontairement ?) ce détail puisque, tel le Shérif de Coventry, il changera le contenu des paroles en une tirade anti-music business le tout recouvert par les vocalises de circonstance de Terry Hall. Toujours à cours d’argent et ne pouvant se permettre d’enregistrer une face B, ils insérèrent une démo enregistrée par des membres de The Selecter intitulée simplement The Selecter. Par la suite, ils donnèrent un nom à leur nouveau label : « 2-Tone ». Sorti en mars 1979 et distribué dans un premier temps par Rough Trade à 5.000 exemplaires, le single reçu de très favorables critiques et commençait à se répandre sur les ondes. Dammers dépêcha le manager de The Damned, Rick Rogers, pour leur trouver des dates sur Londres, ce qui fut aussitôt fait. Devenus en quelques mois la nouvelle sensation scénique de la capitale, le bouche à oreille de leurs concerts incendiaires arriva jusqu’aux bureaux des maisons de disques qui se pressèrent pour apercevoir le groupe au Moonlight Club début mai 79. Un parterre de pontes des plus hautes compagnies du pays se tenaient devant eux ce soir-là et la légende voudrait que Mick Jagger en personne se soit déplacé pour les voir, soucieux de signer le groupe sur le nouveau label des silex, Rolling Stones Records !



[1Références bibliographiques :

  • Magazines : Q Magazine, Mojo, Rock & Folk
  • Ouvrage : You’re Wondering Now - A History Of The Specials de Paul Williams, ISBN 1 898927 25 1

Répondre à cet article

modération a priori

Attention, votre message n'apparaîtra qu'après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom