Portraits
The Specials, la conscience de la communauté

The Specials, la conscience de la communauté

par Milner le 8 mai 2005

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 Reconnaissance internationale

Au sortir de la tournée, The Specials boucla l’année 1979 en fanfare ; le dernier concert de la décennie pour le groupe eu lieu sous l’égide de l’UNICEF au Concert For Kampuchea puisque le groupe partagea l’affiche avec des formations prestigieuses telles The Who, Queen, The Clash, Paul McCartney et Elvis Costello pour ne citer qu’eux. En janvier 1980, tandis que la BBC tourne un documentaire sur le label 2-Tone et offre à ses nombreux téléspectateurs une prestation en concert du groupe lors du festival Rock Goes To College, un troisième single, Too Much Too Young atterrit dans les bacs. Bien que cette même BBC molesta les diffusions radios par la faute d’un vers litigieux dans la chanson (Keep a generation gap / Try wearing a cap), ce titre s’imposa comme leur premier numéro 1 et devint un nouveau slogan anti-Thatcher. De nouveaux concerts eurent lieu en Europe en guise de répétition avant de débouler aux États-Unis pour y imposer le ska à la face du monde. Après avoir trouvé le succès en Grande-Bretagne et sur le Vieux Continent, une tournée de trois semaines en ouverture de The Police fut convenu. Multipliant les performances de premier ordre, le septuor suscita la frénésie des foules américaines et il fut parfois très difficile de distinguer la première partie de l’attraction principale. Les premières véritables tensions apparurent sur cette tournée du au fait que Dammers avait insisté pour que le groupe ne séjourne pas dans des hôtels première classe ou voyage en limousine. Selon lui, le manager de la tournée aurait du vérifier que les installations sur place ne soient pas trop « luxueuses ». Lors d’un concert au célèbre Whiskey A Go-Go en février 1980, le lad édenté piqua une grosse colère lorsqu’il découvrit la décoration noir et blanc à damiers de l’extérieur du club ; il était dégoûté de la hype que véhiculait la maison de disques. A un journaliste du LA Times, il confia qu’il ne prenait pas grand plaisir en Amérique et qu’il se serait sûrement plus amusé s’il était parti en voyage scolaire en Russie...

En mai 1980, Rat Race fut publié en tant que quatrième single de The Specials et atteignit la 5ème place des charts britanniques. Continuant à surfer sur la vague du succès, cette chanson - écrite par Radiation - était en fait un démontage en règle du système scolaire du royaume mais n’eu bizarrement aucune difficulté à recruter des pseudo-élèves pour figurer dans le vidéo-clip. Le mois suivant, on proposa au groupe de participer à l’émission américaine Saturday Night Live. Les sept acceptèrent et, juste après une tournée anglaise de 12 dates appelée Seaside Specials, s’envolèrent de nouveau vers le Nouveau Monde et présentèrent une performance live de Gangsters si dantesque qu’elle reste encore aujourd’hui la meilleure prestation scénique de l’histoire de l’émission. Si dans leur entourage, on s’accorde à dire que le mois de juin a une saveur très spéciale pour les raisons que l’on sait, les tensions ressurgissent après que Dammers et Radiation en soient ouvertement venus aux mains durant la tournée américaine ; quelque temps après, c’est au tour de Golding d’être la victime d’attaques racistes à la fin d’un concert des Modettes à Londres nécessitant finalement un séjour d’observation à l’hôpital. Toutes ces violences poussèrent le groupe à abréger les concerts et à s’éloigner des yeux du public pendant quelques mois pour y enregistrer un nouvel album.

A cette époque-là, l’explosion du British ska avait atteint son apogée et The Specials était à la recherche d’un second souffle pour son deuxième album. Terrés au Studios Horizon dans leur fief de Coventry, l’enregistrement de l’album avait été des plus difficiles où tensions et engueulades entre Dammers et les autres membres du groupe au sujet de la nouvelle direction que prenait le septuor était son pain quotidien. Ce dernier rappela soigneusement son rôle de leader en écrivant le single suivant Stereotype publié en septembre 1980. Ce titre eu l’effet d’une révélation. Alors que l’auditeur de base pensait avoir une bonne prise sur le programme musical du label 2-Tone, The Specials déconcerte son auditorium et s’en donne à cœur joie avec des claviers lounge, boîte à rythmes miteuse, guitares flamenco, trompette mariachi, rythme hispanisant pour créer un morceau totalement unique en deux parties, le dernier mouvement consistant en un monologue de toaster de Neville Staples et des voix décalées sous influence dub. Du point de vue des paroles, Stereotype était une distillation en profondeur des préjugés contre ceux qui englobaient une proportion raisonnable de leur auditoire, les ados qui glandent la journée, se rendent au pub et prennent ensuite leur voiture pour s’adonner à des rodéos nocturnes - thème déjà présent dans Nite Klub- avec la ligne « He’s just a stereotype / He drinks his age in pints ». Le 45 tours séduit les critiques tandis que le public fit grimper le titre jusqu’à la 6ème place des charts ; visiblement, le tour de force du combo fut bien accueilli.



[1Références bibliographiques :

  • Magazines : Q Magazine, Mojo, Rock & Folk
  • Ouvrage : You’re Wondering Now - A History Of The Specials de Paul Williams, ISBN 1 898927 25 1

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