Portraits
Tomorrow ne meurt jamais

Tomorrow ne meurt jamais

par Our Kid le 31 janvier 2006

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Inexplicablement, le simple rencontra un succès relativement confidentiel en Angleterre, n’entrant même pas dans le classement des meilleurs ventes. Cependant, le disque fut plébiscité à l’étranger et notamment dans le reste de l’Europe. Il faut sûrement voir dans ce succès continental le contenu des paroles qui mentionne des évènements se déroulant à Amsterdam. Cet échec, aussi cuisant qu’imprévisible, eut pour conséquences le retrait du soutien total d’EMI dont disposait le groupe. Bien qu’affectés par cette débâcle, les membres du groupe se concentrèrent sur la scène pour devenir l’un des groupes à voir à Londres.

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Keith West sur scène avec Tomorrow lors du Festival Of The Flower Children en 1967

Des journalistes et des musiciens n’hésitaient pas à parler de Tomorrow comme le « groupe ayant le plus de succès parmi toute le scène de l’UFO ». Il faut dire que le spectacle que proposait le groupe était plus qu’original et se posa comme le travail précurseur pour de nombreux autres artistes par la suite. En fait, c’est toute la scène underground qui tente de rivaliser d’originalité dans ses prestations. Il n’était pas rare de voir Syd Barrett de Pink Floyd se faire frire des œufs sur les planches du Middle Earth et Arthur Brown mettait le feu quotidiennement au-dessus de sa tête. Steve Howe nous relate ce à quoi pouvait correspondre un concert de Tomorrow : « Il y avait des happenings augmentés à l’occasion par une certaine Susie Creamcheese (nda : qui deviendra une célèbre groupie par la suite) qui traînait à l’UFO du temps où on y jouait. J’imagine que c’était une danseuse et donc, quand elle montait sur scène, Junior commençait à danser autour d’elle et ils avaient l’habitude de prétendre qu’ils faisaient l’amour et ce genre de choses. Keith devenait complètement fou, d’une manière très rock’n’roll. Moi, je continuais de jouer et parfois Twink me suivait pendant un moment mais devait s’arrêter également ».

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Une des poses arty dont le groupe raffolait

On a dit des prestations scéniques de Tomorrow qu’elles étaient parmi les plus notables de la scène britannique et que la formation aurait pu facilement connaître une destinée à la Pink Floyd. Le groupe était un précurseur du port de masques rituels ou de maquillage et agrémentait son spectacle d’un numéro de mime. On dispose à ce sujet de nombreux témoignages dont celui du journaliste du Melody Maker, Steve Lake, qui écrivit en 1975 : « Tomorrow était le premier des groupes à baser son spectacle sur le mime, à le conjuguer dans de nombreuses gesticulations théâtrales et ce, bien avant David Bowie. Toutes les lumières de la salle et de la scène s’éteignaient, un seul spot éclairait le visage du bassiste Junior, qui marchait à grand pas vers la scène, son instrument porté haut comme une lance, le visage grotesquement peint. Le public féminin de province poussait habituellement des cris perçants à ce moment-là. Rapidement après cela, le reste du groupe débarquait dans de chics pantalons violet achetés à Portobello Road, attractifs car flamboyants avec des étoiles fixées dessus. Une entrée soigneusement calculée. Le chanteur Keith West, qui était rarement sur scène plus de la moitié de la prestation, portait invariablement des gants en cuir noir de motards qui laissaient libres ses doigts et Steve Howe était un pionnier dans le port de chaussures-sandales à talons de bois agrémentées de boucles d’argent. Tomorrow ouvraient généralement avec Why des Byrds suivi par My White Bicycle ».

Évidemment, cette présence suscitait l’enthousiasme des spectateurs mais également celui des autres musiciens. C’est ainsi que durant ses premières apparitions en Angleterre avec son nouveau groupe, Jimi Hendrix se trouvait un soir à jouer en première partie de Tomorrow au Saville Theater qui appartenait à Brian Epstein, le manager des Beatles. Le guitariste gaucher monta sur scène, prit la basse et jamma brièvement avec le groupe. Steve Howe se souvient particulièrement de ce moment : « Personne ne savait qu’il allait monter sur scène et c’est seulement parce que Junior posa sa basse noyée de larsens et commença à délirer et danser que Jimi monta sur scène et commença à en jouer. Dans les dix minutes qui suivirent, je continuais à jouer.

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Jimi Hendrix jammant sur scène avec Tomorrow. Au premier plan, de dos : West

J’improvisais et nous ronronnions... il jouait juste de la basse et puis, je ne sais plus ce qu’il s’est passé jusqu’à temps qu’il s’arrête et qu’il quitte la scène. Tout le monde applaudissait. Je n’en reviens pas que Keith se soit agenouillé et que quelqu’un prenne une photo de Jimi Hendrix jouant de la basse avec nous ».
Une autre rencontre se produisit avec Frank Zappa alors que ce dernier et ses Mothers Of Invention se produisaient à Londres. Twink avait arrangé cette rencontre avec l’Américain et les autres membres du groupe attendait à l’appartement du batteur pendant que ce dernier rencontrait Zappa et le menait à son logement. Le groupe adorait les Mothers et était excité de pouvoir rencontrer une de leurs idoles. Le guitariste entra et s’ensuivit une discussion d’une vingtaine de minutes. À un moment Zappa s’adressa à Howe : « Je ne pourrais jamais oublier le choc que cela m’a fait d’entendre Frank me dire : « J’ai vraiment adoré le solo de guitare sur Claramount Lake (nda : la face B du single My White Bicycle) ». Je lui ai répondu : « Hein ? Quoi ? Ce solo sur Claramount Lake ? » et lui : « Oui, il est formidable ». Je n’en revenais pas qu’il connaisse tout de Tomorrow. C’est là qu’on voit qu’il était curieux de tout ce qui se passait ».
Bien qu’adulés sur scène, les membres du combo ne parvenaient pas à traduire ce succès dans les charts. Cependant, en guise de consolation, quelques mois avant l’arrêt des stations radio pirates, l’émission très appréciée du DJ John Peel, The Perfumed Garden, qui se tenait sur un vieux bateau au large des côtes britanniques, diffusa largement My White Bicycle.

 La tentation solo et le retour en studio

En dépit de la présence des quatre lors du second rassemblement important de l’année à l’Alexandra Palace, cette fois pour le festival « Love-In », EMI annonça au groupe, au début de l’été 1967, qu’un album serait repoussé du fait du succès de Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, également sur le même label Parlophone. À cette époque, EMI ne laissait personne enregistrer d’album avant d’avoir obtenu un tube mais autorisa toutefois Tomorrow à le faire, cependant pas avant la fin de l’année. Le producteur Mark Wirtz, sentant que le temps était compté pour ses protégés et que la maison de disque ne voulait pas entendre parler de Tomorrow, décida d’utiliser les services de Keith West pour les biens du projet qu’il menait depuis 1964. Il rêvait de réaliser un album qui mêlerait opéra et musique populaire. Ce projet avait même un titre : Teenage Opera. Il souhaitait enregistrer des morceaux pop instrumentaux, y insérer des cycles et éventuellement s’accompagner de paroliers. S’inspirant des productions de Phil Spector et même de Joe Meek, son projet pouvait enfin se concrétiser puisque Tomorrow et son compositeur Keith West étaient libres.
C’est ainsi que Wirtz emmena West en studio pour y enregistrer Excerpt From A Teenage Opera, sans convier les autres membres. Le morceau est une histoire tarabiscottée à propos de la mort d’un épicier nommé Jack. Produit comme il se doit, le morceau comporte un refrain chanté par des enfants et orné par des arrangements de pop psychédélique - plus pop que psychédélique pour être honnête - qui font de ce morceau un moment de grandeur qui aurait influencé Pete Townshend dans l’écriture de son opéra-rock Tommy. Excerpt From A Teenage Opera sortit en single fin juillet 1967, en plein été de l’amour, sous le nom de Keith West et était vraiment représentatif des vibrations qui excitaient l’Angleterre. Ce single lança en fait la carrière solo de West qui menait alors de front les deux projets. La presse britannique encensa carrément le disque et alla même jusqu’à dire que ce n’était qu’une partie du projet d’opéra à venir sous forme de double-album, bien qu’à l’époque, il n’y avait rien de plus d’enregistré. Avec le soutien de la presse, Excerpt From A Teenage Opera devint un tube immédiat, atteignant la deuxième place des charts britanniques le mois suivant et devenant numéro un dans 17 autres pays européens, offrant au producteur un Ivor Novello Award.



[1SOURCES :

-* Unknown Legends Of Rock’N’Roll par Richie Unterberger, Miller Freeman, San Francisco, 1998.
-* The Tapestry Of Delights : British Beat, R&B, Psychedelic and Progressive Rock 1963-1976, par Vernon Joynson, Borderline, Londres.

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