Portraits
Tomorrow ne meurt jamais

Tomorrow ne meurt jamais

par Our Kid le 31 janvier 2006

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 La fin de l’aventure Tomorrow

À la fin de ces séances, EMI attendit avant de faire paraître l’album, préférant, avec la fin d’année approchant, mettre en vente un second single de Keith West, toujours partie du projet de Mark Wirtz Teenage Opera. Le disque était encore plus « rococo » que le précédent et, bien que l’on retrouve Howe à la guitare, il s’avéra que Sam était peut-être desservi par une production orchestralo-psychédélique trop ambitieuse qui ne convainquit pas grand monde même si le disque entra dans le top 40. Invité au festival Christmas On Earth Continued du 22 décembre à l’Olympia de Londres, censé terminer l’année 1967 en beauté, Tomorrow livra une excellente prestation et qui constitue à coup sûr, le chant du cygne du groupe. Une compilation posthume, 50 Minute Technicolour Dream, est le plus formidable témoignage de cet évènement.

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L’affiche du festival Christmas On Earth Continued

Ce disque regroupe en partie la prestation du groupe de ce soir-là et on y découvre le rôle important de Junior, les longues improvisations de Steve Howe sur des morceaux comme Why et on retrouve même le groupe reprenant Strawberry Fields Forever. Au début de l’année 1968, John Peel invita le quatuor pour une de ses Night Ride Sessions qui fut diffusée bien que les bandes furent perdues par la suite, ce qui signifie, en langage BBC, effacées. Pour maintenir la pression sur Keith West, EMI mis en vente un single Weatherman qui échoua encore une fois dans sa tentative de répéter le succès de Excerpt From A Teenage Opera et la maison de disque refusa de donner son feu vert pour la réalisation du projet de Wirtz qui disparut définitivement, même si en 1996, une compilation tenta de restituer l’intégralité du projet.

C’est à ce moment, en février, que l’album sortit sous l’appellation Tomorrow featuring Keith West. Mais à la suite de la parution de l’effort, deux clans bien distincts s’étaient créés au sein de Tomorrow : Keith et Steve d’un côté et Junior et Twink de l’autre, précipitant la fin, inévitable, du groupe. Twink, notamment, se plaignait de ne plus rien contrôler : « On n’avait même pas le contrôle sur la pochette noir et blanc, ou encore le mixage qui aurait pu être bien mieux sur certains morceaux ».

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L’unique album : Tomorrow Featuring Keith West

Les notes de pochettes étaient signées Roger Fennings, un inconnu pour West : « Je n’ai aucune idée de qui est cette personne ! Je ne l’ai seulement vue une fois, ça devait être un ami de Mark Wirtz. Nous n’avions aucun contrôle sur la pochette, l’ordre des morceaux ou les illustrations. Je déteste l’illustration qu’ils ont mis au dos de l’album. Aucun de nous n’avait vu la pochette avant qu’elle ne sorte ». Le chanteur, visiblement déçu des pratiques de EMI, s’étonne de la date de sortie de l’album prêt depuis quatre mois : « Aujourd’hui, je ne comprends pas pourquoi on a fait un album pendant que j’avais un hit avec Excerpt From A Teenage Opera et que je n’ai jamais enregistré d’album solo. [...] Je pense que EMI espérait que l’album de Tomorrow allait se vendre auprès des fans très rapidement, mais ça n’a pas vraiment marché comme cela. Ils l’ont sorti trop tard. Ça a pris longtemps pour le finaliser et je ne sais pas pourquoi d’ailleurs. Quand il est finalement sorti, on était au début 1968 et tout le truc psychédélique était quasiment terminé. Les gens oublient le peu de temps que cela a existé ». L’album, pas aidé par sa pochette sans couleurs - une infamie en plein flower power - s’avéra être le dernier testament livré par la formation, même si on retrouve cette dernière dans le film Smashing Time où ils jouent sous le nom de The Snarks.

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Tomorrow à la télévision jouant The Incredible Journey Of Timothy Chase

Il s’en suivit d’après Twink une réunion dans laquelle West disait : « Dorénavant, vous allez être un trio et je serai Keith West, mais je continuerai à vous écrire toutes les chansons et à vous produire et probablement à chanter sur les disques mais je ne ferai en fait pas partie du groupe ». Ce à quoi Twink lui répondit d’aller se faire foutre. Le divorce était définitif et deux formations résultèrent de cette séparation douloureuse : Keith West d’un côté et The Aquarian Age de l’autre. Cette dernière était le projet de Junior et de Twink, bien que Howe leur prêta un coup de main. Le trio sortit un single 10,000 Words In A Cardboard Box, dans le même style que Tomorrow, soit une touche de freakbeat, de psychédélisme et une pincée d’orchestration classique. Le succès ne fut évidemment pas au rendez-vous puisque la presse et le management du défunt groupe avait déjà choisi le camp West. Bien qu’ayant également une petite poignée de morceaux à l’état de démos, dont une mélangeant musique et pièce de théâtre en présentant la rencontre d’un bon et d’un méchant magicien, la fin de The Aquarian Age fut précipitée par un événement concernant l’inénarrable Twink : « Un jour, Junior et moi sommes allés à l’agence de Bryan Morrison, l’ancien agent de Tomorrow qui s’occupait également des Pretty Things. À l’époque, le batteur de ces derniers, Skip Alan, avait quitté la formation. Alors, Dick Taylor (nda : guitariste et leader de The Pretty Things) dit : « Twink, Skip s’est barré et nous devons nous rendre en Italie pour le week-end, tu pourrais nous aider ? ». J’ai dit d’accord mais seulement pour le mois suivant car je travaillais sur ce projet, Aquarian Age avec Junior. En fait, je suis resté avec eux plus longtemps que prévu et Junior, évidemment, n’allait pas s’assoir et se tourner les pouces pendant que Twink décidait de faire partie des Pretty Things, ce qui était plus simple pour moi vu que j’étais carrément bien payé. Junior s’est donc tiré dans son propre truc et est devenu croupier dans un casino en Grèce ».



[1SOURCES :

-* Unknown Legends Of Rock’N’Roll par Richie Unterberger, Miller Freeman, San Francisco, 1998.
-* The Tapestry Of Delights : British Beat, R&B, Psychedelic and Progressive Rock 1963-1976, par Vernon Joynson, Borderline, Londres.

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