Portraits
Tool : si le nucléaire pouvait chanter...

Tool : si le nucléaire pouvait chanter...

par Lazley le 28 avril 2009

Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article Envoyer l'article par mail

 Esprit, es-tu las (du metal) ?

Le 1er octobre 1996, sort Aenima, bestiole propulsant Tool vers des stratosphères où il continue de flotter depuis. Considéré par beaucoup comme l’inaltérable masterpiece du groupe, il transcende les promesses d’Undertow, en ce sens que les quatre fous pondent ni plus ni moins une nouvelle planète musicale, peuplée de sonorités foisonnantes et de prières à l’impossible. Comme soudainement révélées, les prérogatives tooliennes explosent sur tout l’album. Des singles combinant riffs sortis d’un nulle part colonisé par Jones, vocalises litaniques et épanchements thoraciques de Keenan, polyrythmies cyclonesques de Carey (la chanson Aenema, Stinkfist ou Forty Six & 2, ou quand Tool impose sa définition de la chanson aux radios mondiales : 5 minutes de voyage à l’épicentre du corps, rêves décibellisés et transe des fluides de la pensée)... Des intercalaires azimutés (Intermission, mini-orgue de carnaval, Cesaro Summability et ses pleurs de bébé, Die Eier Von Satan, recette de cuisine déclamée en allemand sur des bruits de bottes battant le pavé, Ions et ses fils électriques dénudés, ...)... De grandes pièces dont on sort perdu (Pushit, vrille immolée, ou Third Eye, ode à l’expectation insensée)... Des thèmes entremêlant hommage aux dingues en tous genres (Third Eye, dédié comme le dos de la pochette de l’album à Bill Hicks, célèbre agitateur ricain prônant l’usage artistique du LSD mort début 1996, que l’on entend lancer « si vous ne croyez pas que les drogues ont fait de bonnes choses pour nous, rentrez chez vous, prenez vos cds, vos peintures, vos livres et vos films, et brûlez-les... Parce que vous savez que tous les artistes qui ont fait ça étaient vraiment putain de perchés ! »)...

JPEG - 21.6 ko
DR

Une expérience jusque dans l’artwork de l’album : pochette holographique, où apparaissent sporadiquement des contours fantômatiques (« anima » signifie « esprit » en latin ...), omniprésence de l’œil, fausse discographie de 15 albums aux noms biscornus inventée par le groupe ... Dès sa sortie, ce machin inégalé suscite des centaines de rumeurs philo-politico-spirituo-barjots, soutenues par l’univers pictural inédit, abscons et étrange des clips de Jones, mettant en scène des créatures humanoïdes vacillantes, se mouvant dans des ruines mécaniques, accomplissant des rituels décalés... Les membres du groupe n’apparaissant jamais dans leurs vidéos.

Il est probable qu’Aenima soit autant un bras d’honneur alambiqué adressé au cirque médiatique en général (Hooker With A Penis, foutage de gueule ultra-violent des fans surexcités) qu’une recherche fouillée sur de nouvelles voies musicales. Quoi qu’il en soit, Tool devient avec Aenima le cauchemar des analystes. Il n’est pas difficile de s’imaginer le reporter, s’explosant la tête sur son bureau « RAAAAAAHH, MAIS QU’EST CE QUE C’EST QUE CETTE MUSIQUE ??? ». Alors ? Metal philosophique ? Prog ultra-moderne ? Free-metal ? Plat de champis au mercure ? Tout le monde s’embourbe, et Tool, fort du succés d’Aenima, repart dans une tournée triomphale, complétant son jeu de scène « transcendantal » (Keenan s’incarnant dès lors en « danseur-visage », peinturluré de signes étranges, presque nu, se contorsionnant, dans des soubresauts irréguliers) de visuels réalisés par Jones, ajoutés aux clips. Le nouveau bassiste, Justin Chancellor, fait plus que se fondre dans le colossal objet : à grands coups de graves, son jeu marécageux et ultra-technique simpose comme complément indispensable aux stridences malades/riffs six-pieds-sous-terre de Jones.

Parenthèse instrumentale : de même que ses influences progressives, Tool organise son jeu autour d’un axe guitare-batterie (là où 90% des groupes de la planète usent du bassiste et batteur comme points de repères rythmiques), qui donne lieu à deux schémas dominants ; une symbiose fûts tentaculaires/six-cordes démente, et une désolidarisation totale du rythme de Jones et de celui de Carey... Ça vous donne une idée du choc que peut ressentir notre battement de pied binaire ou notre tapotement de mains (on ne PEUT PAS pogoter sur Tool !), réflexe qui nous est tous familier.

JPEG - 8.9 ko
DR

Aenima est le premier album du groupe à proposer cette architecture complexe, impulsive et extrême, celle-là même que subit le Lollapalooza 1997, où culmine l’intensité du nouveau Tool, désormais tête d’affiche dirigée par un Keenan dont la gestuelle captive et déroute toujours plus. S’ensuit une nouvelle période d’atonie créatrice, dont profite Keenan pour aller batifoler dans les charts à la tête d’A Perfect Circle, super-groupe métalloïde un rien aseptisé réunissant entre autres Billy Howderel (ingé guitare chez Tool) et le futur Queens Of The Stone Age, Troy Van Leuuwen. Keenan expliquera, après la sortie de Mers De Noms (premier opus d’APC) en 2000, que ce groupe symbolise la « partie féminine, hémisphère gauche » de sa recherche musicale, en complément de Tool « partie masculine, hémisphère droit ». Ce genre de déclarations témoigne des prétentions maynardiennes, qui aime à se complaire dans des témoignages cryptiques agaçants ou géniaux (au choix).

Pour calmer les fans, Tool sort en décembre 2000 le DVD Salival, regroupant une reprise live du No Quarter zeppelinien, et des titres Pushit, Third Eye et Part Of Me, ainsi que l’intégrale des clips du groupe. Mais, pendant ce temps, Jones, Chancellor et Carey fourbissent dans l’ombre l’ébauche du successeur d’Aenima ...



Répondre à cet article

modération a priori

Attention, votre message n'apparaîtra qu'après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom