Portraits
Tool : si le nucléaire pouvait chanter...

Tool : si le nucléaire pouvait chanter...

par Lazley le 28 avril 2009

Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article Envoyer l'article par mail

 Epilogue

30 mai 2006 « Shhht... Who’s scaring people ? »

Bon, il faut dire que j’étais un rien excité. Un de mes meilleurs amis venait de me filer 10 000 Days, livraison récente d’un truc appellé Tool. D’abord franchement réticent, j’étais tombé dans le tourbillon unique et incendiaire de ce quatuor de frappadingues, trippant pendant des plombes entières comme un fan du Floyd des grandes heures sur la pochette complètement allumée. Lunettes en plastoc greffées au packaging cartonné, qui permettaient de voir les graphismes signés par ce guitariste au faciès léthargique avec une nouvelle vision 3D... « Can you pass the acid test ? », des choses de ce genre. Quant à la musique, je n’avais pour ainsi dire jamais rien entendu de tel : même accro à la folie musicale, je me prenais une volée de baffes à chaque écoute de 10 000 Days.

JPEG - 22.4 ko
DR

Le premier morceau de l’album, et single au profil « chart-topper » malgré ses 7 minutes, bizarrement intitulé Vicarious, me scotchait à chaque fois. Montées d’acide métallisé concassant riffs ultra-lourds et griffus, basse saturée à la limite du supportable, batterie proche d’un réacteur au plutonium... Et puis, il y avait ce truc de sinistré fini, remplissant le crâne de coups de tonnerre : Jambi, vocaux shaaaamaaaaaniques, solo de « talkbox » ? Quoi c’est ? J’appris qu’il s’agissait d’une boîte de distorsion d’où sortait un long tube, dans lequel cet Adam Jones aspirait tout en jouant, faisant ainsi « parler sa guitare ». Un outil plus utilisé depuis les piédestalés psychédéliques, paraît-il. Quand au reste de l’album, tout cela regorgeait de moments surprenants : un enchaînement Wings For Mary/10 000 Days (Wings Part 2) de 15 minutes, bruits d’orage, textes d’une beauté rare (« tu es la seule qui peut tenir sa tête droite, cognant ses poings contre la porte en disant »maintenant je suis rentrée à la maison !« [...] »tu étais mon témoin, mes yeux, mon évidence, Judith Marie, unique inconditionnelle") que le chanteur, un drôle de type tout noueux avait écrit en hommage à sa mère, récemment décédée ; une litanie nuageuse (The Pot), un commentaire social implicite noyé dans les larsens et les riffs rouillés (Lost Keys (Blame Hoffmann), où l’on entend une infirmière faire un rapport à un médecin sur un homme en plein bad trip d’acide, qu’il raconte dans Roseta Stoned), un hymne solaire Right In Two et 10 minutes de sons grouillant et malsains.

Forcément, je me suis précipité en apprenant leur venue dans ma ville d’adoption, Grenoble la froide. Et pris une mémorable fessée sonique dont mes oreilles garderont probablement trace jusqu’aux quatres planches en sapin (presque une semaine de quasi-surdité, ça vous fait réfléchir sur la patience de votre entourage) ! Méli-mélo de réminiscences : les grondements bouillonnants du bassiste, toxicomane du feedback réverbisé, triturant son 5e membre et ses 4 nouveaux nerfs avec une précision d’anatomiste ; les tressautements sismiques du batteur, réglant une ode à un percussionisme organique et débridé ; la guitare caverneuse et racée, les sonorités arrachées par Jones avec la talkbox, le seul homme à pouvoir tutoyer le nucléaire ; et ce nabot en stetson, santiags et mégaphone, qui nous ruina les tympans en malmenant sa gorge de fonte... Le tout soutenu par des images bizarres, diffusées sur quatre écrans, et dont les protagonistes semblaient mus par la moindre note du groupe.

Entouré de freaks en tous genres, de l’expert comptable au métalleux violacé, je n’avais qu’une phrase en tête en sortant : « il va vraiment falloir tout reprendre... MAIS PAS COMME AVANT ! »

JPEG - 46 ko
DR


Répondre à cet article

modération a priori

Attention, votre message n'apparaîtra qu'après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom