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Noir Désir : une certaine idée de la France... Part I

Noir Désir : une certaine idée de la France... Part I

par Thibault le 10 novembre 2009

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Si l’on ne peut parler de retour à proprement parler il y a désormais un an que Noir Désir est sorti d’une demie décennie de silence en publiant sur son site internet deux nouveaux titres, Gagnants Perdants et une reprise du Temps des Cerises. Force est de constater que ce que l’on retient de cette apparition éclair n’est pas la musique. Cette paire d’inédits est, n’ayons pas peur des mots, d’une nullité que l’on qualifierait de rare s’il ne suffisait pas d’un zapping sur MTV pour tomber sur une sélection signée « Festival des Inrocks », où se suivent les clips de Kaiser Chiefs et autres petites puces dont je n’ai pas retenu les noms, parasites qui nous rappelle à notre époque, et du coup dissolvent les deux nouvelles chansons de « Nwar Dez’ » dans la grosse bouillie infantilisante qu’est le mainstream « musical » de cette fin de décennie. Du coup, la seule chose que l’on garde, c’est le retour du groupe et surtout l’espoir qu’il suscite.

C’est que chaque signe de vie donné par le quatuor est guetté au plus près. Plus récemment, Eiffel, qui en son temps a tellement peiné à percer au point d’être mis à la porte de chez EMI fin 2007, jouit d’une promotion que le groupe n’avait jamais connue auparavant ; Sa Majesté Bertrand Cantat assure les chœurs pendant une trentaine de secondes sur leur nouveau single ! Un comble quand on sait que Romain Humeau, leader d’Eiffel, a composé une bonne partie des arrangements de l’album Des Visages Des Figures, sans gagner une quelconque notoriété de ce travail ailleurs que dans le cercle très restreint des gens qui lisent les pochettes d’albums et s’intéressent aux travaux parallèles des mentionnés.

Tout ceci est tout de même très interrogateur : comment un groupe traumatisé, qui va selon toute évidence souffrir toutes les peines du monde pour retrouver son équilibre d’antan (les membres de Noir Désir se sont toujours épanouis en concert et Cantat vient de repousser aux calendes grecques un éventuel retour sur scène) et qui vient de livrer deux chansons aussi nazes, ainsi qu’une collaboration du même tonneau, peut il encore être l’objet d’attentes si fortes ? On ne donnerait pas cher d’un groupe anglo-saxon dans la même situation ! Pourtant, Noir Désir jouit toujours d’une fan base colossale dans un pays où le rock est loin d’être un marché porteur.

C’est là qu’on touche un paradoxe assez incroyable ; en fait, l’absence du groupe de 2003 à fin 2008 n’a fait qu’asseoir sa suprématie. On ne parle pas du « coup de publicité », pour utiliser cette formule affreuse, qui fût malgré tout réel (les ventes d’albums ont nettement augmenté, c’est vrai). Non, la position de force de Noir Désir ne s’est pas renforcée par elle-même, mais via le vide béant qu’a laissé le groupe en quittant l’espace médiatique et musical. Ce départ n’a fait que mettre en relief le trou noir qu’est la musique populaire hexagonale.

Il y a eu un gouffre, qui ne s’est pas ouvert soudainement, mais qui est apparu car le bouchon qui donnait l’illusion de le colmater à lui seul a sauté du jour au lendemain. Pour cause, Noir Désir occupait une place hallucinante dans le paysage musical français ; il s’agissait de l’UNIQUE groupe de rock, au sens stricto sensu du terme (Alain Bashung et consorts évoluent dans un registre trop biaisé pour être mis dans le même panier) qui conciliait très large succès populaire et critique. Il ne s’agissait pas seulement de la « seule formation qui peut rivaliser avec les anglo-saxons », pour reprendre la formule consacrée ; le groupe incarnait tout simplement une certaine idée du rock made in France.

Le règne sans partage des bordelais pendant plus de dix ans a bien entendu imposé leur musique, mais également une ligne de conduite, un comportement qui doit être celui du groupe de rock français s’il veut connaître à la fois succès critique et populaire dans de larges proportions. Il faut ne rien devoir à personne, et surtout pas à la presse, ces vendus, ne pas écrire des textes trop légers, faire preuve d’Intégrité, avec un grand I, sur tous les plans, musicaux, politiques, intellectuels, culinaires, vestimentaires… En plus de faire de la bonne musique. Et il ne faut pas non plus copier celle de Cantat et de ses petits camarades, sinon on est dans le plagiat racoleur, ce qui n’est pas correct (un problème qui condamne des groupes comme Luke à un relatif anonymat, la piètre teneur de leurs gratouillis n’aidant pas, il faut dire).

Tel est le bréviaire du parfait petit rockeur au pays de Rabelais. Noir Désir incarnait déjà cet idéal durant ses activités, mais le représente encore davantage depuis son absence, qui laisse orphelin aussi bien le public que les groupes qui profitaient de l’aura des bordelais et parfois de l’amitié qui les liaient pour passer en radio et récolter quelques piécettes. Oubliées, les Têtes Raides !

Et lorsque Philippe Manœuvre défendit la nouvelle scène parisienne (non, ne partez pas mes trésors, je ne vais pas faire une apologie des Naast, rassurez vous), entre deux stupidités habituelles Little Big Santiag Man a mis le doigt sur un point intéressant : « en France il faut bien faire les choses, il y a la voie administrative à respecter. C’est intolérable qu’un journal soutienne une scène, non il faut galérer cinq ans dans sa cave, cinq ans dans les bars, et après cinq autres années, peut être faire une première partie de Noir Désir. » Et il est vrai que pour gagner respect, estime et succès, il faut emprunter ce chemin, faute d’être soupçonné de bien des vices. Ceci n’est qu’une des nombreuses expressions de la souveraineté absolue des bordelais sur le rock gaulois.

Ce point soulevé par le rédac’ chef de Rock & Folk est d’ailleurs assez paradoxal lorsqu’on l’examine de plus près, car en fait c’est la manière dont Noir Désir a mené sa carrière sur la durée après avoir rencontré le succès qui a définit un comportement à adopter et une marche à suivre pour atteindre le succès. Alors qu’à l’inverse, l’accès à la popularité du groupe fut fulgurant, passant des garages de répet’ à la une des journaux en un rien de temps. Si Noir Désir a percé en France, c’est principalement grâce à un timing extraordinaire. Un retour dans les années 1980 s’impose pour comprendre cela.


C’est une réalité connue de tous, le meilleur moyen pour attirer les regards est d’être le plus en phase possible avec les différentes tendances de son époque. A la fin des eighties les deux phénomènes incontournables dans le microcosme du rock sont la remontée de l’underground à la surface et par la même occasion des guitares après des années dominées par le synthé. Aux USA des groupes comme les Pixies ou Sonic Youth s’éloignent peu à peu des cercles alternatifs originaux pour gouter à un succès plus large, notamment grâce au passage de leurs singles sur les college radios et à la reconnaissance de journaux comme Melody Maker, qui bombarde Surfer Rosa album de l’année en 1988. En Angleterre arrivent les Stone Roses, Primal Scream, tout Madchester… La France suit logiquement le mouvement, à une autre échelle bien sur, la plus grosse résurgence en provenance des caves avant le succès de Noir Désir étant le passage éclair des Béruriers Noirs sur Canal Plus, pour annoncer qu’ils arrêtent leur carrière…

Succès obtenu grâce au single Aux Sombres Héros de l’Amer, sorti en 1989, qui squatte le haut du Top 50 en un rien de temps. Chacun sait qu’un tube est le produit de différentes interactions, qu’il ne survient pas ex nihilo, et que derrière un triomphe qui parait immédiat et naturel se cachent bien des mécanismes. Well… Ici votre loufiat a tenté en bon prétendu analyste d’expliquer le pourquoi du comment de l’affaire en étant clair, précis, efficace et pas trop chiant. Au bout de quelques heures à s’arracher les cheveux, c’est le vieil adage « un bon dessin vaut mieux qu’un long discours » qui l’a emporté… Vous trouverez donc ci-dessous le schéma de jeu explicatif de la percée bordelaise au championnat du disque français. Toutes mes confuses et génuflexions pour ce carnage.

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Bon… Vivants ? Ce qu’il faut retenir, c’est que Noir Désir est right place, right time, au cœur des débats. Ils ont les atouts pour séduire différents publics, une touche « authenticité ténébreuse » (leçon essentielle de marketing artistique : tirez la tronche et vous l’aurez l’air crédible) qui les distingue de groupes comme Téléphone et leur donne une relative consistance… (très relative, la consistance). Si l’on ajoute que la musique surnage largement dans les eaux mazoutées de l’Hexagone et que Cantat est un beau gosse qui prend la pose sans sourciller et surtout sans donner l’impression d’être un poseur, vous avez tous les ingrédients pour obtenir le groupe qui va tout dévaster en France.

Barclay n’avait probablement pas le même schéma que moi, mais on peut penser qu’ils ont eu le même raisonnement : voici des gens qui peuvent casser la baraque, il ne leur manque que le soutien et la médiatisation. Nuançons toutefois ; il ne faut pas croire que la maison n’a vu que le côté banquable de Noir Désir.

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Peter et Steven, département rock de chez Barclay. « Alors c’est vous les petits nouveaux ? Vous allez voir, c’est cool ici ».

Par la suite la formation a dit avoir accepté le contrat proposé pour des raisons strictement musicales. L’homme qui a tendu les papiers et le stylo aux bordelais n’était autre que Philippe Constantin, quelqu’un qui s’intéressait d’abord à la musique et pas au potentiel sex-appeal devant les flashs. A l’époque l’homme tentait de redonner un coup de jeune à son écurie en signant des personnages comme Alain Bashung. Une preuve supplémentaire que réussite commerciale et musique de bonne tenue peuvent s’accorder.

Noir Désir avait donc toutes les armes en main, ne manquait plus qu’un petit rien, c’est-à-dire un tube, qu’ils obtiennent avec le premier single de Veuillez Rendre l’Âme (A Qui Elle Appartient) (1989), Aux Sombres Héros de l’Amer, produit du shaker si habilement esquissé ci dessus. La suite a été relaté maintes fois : polémique (boys band ? pas boys band ?), sabordage du morceau par le groupe qui ne le rejouera que des années plus tard, ventes qui s’affolent, etc… Ce qu’il faut retenir de l’histoire c’est que Noir Désir est bel et bien le groupe du moment, ils sont un véritable concentré de l’année 1989 en France, ce qui explique leur popularité immédiate.

Le risque lorsque l’on incarne à ce point un instant t est de devenir un has-been aussi rapidement que l’on a été l’effigie du cool. Noir Désir évite cet écueil grâce à sa position de force ; ils sont alors les seuls à faire du rock et à être connus, alors que le genre connaît un vrai regain de popularité. Du coup leur popularité n’est pas en berne lorsque sort le second album Du Ciment Sous Les Plaines (1991). Les gens affluent de plus en plus aux concerts et les ventes restent très honorables pour un groupe de rock français (35ème place au top 50), même si elles baissent comparées à celles du premier opus, la faute à l’absence de promotion autour du disque.

Car les bordelais sont saisis d’une crise de panique à la suite de leur carton plein. Leur problème n’est pas l’habituel dilemme « puis-je être de gauche et avoir de l’argent ? », leur véritable crainte est d’être dépossédé de leur image, d’être dilué dans le showbizz et de perdre leur identité. Sortir de l’anonymat pour être balancés sous les projecteurs sans autre forme de procès ne convient pas aux quatre potes ; pas question de venir faire un playback en prime time et de s’asseoir sur le divan de Michel Drucker en souriant bêtement. Le groupe refuse net tout compromis, se fâche avec Barclay qui espérait bien un retour d’ascenseur de son côté (« on vous a signé et rempli les poches, et c’est comme ça que vous nous remerciez ? Bande d’ingrats ! ») et se repli sur lui-même, en autarcie, en durcissant l’attitude mais aussi le son, qui devient plus rêche qu’auparavant.

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« La vache Steven, comment ils se vendent trop bien les skeuds de Noir Désir ! On va s’en foutre plein les fouilles et devenir célèbres, on va se faire des groupies nous aussi ! »

Petite coquinerie de la conjoncture ; ce qui ressemblait méchamment à un sabordage en bonne et due forme va s’avérer être, à long terme, une opération marketing digne d’un major de promo à HEC. En effet, arrive l’année 1992 et avec elle la déferlante du rock dit alternatif, qui s’abat sur l’Europe depuis les USA. C’est l’époque où, comme l’a très bien expliqué le camarade NonooStar dans ses diatribes sur Dookie, la touche intransigeance / rébellion / distorsion devient le principal argument commercial, un label de qualité sans comparaison possible auprès des kids. Résultat : Tostaky (1992) et ses guitares passées à la moulinette noisy tapent à la porte d’entrée du top 10 de ventes de disques toutes catégories confondues, ce qui est tout simplement hallucinant dans un pays où le rock n’a pratiquement aucunes racines profondes. Le live issu de la tournée qui suit, Dies Irae (1994), s’offre carrément un séjour sur le trône ! Un coup de maitre, on vous dit !

Le plus drôle dans l’histoire étant que tout ceci s’est passé « à l’insu du plein gré » de Noir Désir. S’il y a une chose sur laquelle on ne peut douter du groupe, c’est de sa sincérité parfois confondante (il n’y a qu’à écouter Cantat tenter de philosopher pour avoir une idée de la béatitude qui flotte parfois au dessus de leurs têtes). La formation n’a jamais pensé en termes de réussite commerciale, leurs succès sont le fruit des vas et viens de la tendance dominante, dans laquelle les quatre compères se retrouvent toujours. C’est peut être ça, le grand secret de Nwar Dez’ ; toujours être au cœur de la tendance sans avoir l’air d’être au courant de l’existence même de la tendance. Nous aurons l’occasion d’y revenir par la suite, car pratiquement tout le parcours des Bordelais peut se comprendre de cette façon.


En attendant, retour dans la première moitié nineties. Des caisses d’albums se sont écoulées, leur règne est sans partage. Et la musique dans l’affaire ? « Il serait temps d’y venir, me direz vous, ça commençait à blablater ! Et puis qu’est-ce qu’on s’en tamponne le coquillard de cette analyse stratégique, si Noir Désir est si populaire, c’est parce que la musique est bonne, comme dirait Jean-Jacques, non ? C’est pas notre fleuron du rock national pour que dalle, merde ! ». Ben… Un peu. Car si l’on oublie tout le phénomène socio-musical derrière, la baudruche fait pchiiit, comme dirait notre ancien président. Bon, c’est un peu court, il faut argumenter, je l’admets. Allons-y, point par point.

Si la triplette Veuillez Rendre l’Âme (A Qui Elle Appartient) / Du Ciment Sous Les Plaines / Tostaky, à laquelle on peut ajouter Dies Irae, a une importance, celle-ci est avant tout historique. Elle sert de référence à tout un pan du rock français, elle a incarné une scène et en a façonné une autre en retour, un public et un état d’esprit également, on ne peut comprendre la musique hexagonale sans la connaître. En revanche, si l’on considère les chansons en elles-mêmes, sans s’intéresser à l’histoire du rock, l’intérêt de ces trois opus retombe aussitôt au niveau de l’anecdote. Il n’y a pas grand-chose à se mettre sous la dent. Les textes de Cantat posent problème, déjà.

On pourrait s’agacer et avancer que l’attaque est facile, qu’on la déjà faite, et qu’il existe quantité de groupes avec des paroles plus couillonnes. Certes. Mais on n’ira pas reprocher à Sam Cooke ses litanies de « love », de « baby » et de « you », pas plus qu’on ne fustigera les jeunes Beatles pour leurs textes naïfs. Ces gens là n’avaient pour prétentions que de chanter les bonheurs et déboires de l’amour, avec légèreté et frivolité. On ne saurait les critiquer pour « manque d’épaisseur littéraire », étant donné qu’ils ne se sont jamais dis esthètes, poètes ou écrivains !

Ce qui n’est pas le cas du sieur Cantat. L’ex-étudiant en lettres défend ses gribouillis à longueur d’interview, il trouve injuste qu’on les critique vertement alors que d’autres écrivent des choses moins recherchées. Soit, mais quand on a la prétention de pondre quelque chose avec un intérêt littéraire, quand on cite à tout bout de champ Rimbaud, Nerval et toute la clique, il faut avoir les épaules. Bien sur, Cantat ne s’est pas dit un seul instant l’égal de Baudelaire ou d’Allan Poe, mais il se revendique clairement de leur influence, et se pose en tant que poète à son échelle, en tout cas en tant que véritable Artiste.

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Ils craignent d’être dépossédés de leur image. C’est vrai que c’est tentant...

Pourtant, quand on observe ses textes de plus près, ce n’est pas reluisant. Tout n’est pas honteux, ce n’est pas aussi désespérant et crasseux qu’un poème de fan d’Evanescence sur Skyblog (quoique, le blaze du groupe, Noir Désir… Un journaleux de Télérama a trouvé l’ultime sentence à ce sujet : « pub de café lyophilisé »). Mais bon sang, ce lyrisme mal digéré ! Cette emphase ! Ces topoï poétiques ressortis comme à la parade, façon lycéen qui fait sa récitation… Un lycéen, voici ce qu’est Cantat.

Pas un mauvais bougre, ni un cancre irrécupérable, mais un foutu lettreux qui bave devant les figures de style et rimes embrassées des Fleurs du Mal, et qui s’applique soigneusement à essayer d’en faire autant. On imagine bien le loustic sortir sa plus belle plume et son encrier étincelant, prendre des poses dandyesques à la lueur de sa lampe de chevet, sur le coup de minuit, la main gauche ratissant les tempes et le front dans l’espoir d’y trouver l’inspiration, quelques sonnets, Une Saison en Enfer et un paquet de clopes minutieusement éparpillés à proximité.

Et en avant pour les formules à rallonge ! Rien que le titre du premier album est somptueux : « Veuillez Rendre l’Âme (A Qui Elle Appartient) ». Quel tableau ! On y voit l’Artiste, le vrai, dépossédé de son intériorité par les grands méchants persécuteurs pudibonds ! Les mêmes qui avaient censuré Flaubert ou Baudelaire, évidemment ! L’Artiste trouve une rédemption dans la mort, mais dans laquelle ? Dans la sienne ? Tout romantique qu’il est ? Sacrifié pour racheter les péchés de cette humanité qui ne le mérite pas… ? (Oh la belle pose christique !) Ou bien est-ce une vengeance... L’Artiste désire le trépas de ceux qui l’ont mis à terre, bafoué, houspillé, mis au coin avec un bonnet d’âne et qui ont voulu le dépouiller de sa force viscérale, de sa plume nourrie aux émotions puisées au fin fond des tripes ? (vous l’aurez compris, tout le sel est dans la parenthèse.) Des choses de ce genre, voyez vous…

Encore plus goûtus sont les vers d’Aux Sombres Héros de l’Amer, tous en jeux de mots tartes et calembours croquignolants. Jugez plutôt :

Aux sombres héros de l’amer
Qui ont sû traverser les océans du vide
A la mémoire de nos frères
Dont les sanglots si longs faisaient couler l’acide
 
Tout part toujours dans les flots
Au fond des nuits sereines
Ne vois-tu rien venir ?
Les naufragés et leurs peines qui jetaient l’encre ici
Et arrêtaient d’écrire...
 
Ami, qu’on crève d’une absence
Ou qu’on crève un abcès
C’est le poison qui coule
Certains nageaient sous les lignes de flottaison intimes
A l’intérieur des foules
Aux sombres héros de l’amer
Qui ont sû traverser les océans du vide
A la mémoire de nos frères
Dont les sanglots si longs faisaient couler l’acide...

Le groupe s’est longtemps plaint de la « mauvaise interprétation du texte » qu’avait faite le public, qui voyait là une chanson de marin à la Soldat Louis et blaguait sur le « Ô, Sombrero de la Mer ». Très sincèrement, peut-on y voir autre chose ? Ah tiens, non ? On me glisse dans l’oreillette que c’est encore une figure de l’Artiste maudit qui est poursuivie ici, du poète exilé (et une pose hugolienne bien sentie, une !), le tout à travers une belle métaphore filée de la mer comme lieu des tourments intérieurs (quelle originalité !). Quand je vous parlais de lycéen besogneux avec le dictionnaire des rimes et le Lagarde & Michard sous le coude ! Je vous épargne les tentatives dans la langue de Shakespeare (Sweet Mary, The Wound, What I Need), le petit a déjà du mal à sortir de l’académisme en français. En anglais, c’est pire, il n’arrive pas à y entrer. Surtout qu’il y a encore plus drôle.


Car Benjamin, pardon, Bertrand, n’a pas pour seule référence le bottin du romantisme francaoui et briton. Une autre de ses idoles, c’est Jim Morrison. Et ça… Ça, c’est vraiment pas bien. Comme je le dis régulièrement ; « les enfants, citer ou avoir Morrison comme influence ne sera jamais une bonne idée, jamais ». Car il faut vraiment être dans le même état que le bellâtre des Portes ou ne jamais avoir ouvert un bouquin pour voir de la poésie dans The End, Light My Fire, People Are Strange, Love Her Madly ou Hello I Love You. S’inspirer de telles chansons dans une optique se voulant littéraire, c’est courir un cent mètres avec une jambe de bois.

Surtout que ce qui plait le plus à Bertrand, chez Jim, c’est le côté chamanique, la transe, la dimension transcendantale de l’affaire. Soit la tranche la plus purulente, la plus indécrottable et la plus atrophiée du ciboulot des Doors. Sur scène cela se traduit par des poses tout en cuir et en collier d’indiens, ce qui n’est pas bien méchant comparé au résultat sur bande. Car c’est de la rencontre entre les ersatz de Rimbaud et les miettes du délire « Spirit, Nature & Politics » du Jimbo (qui lui même est déjà un sous produit) qu’il s’agit ! Ce qui donne des trucs aussi pénibles que Le Fleuve :

Quand la nuit s’étend, elle se laisse tomber au hasard
Elle enveloppe et elle sape les carcasses atroces
Et si tu peux te perdre du côté du fleuve
Il te calmera jusqu’à ce que tu ne puisses plus respirer
 
Comme elle est belle la ville et ses lumières seulement pour
les fous
Celui qui veut, il la découpe en tableaux
Là c’est l’heure ou le silence balance sur les eaux du fleuve
Le rythme des horloges qui pourrissent
 
Y a là-bas cette fille qui enfle son souffle et ses jupes
Ouvertes comme des corolles en suspens
Plus elle danse, plus elle flambe, plus il l’aime, lui, comme il sent
Que no se puede, la Vida no vale Nada.

Un beau gâchis en somme, car il faut tout de même reconnaître au monsieur quelques qualités qui ne sont pas données à tout le monde. Prenons Les Écorchés par exemple. Le texte est infecté de boursouflures romantico-torturées énormousses (inutile de s’appesantir, le titre en lui-même est assez parleur) mais Cantat réussit quelque chose qui force un minimum le respect ; un texte écrit, plus ou moins mûrit, mais avec une fluidité dans la manière de le chanter et dans le flow. Quelque chose de travaillé qui passe l’épreuve de la mélodie. Il faut reconnaître que les mots coulent, que les phrases se suivent et forment un flux de bonne tenue, tout en renvoyant à différentes images poétiques sans trop virer au patchwork, pour une fois… Dommage que le sieur Cantat ait gâché ce talent avec ses fixettes romantiques de tâcheron. Surtout que l’orientation qu’il prend passé Veuillez Rendre l’Âme n’est pas plus folichonne.

En effet, lucide, le chanteur a conscience que ses lignes sont emphatiques au possible, appuyées, lourdes. Il tente donc d’épurer un peu tout cela. Sur Du Ciment Sous Les Plaines il veut aérer la forme, et par la même occasion sortir de l’exercice de copiste auquel il se cantonnait auparavant. Pour un résultat que l’on qualifierait de moyen et sur lequel on passerait rapidement si le groupe ne prétendait pas qu’il y ait de la littérature dedans. Les vers du second album de Noir Désir oscillent entre une tendance à l’abscons franchement pas ragoutante (En Route Pour la Joie, Les Oriflammes, Tout l’Or ou Si Rien Ne Bouge) et une autre à la description de scénettes un peu beatnik, parfois anglicisantes, souvent alcoolisées… (No No No, La Chanson de la Main, Charlie) Rien de très marquant, ni même d’hilarant pour ce corniaud de suffisant de critique, qui avait de quoi rouler sous la table avec le premier album. Ici c’est plutôt le ventre mou, la seule chose que l’on puisse dire, c’est que prétendre qu’il y a ici de la littérature, c’est se foutre du monde ou ne rien comprendre à la chose.

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« Peter, mate un peu les nouveaux textes de l’autre bellâtre ! On dirait que ça s’arrange pas ! »

Ah si, il y a un élément à approfondir. En visant l’épure, l’écriture de Cantat devient plus impulsive, plus hachée. Les phrases virent à la formule lapidaire cryptée, en témoigne le titre de l’album, un peu énigmatique, un peu politique, totalement ronflant. On trouve de plus en plus de lignes désarticulées, sans liant. La forme tourne au simili slogan, mais le fond est totalement impénétrable. Vers choisi : « prise de notes, somnambules, interlopes, match nul » (Les Oriflammes)… Keskidi ?

Une orientation malheureuse qui va atteindre son paroxysme sur Tostaky. Encore une fois, le titre est un concentré de n’importe quoi, que dis-je ? un véritable logo de la version 3.0 du songwriting nwardéziresque. Tostaky est une contraction de l’espagnol « todo está aquí », ce qui signifie « tout est ici » (quel programme), ce qui serait selon certaines sources un des cris de ralliement autrefois scandés par les révolutionnaires mexicains. Boooon… Mais encore ? Tout l’album ne contient que cela ; du rien élevé en pseudos slogans instantanés, des bribes de punchlines verrouillées, complètement retorses, incompréhensibles, et dont l’intérêt esthétique est minuscule… Le fond est insaisissable, et la forme se résume à une suite de mots posés les uns à côté des autres, sans logique ni recherche stylistique, sinon celle d’une sécheresse dont on a vite fait le tour. Exemples :

Caravanes, vent du désert,
Mais nous n’irons plus à la guerre
A l’attaque
 
Adonis et bulldozer
S’accouplent à la volontaire
Ici paris

Ou encore :

Au bout, de la course, remonte jusqu’à la source
One trip, one noise
 
Circuit, nuit bleue, spécialiste, de l’enjeu
One trip, one noise
 
Longue attente avant de s’élancer, one trip
Longue vie et tout à recracher, one noise

Les tentatives dans l’argot de Byron valent également le détour :

I found one of my socks
Under the telephone
I’ve never asked these bells
To ring in my home
What have I done to my hat ?
I had no hat before
Something like a tearing’s running on my bones

Et last but not least, ce parangon de n’importe nawak qu’est le tube Tostaky (Le Continent).

Nous survolons des villes
Autoroutes en friche
Diagonales perdues
Et des droites au hasard
Des femmes sans visage
À l’atterrissage
Soyons désinvoltes
N’ayons l’air de rien
 
Para la queja mexica
Este sueno de america
Celebremos la aluna
De siempre, ahorita
 
Et les branleurs trainent
Dans la rue
Et ils envoient ca aux étoiles
Perdues
Encore combien à attendre
Combien à attendre

J’arrête ici le carnage, mais croyez bien qu’il suffit de remettre le nez dans le livret de l’album pour en découvrir d’autres, et des pas piquées des hannetons ! Inutile de préciser que Tostaky est de loin le disque le plus mal écrit de toute la carrière du groupe. Car si les textes de prime jeunesse de Cantat charriaient des défauts gros comme des baobabs, ils restaient plus ou moins réfléchis, très scolaires, chiants, mais somme toute appliqués. Ici l’écriture quasi automatique prend le dessus, pour un résultat vraiment laid.


« Soit, les textes sont craignos, mais le reste relève le niveau, non ? » me rétorquera-t-on. Bouarf… Non. Tout ce qui tourne autour est du même acabit. L’artwork est juste moche (jetez un œil à celui de Du Ciment Sous Les Plaines, vous m’en direz des nouvelles), on ne sauvera du naufrage que le grain de la pochette de Tostaky, assez classieux. (Ceci dit, quelle idée d’avoir pris une photo de dos !) Quant aux clips, ils sont horribles. Celui d’Aux Sombres Héros de l’Amer est un grand moment de kitsch typiquement eighties :

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« C’est ça le nouveau clip ? Et bah putain... »

Lors d’une interview accordée des années plus tard, Serge commentera ces images en se marrant : « ah oui, c’était l’époque… On adorait le maquillage, The Cure, toute la new wave… On a changé depuis ». Ceci dit, l’apothéose est surement atteinte avec le clip de Tostaky (Le Continent), qui reste un mystère pour tous ceux qui l’ont vu :

What The Fuck ? Quant au son en lui-même… Le moins que l’on puisse dire est que l’ensemble a très mal vieillit et sonne aujourd’hui très daté. Les deux premiers albums souffrent d’une production tout simplement catastrophique. La Strat’ couine aigrelette et rachitique, la batterie est mixée à la eighties, la basse est à peine audible… Le tout n’a aucun relief et ne transmet aucune chaleur, l’énergie ne passe pas. Il faut dire que le savoir faire de Barclay en matière d’enregistrement de musique rock était proche du néant. Quant à Tostaky, le travail effectué dessus par le ponte de la production hardcore ricaine, Ted Niceley, est bien plus une caution d’indépendance qu’un apport aux chansons des bordelais.

La voix est couverte par le ramdam instrumental et la saturation mal dosée, la Les Paul dégueule des notes qui se perdent dans le bordel général… On n’a même pas l’impression d’être en terrain dangereux comme chez Fugazi, où les stridences peuvent jaillir à tout moment, non. Pour des raisons incompréhensibles, le tout a été nivelé, mis à plat, et la tension vous paraîtra proche de zéro pour peu que vous soyez coutumier de musique musclée.

Et les morceaux en eux-mêmes ne débordent pas d’inventivité. Ils tournent pour la plupart autour d’accords très simples et très classiques, joués sans touché particulier (sol majeur, mi mineur, sol majeur, mi mineur, sol mineur… Oh, mais que vois-je ? Un la mineur !). Accords qui forment des lignes mélodiques très simples et très classiques (c’est 4/4 et couplet / refrain à tous les étages)… Ceci dit on peut faire de très bonnes choses avec de tels ingrédients, c’est le principe même de la pop, il « suffit » d’un doigté particulier et de quelques parties de chant originales mais nous avons déjà eu l’occasion de gloser sur le songwriting de Cantat, qui n’est pas vraiment propice à l’exercice. Du coup celui-ci fait fonctionner sa glotte par à-coups, misant tout sur le timbre âpre de sa voix et la rage du cri plutôt que sur sa modulation. En d’autres termes, le Bertrand braille presque sans arrêt, surtout en concert (il sera aphone pendant un certain temps suite à la tournée de Tostaky), car ses textes ne peuvent pas vraiment être chantés. Le gaillard essaie toutefois de vocaliser sur quelques titres (Si Rien Ne Bouge, Le Fleuve) mais on ne le sent pas à son aise, la faute au manque de connaissance qu’il a de son organe.

Et ce n’est pas l’interprétation instrumentale qui rattrape les dégâts. L’autre point noir du groupe, c’est qu’il ne dispose que d’un seul vrai musicien, le guitariste Serge Teyssot-Gay, unique membre capable d’enregistrer tout seul un album solo, ce qu’il fera à plusieurs reprises par la suite. Noir Désir a toujours soutenu mordicus être une vraie géométrie à quatre, où chaque membre est indispensable, mais dès qu’on connaît un peu le dossier on se rend bien compte que c’est Sergio qui fait quasiment tout le boulot, du moins à l’époque. Le gratteux ne se fait pas remarquer, parle peu durant les interviews et ne cherche pas à épater la galerie. Il serait plutôt adepte du proverbe « ne cause que si t’as quelque chose d’intéressant à raconter, sinon ferme la et joue de ton instrument ». C’est lui qui donne la dynamique des morceaux, chacun apporte ses idées (c’est Cantat qui a trouvé le riff de Tostaky (Le Continent) par exemple) mais dès qu’il faut donner une direction à l’ensemble et composer c’est lui qui imprime sa patte.

Le problème est que le guitariste tourne en sous-régime ; ses petits camarades sont incapables de jouer à son niveau (le garçon s’enfile régulièrement du Captain Beefheart ou du AC/DC, pour se chauffer les doigts), du coup celui-ci ronge son frein et se contente de chansons basiques, parfois bien torchées, mais qui souffrent des énormes lacunes des trois autres zikos.

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Mec, c’est une guitare de blues que tu as entre les mains, pas une hache !

Car Cantat, non content de pousser la chansonnette, tient absolument à tenir la seconde guitare. Après tout, pourquoi pas ? Seulement le gus se contente de gratter trois accords maigrichons et faussement épileptiques sur sa Gibson mal utilisée (s’armer d’une ES-335 pour faire du garage grungy, quelle idée !), ce qui relève bien plus de la nuisance sonore en arrière fond que du dual guitar attack. Total, c’est flagrant surtout sur Tostaky, son crincrin empiète l’espace et finit par noyer purement et simplement les chansons dans un brouhaha bordélique qui n’apporte rien. Quant à la section rythmique… Le bassiste Frédéric Vidalenc est, de l’avis du batteur Denis Barthe, un « troisième guitariste ». Autrement dit son job consiste à doubler les parties de guitare de Cantat quelques octaves plus bas, ce qui n’a pas grand intérêt vu la teneur des parties en question. On a beau chercher une miette de groove, un déhanché, quelques notes qui swinguent, ou même une pulsion, des lignes dynamiques, mais nada… (Allez, je veux bien admettre que le gimmick des Écorchés est entrainant.) C’est la rigueur ponque qui prévaut, de la double croche rigide, bête et méchante. Même topo du côté des drums, rien qui n’irrite le tympan au point de jeter la galette dans la cheminée, mais rien qui ne fait tilter les esgourdes non plus.


De plus, Noir Désir ne sait pas par quel bout prendre l’exercice studio. Le groupe est avant tout une formation de scène : c’est en concert qu’elle s’est rodée et qu’elle est à son maximum. Tout au long de leur parcours, les quatre potes s’accorderont toujours sur ce point ; ils ne jouent que pour le live, qui est le lieu où ils se sentent le plus à l’aise, où leur complicité peut s’exprimer, où ils prennent du plaisir. Lorsqu’ils se retrouvent en studio, ils ne savent plus trop comment gérer la manœuvre. Lors de l’enregistrement de Du Ciment Sous Les Plaines, le quatuor s’est pointé sans aucunes compositions achevées, avec juste quelques idées dans les poches, composant au fil des prises. Pour un groupe dont la musique a toujours trouvé sa meilleure expression en concert, c’était un choix très risqué. Logiquement, le résultat en pâtit.

De manière générale, les bordelais n’arrivent pas à transmettre sur bande l’énergie qu’ils déploient sur scène. Celle-ci est en permanence coupée pour diverses raisons propres au studio alors qu’elle est ininterrompue lorsque le groupe joue devant le public, où il mène les débats à sa guise. Bref, Noir Désir peine à trouver une dynamique générale une fois en cabine.

Du coup rien d’étonnant si le live Dies Irae, capté lors de la tournée de 1993, propose des prestations nettement plus intenses. On n’écoute plus Here It Comes Slowly ou Tostaky (Le Continent) dans leurs versions studios une fois qu’on a gouté au punch qu’elles ont en live. C’est tout le mérite de Dies Irae : présenter les morceaux tels qu’ils auraient dû toujours être. Pour le coup, on recommandera de jeter une oreille au disque. Rien de grandiose, mais un double album sympathique, rafraichissant, qui montre que Noir Désir sait trousser quelques bons riffs et les servir avec la sueur qui convient. La recette est très simple, mais l’énergie de l’exécution et l’ambiance survoltée remportent l’adhésion (on a vraiment l’impression d’être au milieu de la fosse). On ne boudera pas notre plaisir, pour une fois.

Dommage que Dies Irae soit le seul témoignage fidèle de ce qu’était Noir Désir lors de sa première période, car certains concerts de 89 ou 91 n’étaient pas dégueus. On trouve sur le coffret En Route Pour La Joie (1999) une version live de Drunken Sailors digne du gig le plus craspec des Dropkicks Murphys et surtout un Helter Skelter stupéfiant, neuf minutes démentielles où le groupe ne relâche pas un seul instant la pression et joue aux montagnes russes, réduisant les montées et descentes de l’original à de petites vaguelettes inoffensives. C’était l’époque où le violoniste François Boirie accompagnait le quatuor en tournée. Ses interventions apportaient au groupe une touche de folie qui les distinguait des autres formations, un zeste de fraicheur qui contrebalançait les tordantes poses pseudo chamaniques de Cantat.

Peu de temps après le bassiste Frédéric Vidalenc quitte le navire. Une page se tourne pour le groupe et le live Dies Irae fait office de bilan semi-officiel. Alors, que retenir du premier quinquennat de Noir Désir ? Peu de choses par rapport à la légende qui en ait faite ; un assez bon live ainsi qu’une poignée de chansons à droite à gauche ; Helter Skelter, Drunken Sailors, 7 Minutes, où le groupe se prend pour Fugazi le temps de quelques stridences jouissives.

Certains s’étonneront que ces lignes ne mentionnent pas le tout premier mini-album, Où Veux-Tu Qu’Je R’garde ? (1987), où l’on trouve six chansons. C’est tout simplement parce qu’il ne mérite pas vraiment que l’on s’attarde sur son cas, il s’agit d’un album de jeunesse, une version boutonneuse des premiers « vrais » opus.

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Fais attention Bertrand, Jeffrey n’a pas l’air content que l’on copie et qu’on lui pique la gloire et les groupies.

Opus qui souffrent d’un petit souci qui s’ajoute aux autres ; cette très désagréable impression de pompage éhonté de l’œuvre de The Gun Club, au point que le chanteur Jeffrey Lee Pierce a fait le déplacement jusqu’à Bordeaux pour botter le train de Cantat ! Finalement, aidés par des renforts d’alcools non négligeables, les deux garçons se sont entendus et ont convenu que l’affaire n’était pas bien méchante. Ceci dit, on échange bien l’intégralité des trois premiers albums de Noir Désir contre Bad America, Sex Beat ou Give Up The Sun.

A suivre…



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