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About What You Know

About What You Know

Little Man Tate

par Aurélien Noyer le 20 février 2007

3,5

paru le 29 janvier 2007 (V2 Records)

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Et voilà qu’au début de l’année 2007, l’Angleterre envoie sa dernière sensation en date. Suivant le désormais classique parcours « buzz sur le net, signature moins d’un an après la formation du groupe et premier album dans la foulée », Little Man Tate a déjà enchaîné les concerts sold-out outre-Manche. Alors forcément, chat échaudé craint l’eau froide, et après les relatives déceptions que furent pour votre humble serviteur les Arctic Monkeys, The Rakes, Razorlight et tant d’autres « sauveurs du rock » (dixit le NME), je n’attendais pas grand chose de ce About What You Know. Sauf que...

Sauf que ces petits branleurs [1] semblent avoir tout pour eux. Typiquement le groupe qu’on aimerait détester, une sorte de nouveau Blur époque Britpop. Certes, le style n’est pas vraiment le même mais cette façon de signer des mélodies accrocheuses avec une fausse modestie à tout épreuve, ça paraît si simple qu’ils ne se forcent même pas, et Dieu merci, ces quatre originaires de Sheffield n’essaient pas d’imiter l’accent cockney qui se répand parmi la moitié des groupes anglais actuels. Stylistiquement, ils ont hélas déjà tout compris. Dans leur musique, on entend Buzzcoks, Libertines (This Must Be Love semble avoir été écrit par Doherty), une légère touche de post-punk (mais point trop n’en faut) et la voix de Jon Windle parvient à évoquer la morgue d’un jeune Damon Albarn avec l’assurance franche d’un Carl Barât (voire même parfois un petit côté précieux façon Luke Haines de The Auteurs). Mais la bonne idée du groupe est de noyer le poisson derrière une production assez classique qui permet d’uniformiser l’ensemble , quitte à donner un côté presque quelconque à leur musique. Du coup, point d’instrument mixé particulièrement en avant, pas de son de guitare bizarre, une simple saturation suffisant largement à faire son petit effet, une basse bien ronde et une batterie fluide et énergique pour assurer une rythmique ad hoc. Une telle production était certes un pari risqué, un risque que le groupe ne soit eclipsé par certains groupes qui n’hésitent pas à essayer de développer des ambiances et des sonorités bien particulières pour tenter de toucher le public.

Oui, mais on peut aussi remarquer que la plupart de ces groupes se concentrent sur leur son et ont tendance à négliger le plus important, à savoir les chansons. Ajouter à cela que la plupart du temps, les sonorités développées par les Razorlight, Bloc Party et autres Arctic Monkeys ne sont que des redites par rapport à des styles déjà anciens et on en arrive vite à se réjouir que Little Man Tate préfère compter sur une production classique mais à l’efficacité maintes fois prouvée. La conséquence directe de ce choix est que About What You Know ne se laisse pas ranger dans une autre catégorie que celle du rock britannique tout simplement. Nulle étiquette « post-punk », « madchester », « britpop » ou « garage », tout au plus ce côté purement britannique qui les classe dans la lignée des Kinks, des Smiths ou des Libertines (avec une touche de power-pop à la Big Star [2]. Et si cet album n’atteint certainement pas les qualités des oeuvres de leurs prédécesseurs, leurs chansons sont, heureusement pour eux, suffisamment bonnes pour permettre à l’auditeur de passer un bon moment : l’album est suffisamment court (33 minutes au total) pour éviter les déchets et un morceau comme House Party At Boothy’s se paie même le luxe d’être une excellente chanson, simple, classique et d’une efficacité sans faille.

Mais quid de l’intérêt du groupe, me direz-vous... C’est vrai que Little Man Tate semble être bien loin d’être un de ces groupes « sauveur du rock » portés par la hype. Mais en même temps, ce genre de groupe sont rarement à la hauteur de leur soi-disant réputation. Alors, okay, Little Man Tate n’est pas, et ne sera peut-être jamais, un groupe vraiment important. C’est vrai que l’originalité n’est pas vraiment leur fort, mais après tout, c’est peut-être ça qui rend cet album si agréable. Nul besoin de chercher à retrouver les influences du groupe, leur esthétique ou leur message, il suffit d’appuyer sur le bouton « Lecture » et de profiter. Pour un premier album, c’est déjà pas si mal et même si je ne pense pas qu’il reviendra régulièrement dans ma playlist, il a eu le mérite de me plaire à chaque fois que je l’ai écouté. Sans compter qu’avec une telle assurance dans l’écriture des chansons, on ne peut que se demander ce dont ils seront capables dans le futur. Sans doute vont-ils continuer leur carrière calmement à profiter de leur talent à trouver des petites mélodies imparables. Donc si maintenant vous me demandiez si ça vaut vraiment le coup de s’intéresser au groupe, j’avoue que j’aurai dû mal à vous regarder dans les yeux et vous répondre d’un franc et honnête « oui ». Après tout, des groupes comme ça, il en sort régulièrement. Mais si vous aimez le style, vous pouvez y aller les yeux fermés. Dans le genre, c’est un bon disque et, pour un premier album, on peut considérer l’essai comme réussi.



[1Oui, en langage de rock-critic, « jeune rocker anglais » se dit « branleur ».

[2Oui, un rock-critic trouve toujours une étiquette à mettre sur un nouveau groupe.

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Tracklisting :
 
1. Man I Hate Your Band (3’36")
2. European Lover (3’15")
3. Sexy In Latin (3’24")
4. This Must Be Love (3’23")
5. House Party At Boothy’s (4’12")
6. Who Invented These Lists ? (2’55")
7. Court Report (3’45")
8. 3 Day Rule (2’24")
9. This Girl Isn’t My Girlfriend (3’06")
10. Down On Marie (3’20")
 
Durée totale : 33’20"