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Blood Sugar Sex Magik

Blood Sugar Sex Magik

Red Hot Chili Peppers

par Parano le 24 juin 2008

paru le 24 septembre 1991 (Warner)

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Qui sont, aujourd’hui, les fans des Red Hot Chili Peppers ? Des trentenaires chauves chevauchant des 4X4 rutilants, soulagés de penser que Kiedis aura toujours 10 ans de plus qu’eux. Des couples estampillés génération Mitterrand, qui ont échangés leurs fluides une centaine de fois en écoutant Californication. Des gamines émoustillées par la nudité flasque du chanteur bellâtre. Des gamins fascinés par le jeu orgiaque du guitariste hirsute. Les Red Hot sont un groupe populaire, à peine moins aimés qu’Indochine, c’est dire. Trois générations d’ados boutonneux ont grandis avec eux. Sur les étagères Ikea, à monter soi-même, c’est plus rigolo, chaque foyer un peu branché a posé un ou plusieurs albums des poivrons californiens. Chaque fan a sa période préférée : les newbies s’éclatent les neurones avec Stadium Arcadium, les grincheux arrogants aspirent la fumée sur Mother’s Milk, les autres passent l’aspirateur avec By The Way. Et ceux qui n’aiment pas les Red Hot ? Ceux-là se tripotent sur les accords métalliques de One Hot Minute. Un seul album fait l’unanimité chez les ploucs, les branchés, les jeunes, les vieux, les hétéro, bi, tri, quadri, gentils et méchants fans. Une galette intemporelle, que Kiedis lui-même a qualifié d’ « œuvre sincère, belle et forte », avant de retourner se shooter à l’ozone.
Cet album, c’est, mais vous vous en doutiez un peu, le génialissime Blood Sugar Sex Magik.

En 1990, les Red Hot en ont marre. Six ans après des débuts tonitruants, leur carrière ne décolle pas vraiment. Imparable en concert, le groupe patine sur album. Red Hot Chili Peppers, Freaky Styley et The Uplift Mofo Party Plan sont lourdingues, plombés par une production hors-sujet, et des compos parfois faiblardes. Le petit dernier, Mother’s Milk, s’est classé 52ème dans les charts US. C’est mieux, mais Le Son leur échappe encore. La trip funky trash déjantée, tatouée, bodybuildée et grimaçante tourne à vide. Le slap de taré de Flea dévore tout l’espace. Et Kiedis n’ose toujours pas chanter. Il est temps de réagir.

Pour leur cinquième album, les RHCP signent chez Warner, et font appel au terrible Rick Rubin, aussi barbu que producteur. Ce mec est malin, il a fondé Def Jam Records (label sur lequel les Red Hot ont refusé de signer en quittant EMI), et a bossé avec Slayer, les Beastie Boys et Public Enemy. Le carton de la reprise de Walk This Way par Aerosmith, et Run DMC, c’est lui. Rubin met tout le monde à l’aise. Pas question de lécher la moquette d’un studio hype, et d’accumuler les séances un chronomètre en main. Ce qu’il faut au groupe, c’est de la sé-ré-ni-té. Kiedis a arrêté l’héroïne et joue les pères-la-vertu. Frusciante et Flea tirent la tronche. Chad Smith s’en fout, il a sa moto.
Pour remettre tout ce petit monde en selle, il a l’idée foutrement géniale de louer The Mansion, une villa cossue sur les collines d’Hollywood, et d’en faire son quartier général. Il débarque avec tout son matériel et recrute Brendan O’Brien, un ingé son sympa et doué. Le groupe pose également ses valises entre les murs blancs du bâtiment. Le trip, c’est de vivre là pendant deux mois, sans contact avec le reste de l’Amérique. Les copines, les dealers, les groupies, les potes et les casses-couilles restent (presque) à la porte. Seul Chad Smith refuse de s’enfermer dans une baraque qui, paraît-il, est hantée. Chochotte, Chad ? Ça sent plutôt l’excuse pour éviter les papouilles avec ses partenaires. Après le boulot, le batteur rentre donc chez lui, pour décapsuler une bière et mater la télé. Il s’en fout, il a sa moto.

L’histoire de fantôme n’est pas la seule qui court sur la villa Mansion. Les Beatles y auraient pris des acides, et Jimi Hendrix y aurait été gay (l’inverse est plus plausible). Pour accoucher d’un chef-d’œuvre, les Red Hot Chili Peppers changent leur méthode de travail. Fini la dictature du groove à fond de train. Les poivrons mettent le pied sur le frein, et apprennent à maîtriser le silence, la nuance, bref, à composer des chansons. Flea, fraîchement divorcé et converti aux délices du cannabis, calme son jeu hystérique, et pose les fondations du renouveau. Paradoxalement, le son des RHCP gagne en puissance et en rondeur. Chad Smith se met au diapason du bassiste, et cogne à la perfection. Anthony Kiedis assume enfin son statut, et pousse la chansonnette sur quelques ballades. John Frusciante, enfin, fait des merveilles, avec son jeu tranchant et épuré.
Lorsque le groupe sèche sur un morceau, Flea et John se font face, et se défient du regard. Ensuite ils s’isolent, et cherchent le gimmick qui va assurer un max. Confrontation. Le groupe choisit la meilleure idée, tout le monde s’embrasse, et hop, on franchit l’obstacle. Voila un procédé très théâtral, mais qui fonctionne. La sauce (épicée) prend, et tout le monde respire, conscient qu’il se passe un truc.

L’enregistrement commence. Gavin Bowden débarque avec sa caméra, pour immortaliser deux mois d’immersion créative. Il sait se fondre dans le décor, et capter l’esprit communautaire des sessions. Le résultat sortira sous le nom de Funky Monks, un documentaire en noir et blanc entrecoupé d’interviews, à déguster sans modération. Les pièces de l’immense bâtisse ont été aménagées en studio d’enregistrement, et le groupe met en boîte une vingtaine de titres. Trois d’entre eux resteront dans les cartons du groupe, avant de sortir en face B ou en inédit : Soul To Squeeze, Sikamikaniko et Fela’s Cock. L’album comportera au total 17 titres, et sonnera très live, porté par une rythmique et une basse colossales. Rien à voir avec le son aseptisé des précédents LP. Les guitares sont cristallines. Le chant a été enregistré dans une vaste chambre, et Kiedis a pu sculpter ses vocalises en père peinard, raccordé à la console de Rick Rubin par un long câble, qui traverse toute la villa. Le résultat est limpide.
Deux titres sortent finalement du lot. Give It Away, un rock funk musclé, porté par un éclair de génie de Flea, et Under The Bridge, une ballade douce amère, sur laquelle Anthony Kiedis crève l’abcès de sa dépendance à l’héroïne. Un titre pour faire la fête, et un autre pour emballer les meufs. Il n’en fallait pas plus pour faire des RHCP le méga super groupe de stade que l’on connaît aujourd’hui. Le reste de l’album se place très au-dessus de la concurrence, avec une mention particulière pour Breaking The Girl et Suck My Kiss. On trouve également quelques groove puissants à la… Red Hot (Power Of Equality, The Righteous & The Wicked, Blood Sugar Sex Magik), des groove vicieux à la Sly Stone (If You Have To Ask, Funky Monks, Sir Psycho Sexy), un groove romantique (I Could Have Lied, inspiré par Sinead O’Connor) et un groove crétin (The Greeting Song, détesté par Kiedis). L’album s’achève sur une reprise de Robert Johnson (They’re Red Hot), enregistrée live la nuit, sur une colline d’Hollywood. Les Red Hot Chili Peppers auront bien du mal à faire mieux, et reviendront hanter The Mansion 15 ans plus tard, pour mettre en boîte leur album Stadium Arcadium.

Sorti le 24 septembre 1991, Blood Sugar Sex Magik se vendra à plus de 12 millions d’exemplaires sur la planète Terre. La tournée qui suivra sera triomphale, mais sonnera le glas d’une époque. En 1992, les Red Hot Chili Peppers perdront leur guitariste emblématique, et ne le retrouveront que six ans plus tard, pour l’album du renouveau.



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Tracklisting :
 
1. The Power of Equality (4’03’’)
2. If You Have to Ask (3’37’’)
3. Breaking the Girl (4’55’’)
4. Funky Monks (5’23’’)
5. Suck My Kiss (3’37’’)
6. I Could Have Lied (4’04’’)
7. Mellowship Slinky in B Major (4’00’’)
8. The Righteous & The Wicked (4’08’’)
9. Give It Away (4’43’’)
10. Blood Sugar Sex Magik (4’31’’)
11. Under the Bridge (4’24’’)
12. Naked in the Rain (4’26’’)
13. Apache Rose Peacock (4’42’’)
14. The Greeting Song (3’14’’)
15. My Lovely Man (4’39’’)
16. Sir Psycho Sexy (8’17’’)
17. They’re Red Hot (1’12’’)
 
Durée totale :73’55’’