Portraits
Bob Dylan - Part I - Busy Being Born

Bob Dylan - Part I - Busy Being Born

par Béatrice le 4 septembre 2007

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 No Limit

« Comment ? » Tsss. Depuis quand une question aussi triviale est-elle capable d’arrêter Bob Dylan, l’homme que rien ne ralentit jamais dès qu’il a une idée (même floue) en tête ? Bob Dylan ne se demande pas « comment ? ». Il fait, c’est tout. En l’occurrence, l’équation n’est même pas difficile à résoudre : les Anglais ont ressuscité le rock. La fée Électricité est revenue répandre sa fièvre. Ceux qui reprennent du folk sans prendre le temps de débrancher leurs guitares s’en sortent bien. Tout pape du folk désirant subsister n’a donc qu’une seule chose à faire : électrifier son folk. Bob Dylan fait du folk et Bob Dylan ne veut pas s’éteindre : Bob Dylan va donc se brancher. Ce n’est pas plus compliqué que ça. En janvier 1965, il s’approprie une nouvelle fois un studio de Columbia, redemande Tom Wilson aux manettes, et, parce qu’il ne peut pas faire de l’électricité tout seul, il recrute un groupe – Al Gorgoni, Kenneth Rankin et Bruce Langhorne pour les guitares, Paul Griffin pour le piano, Jospeh Macho Jr. Et William E. Lee pour les basses, et Bobby Gregg pour la batterie. Quant à la matière, il en a, il a passé l’année à fumer et à boire en tambourinant sur les touches de sa machine à écrire, construisant des monuments de poésie surréaliste et métaphorique, beaucoup plus élliptiques et durs à décrypter que tout ce qu’il avait pu écrire auparavant, qui s’appellent It’s Alright, Ma (I’m Only Bleeding), Gates Of Eden ou If You Gotta Go, Go Now.

Mais comme les premières tentatives de Bob Dylan et Tom Wilson pour apprivoiser les volts et les ampères ne se sont pas révélées très fructueuses (un House Of The Rising Sun acoustique doublé d’instrumentation rock’n’roll pas franchement réussi), les deux compères décident de commencer doucement. La première session, le 13 janvier 1965, se fera sans le groupe, sans les volts et sans les ampères. Ils enregistrent dix chansons, qui seront presque toutes rejetées de l’album final – il faut bien s’échauffer.

Le lendemain, les choses sérieuses commencent, puisque pour la première fois ou presque, Dylan a un groupe à gérer. Et pour tout dire, il ne le gère pas très bien : toujours aussi indiscipliné, il a une forte tendance à se mettre à jouer une chanson sans prévenir et à laisser le groupe se débrouiller pour suivre sans donner la moindre indication. Ca aurait pu donner un résultat monstrueusement bordélique, mais, miraculeusement, ça marche : le groupe suit, plutôt bien que mal, les divagations et les caprices du chanteurs, et la première chanson, Maggie’s Farm, ne nécessitera qu’une seule prise. Il ne faudra qu’un jour de plus pour achever l’enregistrement de Bringing It All Back Home, cinquième album de Dylan en trois ans (il est toujours bon de rappeler le rythme effréné auquel le bonhomme travaille et évolue, afin de donner un peu le tournis au lecteur et de perturber sa perception du temps qui passe). Une face électrique, qui démarre en trombe avec le surréalisme de Subterranean Homesick Blues, une face acoustique comprenant notamment un morceau de bravoure de sept minutes de textes, It’s Alright, Ma (I’m Only Bleeding), et le tour est joué.

L’album sort le 22 mars, et, preuve que Bob Dylan a vu juste, dépasse en chiffre de ventes tout ses précédents. Un mois plus tard, le chanteur au sommet de sa popularité atterrit en Angleterre, suivi par la caméra de D. A. Pennebaker qui a gagné le droit de réaliser un documentaire sur la tournée avec, en supplément, un petit clip pour le single Subterranean Homesick Blues – les deux ont, au passage, été réédités cette année, le documentaire en DVD, le clip en flip-book, le tout dans un beau coffret intitulé Don’t Look Back (comme le documentaire, ce qui est surprenant !). Peut-être pour ne pas se passer d’une présence désormais familière, peut-être parce qu’elle l’avait demandé, Bob Dylan a amené Joan Baez avec lui. Sans doute espère-t-elle que, maintenant qu’il est plus célèbre qu’elle, il lui rendra la monnaie de sa pièce et la laissera monter sur scène pour la présenter à l’Angleterre. Mais il n’en fera rien. C’est sa tournée, c’est son triomphe, il ne veut pas les partager et, même si Dylan joue encore de la guitare acoustique sur scène, Joan Baez restera en coulisse, avec son folk d’un autre âge... Il ne le lui a pas encore dit, et il ne l’a pas encore dit à sa guitare acoustique non plus, mais il va falloir qu’elles se préparent car, fidèle à lui-même, leur cher Bob ne va pas tarder à leur faire ses adieux, et à leur tourner le dos.

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