Portraits
Bob Dylan - Part II - Fucking Star System

Bob Dylan - Part II - Fucking Star System

par Giom, Milner le 11 septembre 2007

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Début 66, le groupe continue sa tournée en passant par l’Europe. Le décorum des concerts est constitué d’un grand drapeau américain devant lequel le groupe joue. Les britanniques qui avaient réservé un accueil plus que favorable à Dylan l’année suivante, l’agressent encore plus que ses compatriotes cette fois-ci. Un maître d’hôtel où loge Dylan l’injurie et l’accuse d’avoir trahi les idéaux du folk et va jusqu’à blesser l’un de ses gardes du corps avec un couteau ! Sur scène, les choses ne se passent pas beaucoup mieux comme en témoigne le célèbre bootleg The Royal Albert Hall Concert qui est en fait un enregistrement du concert donné à Manchester. Si la première partie du concert se fait sans heurts, Dylan y déclinant des titres acoustiques et les morceaux les plus « folk » de son nouveau répertoire (Visions Of Johanna, Desolation Row, Just Like A Woman). La seconde est en revanche apocalyptique. Avant le démarrage en trombe de Like A Rolling Stone, on entend un membre du public interpeller Dylan : « Judas ! ». Dylan réplique « I don’t believe you ! You’re a liar » et ordonne à son groupe de jouer « fuckin’ loud ». La version de Like A Rolling Stone qui suit est en effet dantesque et mérite l’écoute tant Dylan fait chanter sa chaire et son groupe le soutient d’un seul homme. Un véritable coup de force et une preuve de cohérence parfaite entre un artiste et ses musiciens à un moment de mise en danger artistique remarquable. Dylan déclarait à cette époque à propos du Band : « Mes chansons sont des images et le Band fabrique le son de ses images. ». Comme toujours, il n’avait pas tort.

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La pochette floue de Blonde on Blonde

Chose incroyable, un septième album de Dylan sort le 16 mai 1966. « Mais comment a-t-il trouvé le temps de l’enregistrer ? » vous demandez-vous à juste titre. Sachant qu’en plus ce Blonde On Blonde est le premier double album de l’histoire du rock, présentant plus d’une heure dix de musique. Dylan l’a en effet enregistré en parallèle de sa tournée en deux temps, une partie à New York avec les musiciens du Band et une autre à Nashville avec Al Kooper et d’autres musiciens de session. L’album est une nouvelle fois très bien accueilli, preuve, que le public de Dylan a changé mais qu’il reste très important. On a beaucoup écrit sur Blonde On Blonde, considéré par beaucoup comme l’œuvre majeure de Bob Dylan et qui conclut en effet brillamment la trilogie électrique de l’artiste. Cet album s’impose en tout cas comme une déclaration d’indépendance totale alors que ses anciens fans de la période folk lui reprochaient de s’être vendu aux sirènes commerciales du rock. Ici, tous les styles sont présents, traités avec une même aisance par le Zimm’. Pop, rock, folk et blues se côtoient en effet en une joyeuse euphorie musicale symbolisée par la musique de fanfare du titre d’ouverture, Rainy Day Woman #12 & 35, où le Zimm’ martèle l’adage suivant qui va marquer son époque : « Everybody must get stoned ». Lui l’était sûrement en permanence et produit une œuvre géniale où les innovations formelles ne manquent pas... Le titre final, Sad Eyed Lady Of The Lowlands occupe par exemple entièrement la seconde face du deuxième disque. La pochette a aussi de quoi étonner puisqu’elle montre un portrait de Dylan complètement flou où ne sont indiqués ni le titre de l’album, ni le nom de l’artiste. Voilà de beaux symboles d’indépendance artistique qui montrent également que Dylan n’est vraiment jamais là où on l’attend, mais qu’il ne disparaît jamais vraiment également. Le propre des grands artistes en somme. Concernant les textes, le côté surréaliste de Highway 61 Revisited disparaît légèrement et Dylan propose davantage une description impressionniste de son univers immédiat comme nous l’avons vu pour Just Like A Woman ou Leopard-Skin Pill-Box Hat qui se retrouvent sur cet album. Le très beau Visions Of Johanna pourrait également faire coïncider les images de Mona Lisa (revue ou pas par Duchamp) et de Joan Baez. Enfin, rien ne reste très simple à décrypter chez Dylan puisqu’un morceau pop comme I Want You conserve une grande part d’hermétisme entre appel probable à l’héroïne et évocations de personnages dylanesques sans doute métaphoriques. Une chose est sûre, cet album terminera un jour parmi la liste des incontournables de notre site, donc, inutile de se lancer dans une analyse titre par titre maintenant.

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Dylan fatigué !

« J’allais à une vitesse folle à l’époque de Blonde On Blonde ». On veut bien croire l’artiste surtout que sa tournée ne semble jamais s’arrêter et malgré les produits illicites, Dylan commence à fatiguer. Au concert parisien, Dylan est excédé par les réactions du public et lui balance : « J’ai autant envie que vous de rentrer chez moi. Vous n’auriez pas un journal à lire pour vous occuper. ». Dylan finit bien par rentrer chez lui à l’été 66 mais il apprend à son retour qu’une soixantaine de dates sont à nouveau programmées aux States pour promouvoir ce fameux Blonde On Blonde. Exténué, Dylan termine cette folle épopée de manière presque tragique le 25 juillet 1966. Alors qu’il fait de la moto dans les environs de Woodstock, Dylan est soudain aveuglé par le soleil. Pris de panique, il freine brusquement et passe par-dessus son véhicule. Heureusement sa femme le suivait en voiture et peut organiser le rapatriement de son mari chez lui pour qu’il soit soigné. Alors que les rumeurs persistent sur son état catastrophique, Dylan annule toutes les dates de concert à venir et reste à Woostock afin de se reposer de ces derniers mois éprouvants... pour un moment.



[1Sources :

Livres :

  • Dylan B., Chroniques (volume 1), Paris, Fayard, 2005.
  • Ducray F., Manœuvre P., Muller H., Vassal J., Dylan, Paris, Albin Michel, coll. « Rock & Folk », 1978.
  • Shepard S., Rolling Thunder : Sur La Route Avec Bob Dylan, Paris, Naïve, 2005.
  • Vanot S., Bob Dylan, Paris, Librio, coll. : « Musique », 2001.
  • Gill A., Bob Dylan 1962-69 : L’Intégrale Des Années 60, Paris, Hors Collection, 1999.
  • Shelton R., Bob Dylan : Sa Vie Et Sa Musique, Paris, Albin Michel, coll. « Rock & Folk » 1987.

Film :

Scorsese M., No Direction Home : Bob Dylan, Paramount Home Entertainment, 2005.

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