Portraits
Bob Dylan - Part III - Faith, Doubt And Mercy

Bob Dylan - Part III - Faith, Doubt And Mercy

par Aurélien Noyer le 17 septembre 2007

Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article Envoyer l'article par mail
JPEG - 10.6 ko
Pochette de l’album Saved, version 1...

Imaginant surfer sans effort sur la réussite de ce dernier, il reconstitue l’équipe gagnante... enfin, presque. Jerry Wexler est toujours à la production, on retrouve la choriste fétiche (et maîtresse) de Dylan, Carolyn Dennis et le bassiste Tim Drummond, mais Mark Knopfler s’en est allé, emportant avec lui le batteur Pick Withers. Mais visiblement, Dylan n’en a cure. Après tout, ce qui a fait le succès de l’album, c’est lui et sa foi en Jésus, non ? Alors autant en remettre une couche avec un album nommé Saved (rien que le titre résume tout). Donc, ce n’est pas une surprise, les textes sont sans intérêt. Ils sont tellement dénués d’originalité que même un fervent chrétien n’y trouverait aucun attrait. Les titres parlent d’eux-mêmes : Saved, Solid Rock, In The Garden, Saving Grace ou Are You Ready ? (vers-type : "Are you ready to meet Jesus ?). Dieu et la religion ont déjà été chanté des milliers de fois dans l’Histoire de la musique populaire ; la country, le gospel et la soul ont été nourris de l’influence de la religion. Et la version qu’en donne Dylan ne correspond pas à celle d’un Johnny Cash qui, dans ses chansons, fait ressortir sa foi au travers de ses expériences personnelles. La version de Dylan semble plutôt sortir d’une brochure de la Vineyard Fellowship. Pour l’implication et l’expérience personnelle, on repassera...

JPEG - 9.3 ko
et version 2.

Et alors que sur le précédent album, la musique réussissait à sauver les meubles, elle est ici monolithique, laborieuse et pompeuse. Est-ce parce que Knopfler et ses arrangements ne sont plus là pour ajouter un peu de relief aux compositions ? Est-ce parce que Dylan s’est contenté de composer ses mélodies à la va-vite, pressé de pouvoir y poser ses (saintes) paroles dessus ? Toujours est-il qu’à l’écoute de l’album, on a l’impression d’entendre Dylan tentant d’imiter un pasteur noir en plein sermon. Et ce qui marche pour un baryton haranguant la foule avec le soutien d’un choeur n’est pas forcément efficace pour un petit blanc avec une voix aussi particulière que celle de Dylan. Et il a beau prétendre que Tim Drummond (basse) et Jim Keltner (batterie) sont « la meilleure section rythmique que Dieu ait inventé », ça n’empêche pas l’album d’être raté. A sa sortie le 23 juin 1980 (moins d’un an après Slow Train Coming), il se fait copieusement éreinté par la critique et les ventes chutent. D’ailleurs, la pochette originale représentant la main de Dieu venant toucher les mains des fidèles sera refusée par le label craignant s’aliéner le public non chrétien.

Dylan arrête alors les concerts pour quelques mois et prend des vacances aux Caraïbes, c’est là qu’il écrira sa première chanson profane depuis longtemps, la bien-nommée Caribbean Wind. Et visiblement l’inspiration profane est au rendez-vous puisqu’il écrit également une chanson-hommage à l’humoriste trash Lenny Bruce. Il rentre donc en studio avec ses musiciens habituels, mais décide de laisser de côté ses tendances gospel et son trip Muscle Shoals et opte donc pour Los Angeles. Aidé de Chuck Plotkin, collaborateur de Bruce Springsteen, il veut se mettre un peu au goût du jour. Mais malgré ses bonnes intentions, il n’est visiblement pas prêt. Il tente d’enregistrer Caribbean Wind mais n’arrive pas à cerner la chanson, à en tirer tout le potentiel qu’elle récèle. Et bien vite se tourne vers les rengaines à la Property Of Jesus.

Résultat : Shot Of Love, globalement aussi mauvais que sa pochette criarde peut le laisser présumer, se fait descendre en flamme. Seule la chanson Every Grain Of Sand échappe au carnage. Bien que d’inspiration chrétienne, cette balade tranche radicalement avec les productions précédentes. Au lieu de vaticiner, il se pose en spectateur, regarde le monde, ses beautés et ses défauts et décrit ce qu’il voit avec une poésie qu’on ne lui connaissait plus depuis longtemps.

In the time of my confession, in the hour of my deepest need
When the pool of tears beneath my feet flood every newborn seed
There’s a dyin’ voice within me reaching out somewhere,
Toiling in the danger and in the morals of despair.

Il semblerait que pour la première fois, Dylan parvienne à faire preuve d’une foi sincère et à l’exprimer en une chanson. Encore que... On peut se demander si les images et expressions chrétiennes que contient la chanson ne sont pas un relicat de la période qui vient de s’écouler et que Every Grain Of Sand voit Dylan quitter Dieu pour revenir dans le Siècle. Cette dernière hypothèse est peut-être la plus probable tant Shot Of Love marque la fin de la période chrétienne. Dylan entre dans une nouvelle ère, mais celle qui commence ne sera hélas pas meilleure que la précédente.

 Infidel (to himself)

D’un point de vue humain, d’abord... Le début des années 80 est terrible pour Dylan : Lennon se fait assassiner fin 1980, Mike Bloomfield fait une overdose quelques mois plus tard, presque en même temps que Howard Alk, ami intime et de longue date qui se suicide par overdose dans les studios Rundown, propriété de Dylan. Un autre musicien chrétien Keith Green est victime d’un accident d’avion. Et pour couronner le tout, lors d’un concert à Avignon, un spectateur meurt électrocuté en tombant d’un pylône électrique et une autre spectatrice décède dans la cohue qui suit. Marqué par tous ces évènements, on ne compte aucune actualité Dylan en 1982. Du moins d’un point de vue professionnel... Même s’il a laissé tomber le christianisme, il n’en traverse pas moins une crise mystique qui le voit cette fois-ci revenir vers le judaïsme. Bien que d’origine juive, Dylan n’avait jamais été un fervent pratiquant. Mais on se souvient qu’au début des années 70, il avait assumé sa judaïté, puis avait suivi les cours d’un professeur de peinture juif, cours qui l’avait amené à modifier sa façon d’écrire et à enregistrer Blood On The Tracks.



[1Sources :

LIVRES

  • Heylin C., Dylan, Behind The Shades, Summit Books, 1991
  • Dylan B., Chroniques (volume 1), Fayard, 2005
  • Shelton R., Bob Dylan : Sa Vie Et Sa Musique, Albin Michel, coll. « Rock & Folk » 1987
  • Vanot S., Bob Dylan, Librio, coll. : « Musique », 2001.

SITES WEB

Répondre à cet article

modération a priori

Attention, votre message n'apparaîtra qu'après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom