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Bob Dylan - Part III - Faith, Doubt And Mercy

Bob Dylan - Part III - Faith, Doubt And Mercy

par Aurélien Noyer le 17 septembre 2007

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À aucun moment, Dylan n’aura annoncé publiquement son abandon de la foi chrétienne et son retour au judaïsme, mais le titre de l’album suivant ne laisse aucun doute : Infidels. Et Dylan va même jusqu’à inclure dans les photos intérieures du disques, une image de lui en pleine méditation devant le Mur des Lamentations à Jérusalem. Que la photo ait été prise bien des années plutôt à l’occasion de la bar-mitsva de son fils ne change d’ailleurs rien au message qu’elle véhicule.

Cependant, si d’un point de vue spirituel, le message est clair, il l’est beaucoup moins musicalement parlant. En effet, pour cet album, Dylan manque cruellement de perspectives. Il sait seulement qu’il veut sortir totalement de ses influences gospel et se remettre au goût du jour. Pour cela, il cherche le soutien de ses amis stars. Il va ainsi demander à Frank Zappa, à Elvis Costello ou encore à David Bowie de produire son futur album. Il essuie un refus catégorique de chacun d’eux. Il se tourne alors vers un fidèle et s’adresse à Mark Knopfler. Ce dernier accepte et, bien qu’échaudé par les errements de la période chrétienne, semble convaincu par la volonté de Dylan de sonner moderne. Après tout, Dire Straits sera le premier groupe à enregistrer un album entièrement avec du matériel digital et que Knopfler est un vieil habitué des studios qui n’aime rien autant que les nouveaux sons et les nouvelles techniques d’enregistrement.

Il ne reste plus qu’à trouver le reste des musiciens. Et Dylan n’hésite pas pour cela à réunir un casting de stars. Outre Alan Clark, clavier de Dire Straits amené par Knopfler, il réunit l’ancien Rolling Stones Mick Taylor et la légendaire section rythmique jamaïcaine, Sly Dunbar et Robbie Shakespeare. En soi, l’intention est très louable, seulement nous sommes dans les années 80, et cet album inaugure véritablement la mauvaise décennie dylanienne. Autant le son des premiers disques chrétiens pouvait sembler régressif (cette recherche du Muscle Shoals Sound), autant le son de Infidels reprend la tentative de modernisation annoncée sur Shot Of Love et la pousse à son paroxysme. Alors bien sûr, à la sortie de l’album, les critiques ont sans doute raison de s’enthousiasmer de voir Dylan revenu à des chansons plus en accord avec son personnage. Mais avec presque 25 ans de recul, il est bien difficile d’apprécier Dylan chantant à côté d’une caisse claire mixée beaucoup trop en avant, de la guitare soporifique de Knopfler (ce dernier est malheureusement beaucoup plus audible que Mick Taylor) et de son propre harmonica dont le son, autrefois agressif mais chargé d’émotions, s’est considérablement édulcoré au point qu’il pourrait sortir d’un synthé, ça ne ferait pas une grosse différence.

Bien qu’il soit crédité au côté de Mark Knopfler en tant que producteur, il est clair qu’il n’a que peu participer au travail de production. D’ailleurs, Infidels est son premier album à être enregistré grâce à la technologie numérique. Et s’il se désintéresse de la production de l’album, il en est de même pour la promotion. Bien que l’album soit sorti en octobre 1983, Dylan n’apparaitra pas en public avant le 22 mars 1984 pour une prestation au talk-show Late Night with David Letterman assez catastrophique. Le groupe de musiciens post-punk qui l’accompagne rame tout au long des 3 morceaux (il n’a même pas répété avec eux), et au milieu de la 3e chanson, Jokerman, Dylan se rend compte que son harmonica n’est pas dans la bonne tonalité et quitte le plateau à la recherche de l’harmonica adéquat, laissant son « groupe » jouer le riff en boucle.

En outre, l’ère MTV a commencé et, alors qu’il avait annoncé que ses clips seraient à la limite de l’expérimental, ceux de Jokerman et Sweetheart Like You n’ont clairement rien de révolutionnaire et ne sortent pas vraiment du format d’une MTV encore jeune mais déjà influente. Mais qu’à cela ne tienne, on ne lui demande plus de sortir du rang, c’est tout juste si on espère qu’il n’entache pas trop son oeuvre avec des albums atroces ou des versions indignes de ses classiques. Aussi fait-on un peu la moue lorsque sort Real Live, un album live (comme son nom l’indique) enregistré lors de la tournée consécutive à Infidels au cours de l’été 1984. Mick Taylor est de retour, Ian McLagan (ex-Small Faces) a été recruté aux claviers. Curieusement, alors que le début des années 80 était marqué par son refus de jouer ses anciens morceaux, on retrouve sur ce disque une majorité des titres des années 60 (Masters Of War, Highway 61 Revisited, Girl From The North Country, etc...), un titre des années 70 (Tangled Up In Blue) et seulement deux titres de Infidels, histoire de rappeler rapidement que la tournée était sensé promouvoir l’album précédent. D’ailleurs, quoique les critiques aient pu dire sur un éventuel retour de Dylan avec Infidels, leurs théories ne tiennent absolumenent pas la route à l’écoute de ce live. Bien qu’elles aient connu des jours et des arrangements meilleurs, les vieilles chansons de Dylan tiennent infiniment mieux la route que ses nouvelles compositions.



[1Sources :

LIVRES

  • Heylin C., Dylan, Behind The Shades, Summit Books, 1991
  • Dylan B., Chroniques (volume 1), Fayard, 2005
  • Shelton R., Bob Dylan : Sa Vie Et Sa Musique, Albin Michel, coll. « Rock & Folk » 1987
  • Vanot S., Bob Dylan, Librio, coll. : « Musique », 2001.

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