Concerts
Eurockéennes de Belfort 2006 (18ème édition)

Belfort

Eurockéennes de Belfort 2006 (18ème édition)

Du 30 juin au 2 juillet 2006

par Béatrice le 11 juillet 2006

Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article Envoyer l'article par mail

 Samedi 1er juillet

Il fait toujours beau, et chaud, sur la presqu’île, et on retrouve le site quasiment inchangé - mis à part l’herbe qui a un peu souffert, quand il en reste. Direction le Chapiteau, où doit avoir lieu le set des Hushpuppies, un groupe français qui aurait tellement aimé être anglais que non content d’honorer le Swinging London et le garage rock sixties dans toute sa gloire, des Kinks aux Who, il va jusqu’à utiliser la langue de Shakespeare pour s’adresser à ses fans lors des dédicaces. Entre les chansons par contre, le chanteur aux allures de dandy revient à Molière, pour des interventions pas toujours franchement pertinentes ni tout à fait nécessaires. Si on ne l’écoute pas trop parler (lui visiblement s’écoute un peu trop), le concert s’avère pleinement réjouissant. C’est léger, efficace, sympathique, ça ne casse pas cinq pattes à un mouton mais ça met gentiment dans l’ambiance pour une longue journée de musique. Costumes et instruments d’époque (ou presque) et reprise de I’m Not Like Everybody Else des Kinks (pas transcendante, mais on ne va pas bouder le plaisir d’entendre ce morceau), on n’est pas en 65 mais on s’y croirait presque.

Ceci fait, on entreprend de s’éloigner autant que possible de la Grande Scène qui attend Enhancer, parce que c’est pas qu’à B-Side le neo-métal n’est pas notre verre de bière, mais un peu quand même. Et puis de toute façon, même de loin, on entend quand même, et ça ne donne pas vraiment envie de se rapprocher (ça fait du bruit, le neo-metal, quand même). Coup de chance, sur la Plage se prépare un set de “pop folk” orchestrée. Troisième à passer à la moulinette de l’accompagnement par un orchestre, le Danois de Teitur arrive seul avec sa guitare et son piano et se lance dans un set de folk chaleureux et mélancolique - ponctué entre les chansons par des intermèdes on ne peut plus à propos de beuglements néo-métalliques qui ne font bien évidemment que renforcer la beauté délicate des arrangements joués par les jeunes musiciens de l’orchestre de Dole qui ont rejoint le songwriter. Le public approuve ce paisible oasis de douceur mélodique, ces petites histoires de cœurs brisés et de solitude romancée et ces comptines à écouter sous la pluie ou au coin du feu en hiver, mais qui font aussi leur petit effet les pied dans du sable chauffé par le soleil du premier jour de juillet.

Puis à 20h, glissement vers la Grande Scène, qui attire encore relativement peu de monde, pour assister à la performance de Morrissey.

JPEG - 13.5 ko
Morrissey

Indéféctiblement sûr de son charme et de son charisme, l’ancien leader des Smiths débarque sur scène en lançant un “God Bless God ! Vive la France !” puis envoie Irish Blood English Heart et How Soon Is Now avec la classe et la nonchalance qui le caractérise. Tout de noir vêtu et accompagné de musiciens en costumes bruns et blancs, la chaleur dont il s’étonne ne l’empèche pas de se pavaner et de se lancer dans d’étrange “danses” avec le fil de son micro qu’il envoie valser dans toutes les directions. Prenant des poses de crooner pour clamer “Because I’m born, born, born” ou “You have killed me” (cet homme a décidément tout vécu), ou encore pour honorer son passé de quelques reprises des Smiths devant une batterie et une guitare aux couleurs de l’Italie, le chanteur ne perd à aucun moment sa présence et son charisme et délivre un show impeccable de bout en bout.

On traîne ensuite des pieds pendant une bonne heure, observant de loin les footeux massés devant un minuscule écran qui diffuse le match en prêtant une oreille distraite à Camille qui, accompagnée par les Pascals, un orchestre nippon, chante qu’elle va prendre notre douleur en Japonais et saute de joie à l’annonce du but français. Sa performance sonne aussi efficace et surfaite que ses titres studios, on ne se plonge donc pas dans la foule compacte pour tenter de se rapprocher (quand bien même ce serait une erreur). Vers 22h on marche jusqu’à la Grande Scène, où débute le concert de la plus grosse tête d’affiche de l’édition, Depeche Mode. La nuit est tombée et le décor a bien changé depuis qu’on l’a quittée après le concert de Morrissey, et il est maintenant absolument vain de tenter de se rapprocher, ne serait-ce que très vaguement, de la scène. Le décor n’a pas grand chose à envier de celui de Daft Punk la veille : trois immenses synthés argentés décorés de petites loupiotes mauves, à l’aspect futuriste ; et même si cette fois les musiciens ne sont pas en conserve, la spectacle est à peine plus humain. Des lignes de basses synthétiques et des notes de claviers enrobés de fioritures électroniques annihilent presque tout embryon de mélodies et de chant, et l’association de l’éclairage gris-bleu qui tombe sur la mer de visages, des images inquiétantes projetées sur les écrans géants et des poses christiques de Dava Gahan évoque vaguement une messe païenne et totalitaire tenue au lendemain d’une apocalypse ratée. Mais cette impression, qui donnait au moins au groupe le mérite de créer une ambiance, ne se prolonge guère et la vague angoisse a tôt fait de se muer en ennui profond face à cette performance froide et artificielle.

On se dirige donc vers la Loggia, où une poignée de personnes attendent la venue de doux-dingues d’Animal Collective - qui vont souffrir autant de la concurrence de Katerine que d’un son médiocre (voire quasi insupportable dans les premiers rangs). Si on s’éloigne suffisamment de la scène, l’ensemble devient plus facilement audible - tout en restant difficile d’accès. A quatre sur une petite scène et presque sans aucun artifice, ils réussissent avec brio à créer un climat déconcertant et une ambiance bizarre qui donnent l’impression d’être passé dans une autre dimension sonique. On peut toutefois regretter qu’un concert de ce type, assez exigeant pour l’auditeur qui doit fournir un effort d’adaptation face à cette musique inhabituelle, n’ait pas été programmé un peu plus tôt dans la soirée, à une heure où personne ne songe encore à se laisser sombrer dans les bras de Morphée.



Répondre à cet article

modération a priori

Attention, votre message n'apparaîtra qu'après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom