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Roger Waters (Dark Side Of The Moon - Live)

Magny-Cours

Roger Waters (Dark Side Of The Moon - Live)

Le 14 juillet 2006

par Psychedd le 25 juillet 2006

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Entre 21h et 21h30, il ne va rien se passer de palpitant : Arnold nous quitte pour aller se poster devant la scène, le petit veinard ! J’appelle Jujufloyd pour savoir où il se trouve. Il nous indique sa position à l’aide d’une étoffe orange appartenant à Astronomy-Domine. Soudain, je réalise que j’ai oublié les ballons pour Syd. Ça me navre. Profondément. Commence alors une lente remontée à travers le public qui devient de plus en plus compact. Sur notre passage fusent insultes et phrases assassines. Je m’en veux un peu, mais nous devons rejoindre quelqu’un, pour de vrai... Et quand tous nos mouvements deviennent impossibles, nous nous retrouvons tous les trois en plein milieu et suffisamment proches pour apercevoir certains détails sur la scène. À côté de moi, un Anglais complètement excité se prend d’affection pour moi : il veut ab-so-lu-ment me donner un sandwich. En voyant son pain détrempé et particulièrement peu attrayant, je décline poliment l’offre... Il me parle d’une recette inédite à partir de salade et de mayo, je garde un sourire poli scotché sur le visage et je m’accroche discrètement a mon barbu. Où je suis tombée encore ? Les watersiens sont vraiment des gens étranges ! Entre temps, la pluie s’est arrêtée et la chaleur commence à retomber. Je me sens toute bizarre et je m’écouterai, je ferai bien un petit somme... L’attente devient insoutenable et je me demande réellement ce que ça va donner. C’est bien le moment de s’inquiéter, surtout que le concert va débuter d’un instant à l’autre...

 Roger Waters

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© B-Side Rock, Arnold

D’une ponctualité exemplaire, Roger Waters apparaît sur scène à 21h30 et ma première pensée est à peu près celle-ci : « Ouah ! Il est bien conservé le papy ! ». Car tout de suite, Waters en impose et me fait une très forte impression. Après quelques mots en français (qu’il parle fort bien !), il attaque dur : « Einz, Zwei, Drei ! » et soudain, c’est un In The Flesh pêchu et violent qui vient me frapper en pleine face. Premier aller retour de la soirée, un sourire se pointe sur mes lèvres et s’agrandit très vite. Ce soir là, cette chanson prend une autre dimension pour moi. Peut-être parce que je suis une grave malade psychopate qui a besoin de donner une interprétation métaphysique à tout, je me dis que le surrogate band dont parle le morceau correspond parfaitement à ce que nous allons entendre ce soir : ça joue du Floyd, ça ressemble à du Floyd, il y a même des vrais Floyd dedans, mais ce n’est pas vraiment le Floyd ! Quoiqu’il en soit, le groupe joue très bien et de manière fidèle. J’avoue que j’ose une rapide comparaison avec le concert de Gilmour en mars. Premier constat : niveau présence scénique, j’avoue préférer nettement Waters. Second constat : pourquoi comparer ce qui est incomparable ? Entre un concert plutôt intimiste et une prestation en plein air, il y a forcément un fossé infranchissable. J’attends de voir la suite pour confirmer cette première impression positive...

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In The Flesh
© B-Side Rock, Arnold

Et la suite s’annonce bonne, très bonne, extrêmement bonne ! Sur Mother, l’une des choristes vient chanter le refrain. Absolument charmante, je dois bien l’avouer ! Et quand Roger demande : « Mother should I trust the governement ? », une partie du public hurle : « Nooooon ! ».Il paraît que c’est traditionnel de ses concerts, mais comme je découvre cela pour la première fois, ça me fait une drôle d’impression. Ma première grosse émotion se fait sur Set The Controls For The Heart Of The Sun : derrière les musiciens, le clip d’Arnold Layne est diffusé. Et bien que centré sur Roger, la vision de Syd Barrett me fait un drôle d’effet. Son fantôme semble planer au dessus de nous et je suis surprise que Waters n’ait encore rien dit.

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Mother
© B-Side Rock, Arnold

Quoiqu’il en soit, j’apprécie beaucoup cette version live, bien que ce ne soit pas un de mes morceaux préférés de Pink Floyd.

Arrive alors ZE claque. Au son de la nappe de claviers qui monte doucement, je sais que maintenant, c’est Shine On You Crazy Diamond. Je n’oublie pas que, pour Syd, les fans ont décidé de la reprendre en cœur et je me prépare à l’entonner avec toute la meilleure volonté du monde. Devant nous, les ballons de couleurs sortent de la foule comme des fleurs qui éclosent un jour de printemps. L’effet est saisissant et ma gorge se serre. Roger qui est en train de s’éponger le visage avec une serviette, ne le voit pas tout de suite, mais dès qu’il se retourne, il semble surpris et sourit avec un petit hochement de tête. Je crois sincèrement qu’il a compris. Je ne sais pas trop ce qui se passe, ça cafouille sévère sur le début et plusieurs parties sont zappées. Erreur ou oubli volontaire, je ne peux pas le dire. Tout ce que je sais, c’est qu’une fois de plus, des images de Syd sont projetées sur l’écran géant. Mes larmes montent... Et au moment crucial, quand le morceau décolle vraiment, tous les ballons sont jetés en l’air. Ma gorge se noue et je commence à chialer franchement. Je suis peut-être trop émotive, mais qu’est ce que ça fait du bien ! Ah les cons ! Ils m’ont bien eue avec cet hommage d’un style particulier, si bien que quand le chant commence, ma voix n’est plus qu’un filet étranglé et secoué de sanglots du plus moche effet. Le petit frère de Cédric se retourne vers moi et me regarde comme si je venais d’une autre planète. Je jette un coup d’œil circulaire pour m’apercevoir que je dois bien être la seule à chialer comme une idiote pour quelqu’un que je ne connaissais pas. Tant pis, ce moment est trop beau, et pour rien au monde je voudrais qu’il ne s’arrête. Le cher grand échalas imberbe semble aussi ému que nous et assure très bien le chant de ce morceau particulièrement dur à interpréter. En tout cas, je prie pour qu’il fasse taire les rumeurs de play-back, parce qu’il est bien loin d’en faire, et je ne peux que le remercier que tout ne soit pas parfait, il n’en est que plus humain à mes yeux. Le jeune saxophoniste vient alors prendre le relais et se débrouille particulièrement bien.

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Shine On You Crazy Diamond
© B-Side Rock, Arnold

Je dois d’ailleurs dire que le groupe qui accompagne Waters ce soir là me bluffe particulièrement. Avec Snowy White (qui tournait dès 1977 avec le Floyd), je m’attendais à des démonstrations indigestes de technique. Pareil pour le guitariste à ses côtés. Avec ses allures de guitar-hero aux longs cheveux qu’il remue dans le vent, je crois l’espace d’un instant que ça va être la catastrophe. Comme on est mauvaise langue parfois ! Certes Snowy White fait de beaux pains et a tendance à m’énerver pour cela, certes le guitariste Dave Kilminster a des attitudes du plus haut ridicule (oh oui, lève ton manche en faisant la grimace tout en secouant ta crinière !), ils restent pourtant attachés aux versions originales. À la demande de Waters qui à son tour décide de faire dans le revival fidèle ? Je ne me plains pas de cette fidélité aux morceaux originaux, la seule chose qui leur manque tout de fois, est tout simplement le feeling de Gilmour qui restera toujours le meilleur pour interpréter la musique du groupe... Aux claviers, Jon Carin que j’avais découvert en mars fait encore des merveilles. Quel homme ! Quel talent ! Quelle classe ! Musicien moultitâche qui peut aussi bien chanter, faire de la slide, gratouiller une guitare et balancer des solos de clavier de la mort qui tue. En deux mots, je l’admire !

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Harry Waters
© B-Side Rock, Arnold

Plus discret, quoique passant difficilement inaperçu, à l’orgue Hammond se trouve Harry Waters (le fils de...), qui ressemble bien peu à son père niveau pilosité faciale. Ce que je retiens de lui : sa barbe et ses dreads qui font passer mon barbu pour un amateur. Le batteur est également impeccable et je me rendrai plus tard compte que sans lui, la seconde partie n’aurait pas été si bonne. Les trois choristes sont toutes plus belles les unes que les autres et font des merveilles. Discrètes mais efficaces, elles teintent le tout d’un peu de soul, sans que cela tombe dans des chœurs variétoches insupportables. Du grand art... Un troisième guitariste, Andy Fairweather Low, est très discret et doit crever de chaud dans son costume hyper classe avec cravate intégrée. Quant à Roger... Roger n’est pas un bassiste technique. Roger ne tricote pas comme un fou. Roger, dans son minimalisme est plus qu’efficace et bon. Mon pantalon en tremble et ma poitrine vibre au son rond et chaud de cette basse. Voilà pour le léger survol technique. Revenons au plus important, la musique...

Après Shine On... , il est très dur de reprendre mes esprits. L’émotion a même été si vive que je zappe Have A Cigar qui fut pourtant assez puissant. D’aussi loin que je me rappelle, je sais qu’au moment du « Oh by the way, which one’s Pink ? », je souris (toujours cette tendance maladive à tout analyser...). C’est alors que s’enchaîne tout naturellement Wish You Were Here. Roger s’approche du micro : « Toute la soirée c’est pour Syd, évidemment... Et spécialement cette chanson là. ». Aussi bizarre que cela puisse paraître, je ne ressens pas la même chose que pour Shine On. Certes, mon cœur se fait un peu plus gros et je chante, toujours pour Syd, mais ce morceau est trop intimement lié à des souvenirs personnels et heureux pour que j’y colle un sentiment de tristesse. Et n’est pas pour autant que je n’en profite pas. Quel morceau définitivement superbe ! Surtout que Roger livre une version, certes moins chargée en émotion, mais tellement plus juste qu’au Live 8.
C’est après que les choses se gâtent pour moi. Après la surprise et la légère déception de ne pas entendre la seconde partie de Shine On, les lumières se baissent un peu et Roger, qui a tombé la veste entre temps, empoigne sa guitare acoustique et vient s’asseoir sur un tabouret au milieu de la scène.

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The Fletcher Memorial Home
© B-Side Rock, Arnold

Ça sent The Final Cut à plein nez et mon intuition ne me trompe pas. Avec Southampton Dock, j’écoute, poliment, je patiente et je regrette soudain de ne pas m’être penchée plus en détail sur les paroles, qui doivent être excellentes. Parce que la musique... Sujet épineux chez Waters définitivement. C’est tout de même à ce moment que je me rends compte du nombre de fans qui apprécient cet album et j’en suis presque en train de rougir de ne pas avoir osé aller au-delà de mes idées reçues... Impression confirmée avec The Fletcher Memorial Home qui me plaît beaucoup et dont le film à l’arrière ne fait que rajouter à la sympathie que je commence à ressentir envers ce grand bonhomme sur scène. Son engagement n’est pas une simple façade, tout en lui respire l’honnêteté quant à ses idées politiques ou philosophiques. Je crois que c’est à ce moment que j’ai basculé du côté obscur de la force watersienne. Tous mes a priori se sont envolés pour faire place à une sincère admiration (sans fanattitude exagérée ceci dit). C’est à ce moment qu’Arnold et moi tentons de rentrer en communication pour qu’il vienne nous rejoindre. Note pour plus tard, abandonner le portable au profit de la télépathie... Entre les applaudissements, les cris et les morceaux qui reprennent (moins fort la musique !), je loupe le début de Perfect Sense, que je ne connais absolument pas. À ma gauche, s’élève soudain un astronaute gonflable qui rend la foule complètement dingue. C’est sa minute de gloire à cette baudruche, les flashs fusent (ben alors la sécurité ?!) et mon Anglais de tout à l’heure pousse des cris de joie derrière moi... Je suis tout de même contente de comprendre que cet astronaute n’est pas juste là pour faire beau, je reconnais la voix de HAL 9000 dans 2001 : l’Odyssée de l’Espace et j’en ai des sueurs froides (Hal 9000 est tout un symbole d’horreur et d’abomination pour moi !).

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Leaving Beiruth
© B-Side Rock, Arnold

Re-coup de fil à Arnold, re-manque de réseau, re-trop de bruit, re-raccrochage au moment où commence un autre morceau que je ne connais absolument pas. Sur l’écran géant, une BD est projetée. Leaving Beirut sonne aujourd’hui étrangement prémonitoire, comme si Roger avait pressenti tout cela il y a presque deux ans. Excellente idée que cette BD, puisqu’il s’agit en fait de toutes les paroles illustrées. Sur le coup je trouve ça un peu naïf, premier degré. Après des recherches post-concert, j’apprends que cette chanson est apparemment une histoire vraie et que Waters l’a vécue lui-même dans sa jeunesse. Toujours la même conclusion : si musicalement je ne suis pas une grande fan, je trouve les paroles géniales. Le petit message adressé à George Bush déclenche même des applaudissements de joie de la part du public. C’est fort ! La nuit est maintenant bien tombée, je retente d’attirer Arnold à nous pour la 25ème fois, en vain. Et c’est là, concentrée sur mon portable que je commets la faute : je loupe le début de Sheep, si bien que j’ai un peu de mal à rentrer dedans. Et pourtant ! Un morceau d’Animals en live ! Même dans mes rêves les plus fous, c’était inimaginable. Re-re-claque ! Quelle puissance ! Une fois que je suis dedans, je suis lancée, ça groove sec et il me semble que le morceau passe à une vitesse incroyable, accompagné de quelques effets pyrotechniques qui rendent très bien dans le soir et qui m’impressionnent. C’est ça d’assister à son premier grand show en plein air, ça réserve pleins de surprises et il est impossible pour moi d’être blasée... Le blase tombe quand même quand Roger annonce une pause de 10 minutes. C’est pas des manières de couper les gens dans leur élan comme ça ! Tout cela avant de me remettre les idées en place : dans 10 minutes, ce sera tout simplement Dark Side Of The Moon en entier et ça promet... Cette pause est d’autant plus utile que grâce à elle, Arnold nous rejoint enfin, après avoir lui aussi affronté insultes et phrases assassines. Je regarde le petit frère de Cédric : il ne montre rien, comme s’il était ailleurs. Je m’inquiète d’un coup. Peut-être qu’il n’aime pas du tout... Je tente la question et le réponse me rassure : c’est génial. Ha ha ! Mais tu n’as pas encore tout vu petit, la suite, ça va faire mal, ça va claquer des fesses, ça va t’achever, ça va te faire ramper ! Je crois qu’à ce moment, ces réflexions, je me les faisais à moi-même. Et j’avais raison...



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