Portraits
Tomorrow ne meurt jamais

Tomorrow ne meurt jamais

par Our Kid le 31 janvier 2006

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Ce succès soudain devint cependant problématique pour Tomorrow : leur leader était à la fois en tête des classements pop et une figure de proue de la scène underground psychédélique, ce qui s’avérait plus qu’incohérent. Toutefois, West, à la suite de cet intermède solo revint avec son groupe qui était autorisé à enregistrer un deuxième single, histoire de profiter du succès de Excerpt From A Teenage Opera. En septembre, sort Revolution - sans rapport avec le morceau des Beatles sorti l’année suivante - un morceau engagé dont Twink serait encore une fois à l’origine. Alors que le groupe donnait une représentation à l’UFO, le soir où Mick Jagger des Rolling Stones fut mis en prison pour possession de stupéfiants, le groupe dut attendre jusqu’à cinq heures du matin pour jouer car toute l’audience était sortie pour acheter le tabloïd News Of The World ! Comme à son habitude, les membres mettaient en place leur spectacle : mimes et participation du public, ainsi que lancers de jonquilles sur l’assistance quand tout d’un coup, pendant le solo de guitare, le batteur se leva et courut au milieu de l’assistance en hurlant « Revolution ! What we need is revolution NOW ! ». Deux jours plus tard, West tenait la chanson entre ses mains. Bien que Keith West fasse désormais la une des journaux,

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Keith West en une de la revue Disc du 23 septembre 1967

le single ne fut que faiblement promu, ce qui explique que Tomorrow échoua encore une fois à entrer dans les charts. Revolution était pourtant un bon morceau, dans l’esprit freakbeat, remplis de wah-wah, avec des paroles bien en phase avec le temps et une introduction mémorable chantée par des enfants :

The time will come when you’ll be free/
...
Flower Children spreading love/
That’s the start/
...
Happinness is hard to find/
We just want peace to blow our mind/
...
Have your own little revolution now !

Une fois encore, la production de Wirtz ne suffit pas et le groupe se résolut à reprendre le chemin des clubs en attendant d’enregistrer l’album. Cependant, le passage du chanteur en solo ne fut pas du goût de tous. Twink, en particulier, ne mâcha pas ses mots : « Ça avait causé un truc bizarre. J’avais l’impressoin qu’il y avait eu un accord secret pour que le disque sorte sous l’appellation Keith Tomorow et que Steve allait faire un disque intitulé « Steve Tomorrow » et également « Junior et Twink », car on essayait de faire pression sur le groupe. Et puis, bien entendu, le disque de Keith est sorti en tant que Keith Tomorrow et il y a eu immédiatement un sentiment de « qu’est-ce qu’il se passe ? ». Et puis, c’est devenu un hit. On a commencé à faire ces concerts bizarres qu’on ne pouvait pas jouer de la façon dont on voulait parce que tout le monde réclamait le single de Keith ». Pour West, c’est le moment où les choses commencèrent à mal tourner : « Avec Teenage Opera qui cartonnait, ça a vraiment compromis les choses pour le groupe. C’était réellement ma faute. Je n’avais pas de management fort pour me dire de ne pas le faire car ça allait bousiller ma carrière avec Tomorrow. J’ai pensé que je pouvais sortir un single juste pour rire mais soudainement, c’est devenu Tomorrow featuring Keith West parce que les promoteurs pouvaient vendre plus de tickets avec un nom et ça se termina par le groupe qui se trouvait être mon orchestre d’accompagnement, ce qui ne pouvait jamais arriver. On a fait des concerts pas très heureux en Irlande où les promoteurs insistaient pour que nous jouions Teenage Opera avec Twink, Steve et Junior. Il y avait beaucoup d’argent en jeu donc on devait le faire. On n’était pas assez riches pour refuser. On a partagé l’argent en parts égales ce qui nous a permis d’aller un peu mieux ».

Les quatre ne perdaient rien de leur légendaire énergie sur scène et y incorporaient toujours autant d’effets lumineux. Tomorrow ne tourna cependant jamais à l’étranger mais fit de courtes tournées avec Traffic et les Américains de Vanilla Fudge. Ils se retouvèrent même pour le promoteur Larry Parnes sur la même affiche que le rocker Billy Fury et étaient confrontés à une audience composée de seniors qui attendaient de voir Fury. West rigole encore de cette anecdote : « Nous avons décidé de se retirer de l’affiche, qui comprenait également The Move et Amen Corner. On a joué si fort durant le premier passage que Larry Parnes est venu nous voir pour nous dire : « Si vous recommencez ça encore au second passage, vous êtes virés de la tournée ». On a donc joué encore plus fort et on s’est fait jeté, et The Move a fait de même mais pas Amen Corner, ce qui explique pourquoi on ne s’est jamais entendu avec eux ».

Après cet événement, EMI autorisa le groupe à filer en studio pour enregistrer le très attendu album dont le contenu était plus ou moins déjà rodé sur scène. Sous la conduite de Wirtz - qui se pose comme le George Martin de Tomorrow puisqu’il joue de tous les claviers et participe parfois aux chœurs - les morceaux, souvents taillés pour la scène, sont retravaillés pour offrir un concentré de la musique du groupe. Le producteur transforme les collages divers en chansons, ce qui explique les changements de rythmes que l’on retrouve par exemple sur The Incredible Journey Of Timothy Chase. Il apporte également sa touche de music-hall, entrevue par le projet Teenage Opera, sur des morceaux comme Shy Boy ou Auntie Mary’s Dress Shop. Les arrangements sont plus que soignés et on y entend des trompettes, des mandolines, des chœurs d’enfants mais on retrouve également la base rhythm & blues du combo. Loin des délires de la scène, les 11 morceaux, qui comprennent également les singles My White Bicycle - qui ouvre magistralement l’album - et Revolution, ne dépassent que rarement les trois minutes mais permettent à tous les musiciens de se mettre en valeur. La guitare de Howe est tout bonnement incroyable car d’une variété rare. Le virtuose utilise de multiples pédales et son feeling naturel n’est jamais freiné. Tantôt électriques, tantôt acoustiques, les parties de six cordes constituent la clé du son de l’album. Twink se donne également à cœur joie sur l’album où son jeu léché constitué de multiples interventions aux cymbales et de roulements de toms opportuns se confond avec un jeu plus pop, plus sobre. Quant à Junior, sa basse groovante complète le son d’ensemble. L’album est surtout le témoignage de la qualité des compositions du duo West/Burgess et du talent de parolier du chanteur dont les thèmes des textes, parfois féériques, font souvent référence à ses expérimentatons lysergiques. « Three Jolly Little Dwarfs, c’était en fait quand on expérimentait le LSD et ces choses-là, et je suis sorti de l’appartement de quelqu’un une nuit et il y avait comme une espèce de dessin animé de Walt Disney qui tournait dans ma tête et quand je suis rentré à la maison, j’ai gribouillé quelques mots. Je ne pensais pas que quelqu’un d’autre allait apprécier, c’était juste une sorte de plaisanterie. Quand je l’ai jouée au groupe, ils l’ont adorée et John Peel l’a plébiscitée ». L’influence des drogues est également présente dans des morceaux comme Real Life Permanent Dream ou Hallucinations. Bien dans l’esprit psychédélique, les ambiances hindouisantes, raga-rock ou vaudeville sont récitées avec classe et la voix de West, tantôt nasillarde, tantôt soul est d’autant plus charmante. Pour finir, n’oublions pas de mentionner la reprise de Strawberry Fields Forever des Beatles, traitée à la manière de Vanilla Fudge et qui se veut totalement rock, sans autres artifices.



[1SOURCES :

-* Unknown Legends Of Rock’N’Roll par Richie Unterberger, Miller Freeman, San Francisco, 1998.
-* The Tapestry Of Delights : British Beat, R&B, Psychedelic and Progressive Rock 1963-1976, par Vernon Joynson, Borderline, Londres.

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