Incontournables
20 incontournables des années 2000

20 incontournables des années 2000

Part. I (2000)

par Parano, Yuri-G, Sylvain Golvet le 12 janvier 2010

Sur quatre semaines, Inside Rock va choisir les meilleurs albums de la décennie. Voici donc la première partie consacrée à l’année 2000.

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At The Drive-in - Relationship Of Command (2000)

Un album arrivé comme un pavé dans la soupe, à l’aube du nouveau siècle, mais également l’ultime soubresaut d’un grand groupe. En 2000, At The Drive-in n’est encore qu’un obscur combo issu de la scène punk indé américaine. Venu du Texas, le quintette a sué sang et eau pour décrocher un contrat sur une major, après deux albums confidentiels (Acrobatic Tenement en 1996 et In/Casino/Out en 1998), et d’incessantes tournées en mini van. C’est Grand Royal, le label des Beastie Boys, qui tire le groupe de l’anonymat, en l’envoyant enregistrer chez Ross Robinson, sorcier de Roadrunner.

Le choc des cultures est assuré, entre l’artificier neo metal (Robinson est, entre autre, responsable du son de Korn, de Slipknot et de Sepultura) et les gamins d’El Paso. Pourtant, la sauce prend, et At The Drive-in accouche d’un album rare. Les fans de rock s’enthousiasment pour ce disque improbable, parfaitement construit et totalement survolté. Dix ans après la déferlante grunge, l’underground est de nouveau sur le devant de la scène. Porté par Fugazi, The Fall et les Stooges, ATDI cloue le bec aux fossoyeurs du rock, et ouvre une brèche entre garage et hardcore. Leur image très marquée (coupe MC5 et Converse), ainsi qu’une réputation scénique sulfureuse, font du groupe un phénomène médiatique malheureusement éphémère. En pleine gloire naissante, ATDI se sépare, victime de tensions internes. Relationship Of Command n’aura pas de successeur, mais le paysage musical restera durablement marqué par le quintette d’El Paso.

Johnny Cash - American III : Solitary Man (2000)

La décennie s’ouvre sur un grand disque crépusculaire. Le Man in Black mettra certes trois ans et donnera deux autres volumes de ses American Recordings avant de disparaître, cet American III : Solitary Man fait réellement office de testament d’un siècle finissant comme celui d’une de ses grandes figures musicales.

Comme Clint Eastwood, Cash fait preuve d’une simplicité désarmante dans la forme, mais seuls les grands savent d’expérience que c’est une force. Le dépouillement des arrangements n’a d’égal que la mise en scène classique de Clint : une sorte de force rentrée complètement bouleversante, le tout dirigé par un Rick Rubin respectueux mais influent, proposant à Cash une sélection de morceau à priori pas spécialement taillé pour la country. Un guitare, un piano, nul besoin d’esbroufe ni de paraître plus jeune qu’on ne l’est (Johnny, si tu nous lis…), seule l’émotion compte, et on est servis.

Puisant dans un répertoire country-folk-rock large, de Nick Cave à Neil Diamond, de Will Oldham au spiritual Wayfaring Stranger, s’entourant d’amis, de musiciens et de fans dévoués (Tom Petty, Merle Haggard, Sheryl Crow), Cash fait planer sur le disque l’ombre constante de la maladie et de la vieillesse (il sort d’une pneumonie qui l’a contraint à écourter sa tournée précédente), magnifie du U2 (One) ou du Tom Petty (I Won’t Back Down) comme personne, pas même leurs auteurs, et gagne sa place au panthéon des légendes.

Indispensable, comme toute la série American Recordings et le coffret Unearthed.

PJ Harvey - Stories From The City, Stories From The Sea (2000)

L’aube du nouveau siècle. PJ Harvey mène une nouvelle vie à Manhattan. Nouveau départ, donc nouvel album. Stories From The City, Stories From The Sea sera à la croisée de ces multiples configurations - une ville à découvrir, un visage neuf à modeler, une vibration à absorber - qu’il décline dans leur pure vitalité. Ce sixième opus symbolise pour PJ l’élan (l’ouragan) qu’elle traverse alors, canalisé dans une pop vigoureuse, claire et frémissante. Qu’a-t-elle d’autre à chanter à cet instant que « This is love, this is love », « Baby, baby […] I’m immortal when I’m with you » ? L’artiste cisèle des mots sans sophistication (mais non sans profondeur), elle les célèbre dans une musique enfin sereine. Guitares incisives mais soignées, voix puissante aux intonations contrôlées, réserve de rock rugueux, de touches pop et de ballades spacieuses.

En un sens, c’est l’album où PJ Harvey décide de devenir une icône pop. Avec ce que cela implique de glamour et de jeu. Ce sera le temps d’un album. Les robes se portent moulantes, le maquillage harmonieux. De même, les chansons se déguisent en modèle de pop-rock « international ». Et, surprise, ça leur va très bien. Il y a à cette époque une sorte d’empressement positif dans la musique de Polly, quelque chose de vraiment présent, sans affres, sans opacité. Pourtant, le temps se ralentit sur quelques images subtiles. On peut écouter une ballade intense et sobre, en duo avec Thom Yorke, où deux amants s’interrogent en haut d’un building new yorkais ; le silence règne avant que le soleil se lève. Voilà le genre de beauté que PJ peut maintenant esquisser. Stories From The City, Stories From The Sea incarne cet instant particulier où elle avait encore tous les choix : émouvoir tout le monde, ou creuser toujours sa singularité (donc ses tourments). Sublime entre-deux.

Radiohead - Kid A (2000)

C’était une question que l’on se posait en l’an 2000. Qu’allait nous réserver le millénaire ? En musique, s’entend. Dès le début, un célèbre groupe anglais nous donnait sa réponse. Dix ans se sont écoulé depuis, on hésite encore sur le propos. Kid A : disque d’anticipation, disque trop moderne, disque malade, disque isolé ? En tout cas, ce fut une rupture. Adieu pop, adieu rock. Radiohead peignait une musique désertée par l’humain. La machine avait envahi leur univers, autrefois glorieux et lyrique. Et elle semblait n’annoncer que de tristes jours. Mélodies découpées sur fond de manipulations digitales, artifices de voix déformées, fébrilité de rythmes nets et secs (par ordinateur, évidemment). Tout ceci était pour le moins moderniste, c’est-à-dire extrême. En filigrane, c’était le moyen de refuser de devenir les nouveaux U2. On essayait donc de créer des choses un peu nouvelles, même si l’on savait que Kraftwerk avait existé trente ans avant.

Sous ce visage nébuleux, il y a pourtant un grand disque qui n’efface pas l’émotion. Celle-ci naît de la glace, des claviers et des chocs. De ce choix de composer une mélodie de façon presque abstraite, par saccades ou par extension. How To Disappear Completely figure par exemple parmi les plus belles du groupe, alors qu’elle n’est qu’un long glissement ; une traversée du miroir. Radiohead ne parvenait pas à ruiner son talent. Le groupe essayait de dire la mélodie autrement. Peut-être essayait-il de (re)formuler des questions : est-ce qu’une mélodie peut exister sans homme (quand il n‘y a même plus de « vraie » voix - dans la chanson-titre) ? Peut-on être ému par le son d’une machine ? Ce n’était pas pour autant un manifeste. Juste un étrange album. Grinçant et radical.

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