Incontournables
Abbey Road

Abbey Road

The Beatles

par Psychedd le 18 octobre 2005

Sorti le 26 septembre 1969 / Produit par George Martin / Enregistré aux studios Abbey Road, Londres.

Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article Envoyer l'article par mail

Quand cet album est sorti en 1969, qui aurait pu se douter que le gang des quatre de Liverpool était en plein divorce artistique ? A vrai dire, en ce jour d’octobre 2005, on se demande encore si cet album n’est pas trop beau pour être vrai. Quand on le remet dans son contexte, force est d’admettre que les Beatles sont en train de se saborder... Lennon fait une véritable parano à l’encontre de McCartney, s’enterre peu à peu avec sa Yoko et s’emplit les veines de substances assez nocives à la santé. Ringo et George ont déjà quitté le groupe pendant quelques temps, agacés par cette ambiance lourde. Non, ça ne va pas du tout !
Ils ont bien tenté le coup avec Let it Be, évinçant pour le coup leur producteur de toujours, George Martin et même poussé le vice jusqu’à quitter les douillets studios d’Abbey Road qui ont fait leur légende. Un projet tué dans l’œuf, mais Paul ne l’entend pas de cette oreille. Dans un regain de fierté, de créativité, ou de masochisme, on ne sait pas trop, il rallie l’antre mythique, rappelle Martin et décide de mettre au point un autre album qui ne ressemblera pas à une scène de ménage sordide.

Etrangement, l’atmosphère se détend et le groupe semble se ressouder comme au bon vieux temps. Une accalmie de courte durée, certes, mais qui va donner aux générations futures un des disques les plus beaux de l’histoire de la musique moderne. Si si !
George Martin le dit lui-même : le groupe savait lors de l’enregistrement que cet album serait certainement le dernier, et s’il ne le savait pas exactement, il le pressentait. 6 semaines de créativité intense, menées par Paul plus remonté que jamais, puisque c’est lui qui signe une bonne partie du disque.
Mais comme il est vraiment sympa ce Paulo, il laisse Harrison enregistrer deux de ses plus belles chansons, Ringo faire le pitre sur un morceau et Lennon en balancer un petit paquet, qui est souvent d’excellente qualité, malgré une période personnelle un peu trouble.

L’album justement s’ouvre sur l’une de ses chansons, la monumentale Come Together, originellement écrite lors du Bed-In de Toronto, pour le mouvement de ralliement de Timothy Leary à ses thèses de libération de l’esprit, par l’usage de drogues hallucinogènes. Leary s’étant fait arrêter entre temps, John décide quand même de garder son morceau. L’histoire l’a surtout retenu en tant que pompage éhonté du You Can’t Catch Me de Chuck Berry, sauvé par la ligne de basse de McCartney et qui vaudra à son auteur un beau procès. A vrai dire, Lennon fourni ici un morceau lourd de sens, presque prémonitoire et même si l’analyse d’une chanson est toujours hasardeuse, on ne peut que se demander pourquoi ce mot en introduction, comme un ordre morbide, comme une demande de se faire suicider ? Bien que le « Shoot Me » originel ait été coupé par George Martin en « Shoot » pour ne pas violenter les oreilles des fans des Fab Four, ça n’en reste pas moins choquant, surtout rétrospectivement. Lennon veut bien dire à qui veut l’entendre, avec un ton acide qui fait bien mal, que merci, mais les Beatles ça va aller...
Dommage de penser ça quand Harrison délivre une merveilleuse chanson d’amour, la superbe Something, loin des clichés première époque où un garçon tient la main d’une fille. Non, c’est tellement plus profond, aussi profond que l’esprit de George qui s’élève grâce à la méditation, que même Frank Sinatra déclarera que c’est la plus belle chanson d’amour jamais écrite. D’autant plus que les Beatles se raccrochent à l’amour de leurs belles respectives. John et sa Yoko, Paul et sa Linda, qu’il vient juste d’épouser et George avec sa Patti, toujours présente depuis leur rencontre sur le tournage de A Hard Day’s Night. Un peu de stabilité dans ce monde de brutes !

Il fallait que Paul déconne avec Maxwell’s Silver Hammer, chanson cabaret idiote dont il a le secret et qui va mettre le feu aux poudres, puisque c’est à ce moment que Lennon claque définitivement la porte, refusant de jouer de l’orgue sur cette farce monumentale et désirant plus que tout fuir son ancien ami devenu caricatural à ses yeux. Mais heureusement que Paul sait aussi faire des chansons poignantes comme Oh ! Darling qui arrive juste après. Parfois on se demande même à qui il s’adresse dans ce morceau, puisque fraîchement marié qu’il est, tout semble aller bien. Tentative maladroite et à demi-mot de témoigner son attachement à Lennon ? Leur relation est tellement étrange qu’on peut se le demander. John a tout de même été jusqu’à demander le divorce à Paul un jour de psychose. Quand on vous dit que ces deux là ont un rapport fusionnel ! Une séparation ne pouvait que se faire dans la douleur et les cris...
Grâce à Ringo, l’ambiance redevient bon enfant, et même si Octopus’s Garden n’est pas un chef d’œuvre (loin de là), elle a au moins le mérite de faire marrer les autres membres du groupe. Peut-être parce qu’il l’a écrite sur le yacht de Peter Sellers, grand comique devant l’éternel, lors de son départ du groupe pendant l’enregistrement du White Album. Mais Ringo nous emmène dans ce jardin de pieuvre, comme un petit coin de paradis au milieu de l’Apocalypse, pas la peine de lui en vouloir de baisser le niveau, d’autant plus que voilà une chanson parfaitement enfantine qui rappelle l’excitation et la naïveté des débuts, quand ils ne se prenaient pas encore au sérieux.

C’est à nouveau Lennon qui revient plomber le tout avec I Want You (She’s so Heavy), oppressante à souhait, presque traumatisante pour qui l’entend la première fois dans sa prime enfance. John y hurle son amour pour Yoko, cet amour qui le coupe du monde, qui l’emplit jusqu’à la folie, jusqu’à l’état de manque. Yoko, et l’héroïne qui le dévorent de l’intérieur, même combat, même besoin. Puis cette fin, hypnotique à souhait, toute en puissance tranquille. On attend la fin qui ne semble jamais arriver, les nerfs se tendent et la pression monte. Puis apparaît un souffle lointain, le souffle du vent qui dissipe en un rien la tension comme s’il balayait des nuages de pluie, pour faire apparaître un peu de lumière. Ce que les possesseurs de CD ne savent pas, c’est que la fin n’est pas un fade out, avec le son qui s’estompe. Sur un vinyle, la fin arrive brutalement, rappelant par la même occasion que vous devez retourner le disque et que vous devez revenir à la réalité assez violemment.
Mais quelle réalité qui attend de l’autre côté !



Répondre à cet article

modération a priori

Attention, votre message n'apparaîtra qu'après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom



Tracklisting :
 
1- Come Together (4’20")
2- Something (3’03")
3- Maxwell’s Silver Hammer (3’27")
4- Oh ! Darling (3’26")
5- Octopus’s Garden (2’51")
6- I Want You (She’s So Heavy) (7’47")
7- Here Comes The Sun (3’05")
8- Because (2’45")
9- You Never Give Me Your Money (4’02")
10- Sun King (2’26")
11- Mean Mr Mustard (1’06")
12- Polythene Pam (1’12")
13- She Came In Through The Bathroom Window (1’57")
14- Golden Slumbers (1’31")
15- Carry That Weight (1’36")
16- The End (2’19")
17- Her Majesty (0’22")
 
Durée totale : 47’26"