Portraits
Bob Dylan - Part II - Fucking Star System

Bob Dylan - Part II - Fucking Star System

par Giom, Milner le 11 septembre 2007

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"C’est que, sur leurs aigre guitares
Crispant la main des libertés
Ils nasillent des chants bizarres,
Nostalgiques et révoltés ;
"

Paul Verlaine

 La folie électrique

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Mike Bloomfield

De retour de sa tournée triomphale en Angleterre, Dylan va alors commencer les sessions d’enregistrement de son sixième album. Il souhaite continuer dans cette veine électrique que le succès de Bringing It All Back Home a confortée. En juin 1965, il rejoint donc les studios de Columbia à New York et décide de s’entourer de nouveaux musiciens pour ces sessions. Il fait donc appel à Mike Bloomfield, excellent guitariste électrique qui tourne avec le Paul Butterfield Blues Band. L’organiste Al Kooper est également de la partie.

La première pépite à sortir de ces sessions est le single Like A Rolling Stone. Nous ne reviendrons pas sur ce morceau, véritable manifeste esthétique du nouveau Dylan, déjà étudié dans nos colonnes ici. Notons cependant que Dylan innove d’une façon supplémentaire en présentant un single qui occupe les deux faces d’un 45 tours ! Et c’est un tube ! Ce titre qui peut paraître une satire acerbe d’un type de caractère contemporain de l’environnement de Dylan trouve un écho chez le public américain et scrute le haut des charts. C’est donc plein d’entrain que Dylan retourne à Newport pour le festival annuel et décide de s’y produire avec un groupe. L’épisode de ce 25 juillet 1965 est connu : un son horrible, un public horrifié, des organisateurs de ce sommet national du folk old school estomaqués et le Dylan obligé de quitter la scène au bout de trois morceaux, pour finalement revenir avec une guitare acoustique et interpréter notamment It’s All Over Now Baby Blue, véritable déclaration d’adieu à ses premières amours folk et à son monde, il est vrai assez hermétique et réactionnaire. Selon Robert Shelton, Dylan est très marqué et blessé de l’incompréhension d’un public qui l’avait pourtant hissé au rang de nouvelle idole quelques années auparavant. Le pauvre n’est pas au bout de ses surprises et de ses peines...

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Highway 61 Revisited

L’album est en tout cas vite bouclé à New York peu de temps après Newport. Il sort fin août de cette année 1965, s’intitule Highway 61 Revisited, et se hisse à la troisième place des charts US, performance remarquable à la vue de la mutation artistique totale qu’est cette fois-ci en train d’accomplir le Zim. Dylan accouche en tout cas de neuf nouveaux morceaux d’une richesse incroyable et d’une modernité confondante qui seront analysés ailleurs.

Heureux de cet exercice de studio collectif où il semble avoir trouvé une nouvelle façon de respirer. Dylan décide de partir en tournée américaine accompagné d’un groupe. Problème, Bloomfield n’est par exemple pas disponible, pris par ses obligations avec la Paul Butterflied Blues Band. Al Kooper, lui, sera de la partie et pour compléter sa formation, Dylan se rapproche d’un groupe nommé The Hawks et en engage deux d’entre eux : le guitariste Robbie Robertson et le batteur Levon Helm. Le bassiste Harvey Brooks complètera cette équipe de choc qui s’apprête à affronter bien des intempéries.

Dylan exécute les concerts de cette tournée toujours de la même façon : une première partie acoustique et après l’entracte, le groupe et l’électricité surgissent. Comme à Newport, les fans de la première heure réagissent de façon virulente dans chaque ville où le groupe passe. C’est une véritable « bataille d’Hernani » à laquelle se livre Dylan sauf qu’il la répète chaque jour. Épuisés par tant d’hostilité, Brooks et Kooper quittent le navire et Dylan fait alors appel au reste des Hawks, groupe qui le suivra jusque au bout de sa nuit électrique, qui devient son groupe, l’unique, The Band. Les concerts s’enchaînent, 38 en cet automne 65, Dylan joue toujours plus fort pour répondre aux fans de folk déchaînés dans le public. Marlon Brando, connaissance de Dylan à cette époque, confiera alors : « Les deux choses les plus bruyantes que j’aie jamais entendues, c’est un train de marchandises déraillant et Bob Dylan et le Band. »

Tout va vraiment très vite dans la vie de Dylan à cette époque. Il rompt définitivement avec sa vie de bohème de Greenwich Village. Et malgré quelques aventures amoureuses rapides, dont une avec l’égérie warholienne Edie Sedwick qui lui inspirera plusieurs morceaux dont le fameux Just Like A Woman et le non moins bien nommé Leopard-Skin Pill-Box Hat, Dylan trouve même le temps de se marier avec une femme rencontrée à Woodstock, Sara Lownds qui attend déjà un premier enfant de lui, le futur Jesse. Certains savent ne pas perdre de temps... En plus de cela, Dylan travaille à l’écriture d’un livre, Tarantula, qui ne sortira que bien plus tard tant ce projet, signé sur un coup de tête, mettra du temps à sortir de l’esprit du musicien... Inutile de dire que l’artiste carbure à la drogue pour tenir ce rythme infernal, et les substances le rendent agressif et de plus en plus colérique.



[1Sources :

Livres :

  • Dylan B., Chroniques (volume 1), Paris, Fayard, 2005.
  • Ducray F., Manœuvre P., Muller H., Vassal J., Dylan, Paris, Albin Michel, coll. « Rock & Folk », 1978.
  • Shepard S., Rolling Thunder : Sur La Route Avec Bob Dylan, Paris, Naïve, 2005.
  • Vanot S., Bob Dylan, Paris, Librio, coll. : « Musique », 2001.
  • Gill A., Bob Dylan 1962-69 : L’Intégrale Des Années 60, Paris, Hors Collection, 1999.
  • Shelton R., Bob Dylan : Sa Vie Et Sa Musique, Paris, Albin Michel, coll. « Rock & Folk » 1987.

Film :

Scorsese M., No Direction Home : Bob Dylan, Paramount Home Entertainment, 2005.

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