Portraits
Elliott Smith, une tragédie américaine

Elliott Smith, une tragédie américaine

par Giom le 10 mars 2009

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 La montagne Either/Or et les feux de la rampe

Elliott Smith va alors énormément travailler pour la réalisation de son deuxième album chez Kill Rock Stars, Either/Or, du nom d’un ouvrage du philosophe Danois Soren Kierkegaard. Pour la première fois, il produit le disque et cette double casquette semble lui poser des problèmes tant son perfectionnisme ralentit la conception de ce qui restera peut-être son œuvre maîtresse. Il compose en tout cas plus d’une trentaine de morceaux pour ce troisième album et éprouve de grosses difficultés à choisir lesquelles se trouveront sur la galette finale. En plus de cela, Smith commence une relation tourmentée avec une musicienne de Portland, Joanna Bolme, bassiste dans différents groupes locaux. La relation est donc tumultueuse, bien qu’intense, et trouve vite son terme ce qui amène Elliott Smith à quitter Portland pour emménager à New York.

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La pépite Either/Or

L’album Either/Or sort finalement en 1997 et reçoit un accueil critique enthousiaste ce qui n’est pas étonnant tant la qualité est là. Smith a agit en véritable self-made man puisqu’il a joué de tous les instruments. Car instruments il y a puisque c’est la grande force de ce disque de frotter les compositions de Smith à une orchestration rock classique (batterie, basse, guitare électrique). Either/Or marque donc un tournant dans la musique d’Elliott Smith, la rendant encore plus riche et dense. Le style véritable de Smith est ainsi trouvé, parfois plus pop, fait de crescendos impressionnants où la voix s’envole en fin de morceau accompagnée d’une guitare électrique très claire suivant la voix comme son ombre. On retrouve sur ce disque les thématiques fondatrices de l’univers d’Elliott Smith qui concernent la mort, le malheur, le vide existentiel, les drogues. Pas très réjouissant comme d’habitude mais d’une beauté renversante tant cet univers est alors porté par une musique et une voix à leur paroxysme sur ce disque. Pour l’exemple, le morceau Between The Bars où une bouteille de whisky adresse une déclaration d’amour à un écrivain. On appréciera également l’ultime morceau du disque, Say Yes, titre de pop acidulée étonnamment optimiste à certains moments et digne des Beatles, qui conclue le disque en toute beauté (bon arrêtons nous là, sinon je ne pourrais plus chroniquer ce disque en « Incontournables » sur ce site.)
Une fois le disque sorti, Smith tourne un peu partout accompagné du groupe Quasi dont on se souvient que le bassiste, Sam Coomes, grand ami d’Elliott Smith avait brièvement fait partie d’Heatmiser à la fin de l’existence du groupe.

En tout cas les choses vont changer très vite pour notre songwriter et Elliott Smith ne doit pas s’imaginer à quel point au moment où il est contacté par Gus Van Sant, réalisateur aujourd’hui très (re)connu, pour qu’il participe à la B.O. de son prochain film. Van Sant veut en effet tourner un film avec les jeunes Matt Damon et Ben Affleck qui ont écrit le scénario et qui va s’intituler Good Will Hunting. Le film, dans la lignée du livre culte The Catcher In The Rye, conte l’histoire de deux jeunes adultes des banlieues pauvres de Boston, Will Hunting (joué par Damon), le personnage principal étant en fait extrêmement doué pour les mathématiques mais vivant mal tous ces espoirs soudains formés autour de lui et de son talent alors qu’il n’aspire pas forcément à ce genre de vie, enfin du moins n’en sait-il rien. Van Sant demande en tout cas à Elliott Smith une composition originale pour le film qui sera la fabuleuse Miss Misery et pioche dans le répertoire de l’artiste d’autres titres (No Name # 3, Between The Bars, Angeles, Say Yes) pour boucler la bande son du film.



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