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En Images

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Noir Désir

par Fran le 20 janvier 2009

4

sorti le 19 septembre 2005 (Barclay/Universal)

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Henri-Jean Debon, l’ami de toujours, avait par deux fois couché sur la (feue) bande vidéo des témoignages du plus important groupe de rock que ce vieux pays chansonnier et accordéoniste ait pondu. En 1994, le sobre Noir Désir rendait compte de la rage punk de la tournée Tostaky avec les concerts enfumés de Paris et de Lyon. En 1997, On est au Monde célébrait le dixième anniversaire du groupe en compilant lives, clips, pubs et autres immixtions « off stage ». Quatre ans plus tard, Noir Désir amorce avec succès le virage artistique avec l’album Des Visages Des Figures qui sera servi par une tournée triomphale et militante d’un an aux quatre coins du Monde (Europe, Moyen-Orient, Asie et Amérique du Nord). Un CD et un DVD censés témoigner de cette aventure sont alors prévus pour la rentrée 2003. Pour les raisons que l’on connaît et parce que le groupe n’a pas voulu profiter d’une sombre médiatisation qui pour beaucoup d’esprits peu scrupuleux aurait été une aubaine commerciale, le projet est mis au placard. Deux ans se sont écoulés, Cantat purge sa peine et les spectres de la presse « poubelle », satisfaits de leur vengeance envers un groupe qui les a toujours banni, s’en sont allés. Lavé de tout soupçon opportuniste, ce généreux double DVD sobrement intitulé En Images peut voir le jour.

Le premier DVD fait la part belle aux prestations scéniques des bordelais avec le concert donné à l’Agora d’Evry le 14 décembre 2002 pour Canal + et qui clôturait la tournée Des Visages Des Figures. On reconnaît la rigueur plastique des équipes de la chaîne avec une très belle lumière et des plans savamment combinés, loin des artifices de certains montages qui poussent parfois à la nausée. Le combo est à la hauteur de cette production soignée avec une grande maîtrise instrumentale et une mosaïque sonore exemplaire. Le groupe privilégie le dernier album tout en visitant son répertoire avec des morceaux retravaillés (Septembre En Attendant, One Trip One Noise) grâce notamment à l’apport bénéfique de Perruchi (samples, claviers) et d’un quatuor à cordes. Les lentes ascensions quasi-chamaniques de Si Rien Ne Bouge et Le Fleuve côtoient les morceaux de bravoure (La Chaleur, Tostaky, Comme Elle Vient) portés par les solos ravageurs de Teyssot-Gay. Le charisme de Cantat est souvent mis en exergue par la caméra et l’émotion atteint son paroxysme quand il transcende à lui seul Bouquet de Nerfs ou Des Armes. La galette offre ensuite des extraits de leurs concerts -sous une « nuit bleue »- aux Eurockéennes en 1997 et en 2002. Ce dernier n’est que le pendant festivalier du concert de l’Agora avec des caméras qui se perdent un peu dans la tourmente Tostaky. La performance de 1997 est plus excitante et rend compte de la période 666.667 Club. La plaine est pleine et les corps s’y démènent. Pas de temps mort, c’est le Noir Dez balaise qui se produit ce soir-là avec des versions mémorables et à rallonges de Marlène, Lazy, Song For JLP et une interprétation énervée de I Want You des Beatles. En 1997 toujours, Noir Désir avait offert à la télévision argentine quelques titres acoustiques que le groupe décide de restituer ici. L’expérience est intéressante mais entachée par un son et une image exécrables. Le contenu du second DVD est tout aussi généreux en rassemblant tous les clips du groupe ainsi qu’un documentaire didactique de 40 minutes regroupant conférences de presse, interviews et répétitions pré-concert : une tribune pour le groupe, qui revient notamment sur sa croisade contre les médias et en particulier sur le dualisme industrie musicale / liberté artistique. Noir Désir fait preuve d’une très grande humilité et d’un sens moral et artistique qui impose le respect. La galette regorge également de divers montages vidéos très/trop « arty » manifestant de l’énergie consumée sur scène ainsi que de spots TV pour le moins énigmatiques. Retour à l’Agora d’Evry avec un maigre Making-of et deux morceaux supplémentaires où les concepteurs ont eu la judicieuse idée de laisser au spectateur la liberté de choisir ses angles de vue.

Universal nous offre un double DVD riche qui comblera les fans et qui témoigne de la maturité d’un groupe « devenu ». Le résultat est à la hauteur des attentes tout en faisant figure parfois d’anthologie.



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