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Kula Shaker : aller-retour Londres - Bénarès

Kula Shaker : aller-retour Londres - Bénarès

par Our Kid le 14 mars 2006

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 Deuxième album et fin du rêve

Sound Of Drums est prévu comme single pour le 20 avril mais, encore une fois, le passé rattrappe le groupe puisque la ligue anti-nazi demande officiellement aux quatre de déplacer la date de parution du disque, car, cette date correspondrait au 109ème anniversaire de la naissance d’Adolf Hitler. Un porte-parole du groupe déclarera immédiatement : « Personne n’était au courant que c’était l’anniversaire d’Hitler ». Finalement, Kula Shaker ne cédera pas et le single sortit à la date convenue, mais, cet événement est révélateur du climat entourant le groupe, depuis son succès fulgurant. Sound Of Drums est évidemment un avant-goût du tant attendu deuxième album, toujours en chantier, et on y entrevoit des changements notoires. La production a gagné en richesse et il semble qu’Ezrin soit parvenu à utiliser au maximum la guitare de Mills, comme ce qu’il avait fait sur Berlin de Lou Reed. Le morceau, d’une bonne facture rock, contient également des faces b que le blondinet avait composé en vue d’un court-métrage Reflections Of Love, qui ne verra jamais le jour. Après plus d’un an de « congé », Kula Shaker est de retour dans les charts et décroche une troisième place dans les classements, ce qui permet à Columbia de mesurer la popularité du groupe et de constater que les évènements passés n’ont eu, au final, que peu d’incidence sur les ventes du disque. Le single permet également de faire patienter les fans avant la sortie de l’album, prévue pour l’été, et compenser le fait que la formation ne fera que quelques dates aux festivals, trop occupée à l’enregistrement de son disque.

Malheureusement, il s’avéra impossible pour le groupe de produire un album à temps et les séances se poursuivirent jusqu’à la fin de l’automne sous un enthousiasme nouveau, dû au fait que le groupe est déterminé à rendre un hommage ultime à la musique indienne. « C’était une opportunité pour nous de dire qu’on était à fond dans la musique indienne mais c’était beaucoup plus la façon avec laquelle nous allons le présenter, cet amour, qui nous intéressait », révéla le guitariste. De nombreux musiciens indiens sont conviés, des chanteurs et des chanteuses, des joueurs de cuivres ; bref, le groupe semble enthousiaste, plein d’idées et libre de ses mouvements, un bon signe. À propos des sonorités présentes sur le disque, le guitariste est sans équivoque : « Une fois que vous avez entendu ces sons, il est impossible de ne pas les intégrer, ils font partie de la façon dont on veut s’exprimer » . À ce moment, le groupe avait désespérément besoin d’un tube pour lui permettre de le sortir de l’impasse dans laquelle il se trouvait. Dos au mur et face aux critiques qui s’impatientaient de voir un jour l’album tant annoncé, ainsi que la difficulté de réaliser un disque différent de K, il fallait un tube pour le groupe pour rallier tout le monde à sa cause. Mills pensait bien l’avoir trouvé lorsqu’il écrit Mystical Machine Gun et la présente à ses comparses. D’ailleurs, ce morceau galvanise les troupes et donne un coup de fouet et la dose de créativité nécessaire pour enfin terminer l’album. Le 22 février 1999 est mis en vente Mystical Machine Gun, single annonçant la sortie imminente du deuxième album des Londoniens. Néanmoins, il éprouva des difficultés à concrétiser les espoirs placés en lui, puisqu’il n’atteignit « que » la 14ème place des classements. Une déception, donc, pour Kula Shaker et notamment son guitariste.

Deux semaines plus tard paraissait enfin l’effort studio tant attendu, intitulé Peasants, Pigs & Astronauts, d’après le nom donné à la pochette par son concepteur, Dan Abott. Bien qu’attendu, l’album ne s’écoula qu’à seulement 25.000 exemplaires lors de sa première semaine, loin du record de K qui détenait, à l’époque de sa sortie, le plus grand nombre de disques vendus en Grande-Bretagne en une semaine avec 600.000 exemplaires écoulés - record battu par Oasis en 1997 avec Be Here Now puis récemment par Arctic Monkeys avec Whatever People Say I Am, That’s What I’m Not - l’album n’atteignit que la neuvième place des charts et passa seulement dix semaines dans le top 75, avant de disparaître des classements. Un tel échec commercial ne peut s’expliquer sans parler du changement des modes qui s’est opéré en peu de temps. En 1999, les ondes et les charts étaient à la merci des groupes pratiquant une musique R&B, des groupes de filles ou de garçons, tels Boyzone ou Step et depuis la fin de la Brit pop et le repos pris par des groupes comme Oasis ou The Verve, la mode n’est plus aux groupes à guitares, même si Travis semble bénéficier du soutien de la presse anglaise. Trop peu de présence régulière dans les charts, une image ternie par des déclarations maladroites, une absence durant les derniers festivals d’été et probablement une campagne de promotion beaucoup moins agressive que celle réalisée pour Be Here Now... tout cela à contribué à faire de Peasants, Pigs & Astronauts une production mineure de l’année 1999. En apparence seulement, car, à l’écoute, on est à des années-lumières du travail bâclé, qui se répète et qui fait bailler l’auditeur. Non, Kula Shaker s’est donné du mal pour cet album mais a finalement accouché d’un album qui se tient de bout en bout, qui ne rompt pas avec ce que l’on connaissait des quatre mais qui explore encore plus la recette musique indienne/rock’n’roll. On ne reviendra pas sur cet album qui a fait l’objet d’une chronique par ailleurs mais il faut tout de même savoir que la tournée qui accompagna le lancement du disque s’avéra malgré tout un succès, même si la formation resta sur son île.

À la fin de la tournée, fut mis sur le marché Shower Your Love, le 3 mai pour être précis, qui, malgré une bonne couverture médiatique à Top Of The Pops, notamment, ne fit pas mieux que le single précédent. Le reste de l’année s’accompagna, cette fois de la présence à de nombreux festivals, tels Glastonbury (en seconde scène cependant), Lizard Festival et V Festival, entre-coupé d’une visite en Amérique du Nord et au Japon. À l’occasion du Lizard Festival, qui se tient en Cornouailles le 11 août, se déroule une éclipse solaire totale. Cet événement inspire Mills : « Dans un climat moderne avec plein de gens vivant en ville et regardant leurs télés plutôt que de se parler, je pense qu’il existe une petite chance de se sentir en phase avec la nature. Je pense que quand ça se produira, on réalisera que nous faisons partie de quelque chose de plus grand que nous. C’est une opportunité de ralentir pendant une minute et de réfléchir où nous sommes et où nous allons. On n’a plus trop cette opportunité de nos jours ».

Au Japon, le groupe est sévèrement chahuté par des fans enthousiastes, ce qui fit sensation chez les tabloïds britanniques où on parla de « lynchage du groupe » lorsque le groupe monta sur scène avec des minerves, ce que démentit Mills en expliquant qu’il avait seulement reçu un torticolis en allant voir Jeff Beck en concert... De retour en Europe pour quelques dates, les Londoniens évoquent dans la presse les prochaines échéances et révèlent qu’il existe des morceaux en préparation. Cependant, le 20 août, jour du V Festival, Kula Shaker se présente sans Jay Darlington, dont ses collègues sont sans nouvelles. On apprendra plus tard qu’il prenait des jours de repos après les concerts européens et qu’il avait coupé le contact avec le reste du groupe et le management. Ce dernier commençant à entretenir des relations difficiles avec les quatre puisque programmant de plus en plus de concerts alors que les musiciens paraissaient toujours sous le choc de l’anonymat dans lequel était sorti l’album. La saison des festivals s’arrêta là pour Kula Shaker. Évidemment, les rumeurs de séparations se répendirent plus rapidement qu’il ne le faut pour vérifier cette information. La formation ne fit aucune déclaration et, finalement, le 9 septembre, Mills annonce à ses amis sa décision de quitter le groupe, décision qu’il rendit public le 21 septembre par un communiqué de presse : « J’ai adoré le moment passé avec Kula Shaker et j’ai appris plus que je ne pouvais imaginer. Nous avons passé d’excellents moments et avons été un groupe très proches les uns des autres, mais il arrive un moment où l’on souhaite s’adonner à ses propres affaires. C’est comme le changement des saisons. Alonza, Paul, Jay et moi avons grandi ensemble, en fait, j’ai vécu avec eux pendant environ trois années. Je les considérerai toujours comme des amis et plus, beaucoup plus. J’ai été frappé par l’amour et le soutien que nous avons reçu tout au long des dernières années et nous voudrions remercier toutes les personnes qui ont pris part à cette incroyable chevauchée.
J’ai composé depuis que
Peasants, Pigs & Astronauts est paru, pendant une bonne partie de l’année, j’ai donc des chansons de prêtes[...] ». Le communiqué avait au moins le mérite de mettre un terme aux rumeurs circulant à propos du groupe mais, on reste surpris de la décision de Mills que rien ne laissait présager. Plutôt que de choisir la révolution totale, Mills annonce qu’il reste chez Columbia et qu’il espère sortir un disque avant le printemps 2000. Ironie du sort, la dernière chanson enregistrée par le quatuor est Ballad Of A Thin Man, une reprise de Bob Dylan en vue d’une compilation hommage. Sur ce morceau figurent les vers suivants :

Something is happening here/
and you don’t know what it is

Ces vers semblent correspondre parfaitement à ce qui se passait, même si le guitariste dissident révèlera plus tard qu’il réfléchissait à ce départ depuis le début de l’été. Kula Shaker n’est plus et ses membres vont se faire évidemment discrets pendant quelques temps. Mills mit sur pied un groupe « concept » appelé Pi, sans succès, avant de former The Jeevas en 2002, pour un résultat mitigé malgré deux albums. L’expérience ne dura pas plus longtemps que trois ans. Le batteur Paul Winter-Hart rejoignit Thirteen : 13, sans suites, cependant, et le groupe se sépara en 2001. Jay Darlington est peut-être celui qui rencontre le plus de succès. Depuis 2002, il accompagne Oasis en tournées où il dispense ses parties de claviers, participant à quelques enregistrements également. Autre bien heureux parmi les quatre, Alonza Bevan, qui rejoint Johnny Marr, l’ancien guitariste de The Smiths, dans son trio appelé The Healers, avec Zak Starkey aux fûts. Après un album paru en 2004, Boomslang, la formation est depuis quelques mois en sommeil, même si aucune déclaration n’a été faite et qu’un album est prévu pour le printemps 2006.

En fait, l’aventure ne s’est pas complétement refermée en septembre 1999 puisque la maison de disques détentrice des droits du groupe, Columbia, fait paraître pour les fêtes de fin d’année 2002 une compilation intiulée Kollected : The Best Of Kula Shaker sur laquelle paraît Ballad Of A Thin Man, l’ultime morceau du groupe. Ultime morceau du groupe ? Pas sûr, car plus de six ans après leurs derniers méfaits, trois des membres de Kula Shaker - Darlington actuellement occupé avec Oasis - se sont retrouvés sur scène lors d’un concert secret au pub londonien The Wheatsheaf. La scène est trucculente : le 21 décembre 2005, un groupe appelé The Garcons monte sur scène avec un chanteur affublé d’une perruque grise et commence à jouer un répertoire connu devant un public qui s’attendait à tout sauf à ça. Le groupe joua Govinda, Hush, Hey Dude et trois nouveaux morceaux, signe que la reformation était dans l’air du temps.

Oui, une reformation ! Et cette fois, Mills fit un déclaration heureuse lorsqu’il annonça dans un communiqué de presse, sur le site officiel du groupe : C’est officiel. Kula Shaker s’est relevé du puits sans fond. Comment et pourquoi sera révélé au bon moment, en même temps que le site poursuivera son éclosion et s’étendra[...]. Une déclaration brève, pleine de mystères mais qui risque de tenir les fans et les autres en haleine, d’autant plus que des dates sont annoncées pour avril 2006, même si Darlington ne pourra pas y participer, du fait de ses engagements avec Oasis.

Alors que rien ne laissait présager de cette reformation, tout semble désormais réuni pour que la magie reprenne, chaque musicien ayant bourlingué de son côté au gré d’expériences diverses. En tous les cas, on attend la suite mais parfois, c’est difficile de ne pas croire à la vie éternelle et à la réincarnation - The Garcons est là pour le prouver.



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