Portraits
Blondie, le joyau de la New Wave

Blondie, le joyau de la New Wave

par Milner le 7 juin 2005

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Naissance d’une étoile

C’est peu de dire que dans l’inconscient collectif, évoquer Blondie revient à mettre en avant le groupe de la chanteuse Debbie Harry, sex symbol à mi-chemin entre une Marylin Monroe et un personnage de comics des années 50. Mais sans les autres membres du groupe qui sublimaient leur musique pour laisser s’envoler la voix de Harry, le succès n’aurait jamais pu être au rendez-vous. Car le groupe qui va devenir Blondie est né à New York de la rencontre professionnelle et amoureuse du guitariste Chris Stein et de la chanteuse Deborah Harry, duo créatif du combo qui composera une caravane de tubes au moment où le punk sévissait. Née en Floride au lendemain de la fin de la Seconde Guerre Mondiale, Debbie Harry commence à chanter vers l’âge de 4 ans, âge où sa mère lui fait découvrir l’opéra par l’intermédiaire des fabuleuses voix de chanteurs italiens et où elle apprend à mettre en marche le petit poste de radio que la famille possédait dans la cuisine. « Je me revois totalement absorbée par ces disques, à côté de ma mère, aime à rappeler la chanteuse. C’étaient des moments très doux. En y repensant aujourd’hui, je me dis que la musique était pour moi la plus grande source possible de bonheur et de plénitude : rien ne m’apportait cette tranquillité-là, cette sensation d’invulnérabilité ». Ayant ensuite grandie dans le New Jersey - selon certains rapports, le coin des Etats-Unis le mieux pourvu en stations de radio - elle découvre le vieux blues, des chanteuses des années 30 et 40, des comédies musicales mais aussi le R&B et plus généralement tout ce qui mène au rock’n’roll. De cette époque bénie, Debbie Harry a gardé une ouverture d’esprit plutôt rare parmi les gens qui vivent de leur musique.

Mais bizarrement, ce n’est que vers l’âge de 17 ans qu’elle décide d’assumer son goût pour la musique populaire, ayant pris soin au préalable de ne pas faire de peine à sa mère . Avec l’invasion de la Beatlemania début 1964, elle devient une fanatique des 4 Scouser et devient membre de leur fan-club avant même d’avoir acheté le moindre disque du groupe. C’est également à cette époque que cette inconditionnelle de Ringo Starr s’imprègne de la musique de groupes de filles tels The Ronettes où bien du doo-wop qui passait sur des stations avant-gardistes de Newark. A la fin des années 60, Harry s’installe à New York, dans le Lower East Side, et l’époque vire psychédélique, contestataire si bien qu’elle s’éprend de The Doors et de The Velvet Underground, aux sonorités plus urbaines, sûrement pour la pulsation générale et le côté plus sulfureux de la rythmique. Malgré son engouement grandissant pour la musique du moment, elle est abonnée aux emplois plus ou moins précaires et après avoir été hôtesse bunny dans un club Playboy, elle devient serveuse au fameux club Max’s Kansas City où la crème de la scène new-yorkaise réside régulièrement. C’est l’époque où elle connaît une première expérience musicale comme choriste de Wind In The Willows, un groupe folk anodin qui publiera un unique album en juillet 1968. En 1970, Debbie Harry a alors 25 ans et décide de ne plus perdre de temps. Elle commence l’aventure des légendaires Stilettos, un trio parodique de girl group new-yorkais qui fit les belles soirées des clubs new-yorkais mais qui se contenta d‘un succès local.

Au Max’s Kansas City, la vie nocturne grouille de gens célèbres dans le monde des arts et de la musique. Deborah Harry y rencontre beaucoup de monde et fait la connaissance de Chris Stein, guitariste émérite à la recherche d’un groupe. Harry décide de collaborer avec le jeune homme en lui expliquant qu’elle rêve d’un mélange inédit entre le R&B et l’énergie des Shangri La’s. Le duo parvient à trouver des musiciens pour monter un groupe sur les cendres des Stilletos, armé d’intentions pop autrement plus sérieuses et commence à écumer d’autres endroits comme le CBGB’s, club qui verra à lui seul naître la quasi-totalité de la scène punk new-yorkaise. En août 1974, le groupe prend définitivement le nom de Blondie, appellation qui fait référence au personnage de bande dessinée créé par Chic Young en 1930 et à la coloration des cheveux de Debbie. « Lorsque je marchais dans la rue, il y avait toujours ces routiers qui hurlaient : "Blondie, hé Blondie !" À l’époque, notre groupe s’appelait Angel & The Snake, et pour ma part, je ne trouvais pas ce nom très attractif. Il ne correspondait pas à l’air du temps et ne reflétait pas ce que nous étions. Certes, nous avions un beau logo, très travaillé, mais je voulais quelque chose de moins intellectuel, quelque chose de simple et d’immédiat. Blondie était si évident... Et nous l’avons adopté ». Au côté de Television et de Patti Smith, Blondie devient vite l’une des principales attractions du mythique club new-yorkais, le CBGB. Outre Deborah Harry et Chris Stein, le groupe comprend à cette époque Jimmy Destri aux claviers, Clem Burke à la batterie et Gary Valentine à la basse. On ignore pourtant ce que portent les membres masculins de Blondie. Ils sont éclipsés par Debbie Harry, le premier sex symbol punk. Marylin destroy et désabusée, elle entretient les racines sombres de sa tignasse peroxydée et dévoile sa plastique sous ses robes déchirées agrémentant parfois le tout d‘un rouge à lèvre défiant le bon goût.


Denis, ascenseur vers la gloire

Après sept mois passés à se produire toutes les semaines au CBGB, Blondie publie enfin son premier single, X-Offender / In The Flesh le 17 juin 1976 sur le label Private Stock Records qui sort leur premier album baptisé tout simplement Blondie au début de l’année 1977. Malgré un bon succès en Australie avec la ballade In The Flesh, Blondie n’est pas satisfait de son premier album qui n’est ni plus, ni moins qu’une tentative punk assez ratée et confie alors son destin à un label moins confidentiel mais surtout plus puissant, Chrysalis Records. Un deuxième album, Plastic Letters, paraît dès octobre 1977 à l’échelle internationale. Ce nouvel effort cerne au mieux le talent du quintette à trousser de formidable chansons pop. Il contient Denis, le titre qui va ouvrir au groupe la voie du succès universel. Denis, c’est la reprise au masculin de Denise, qui fut un gros succès pour Randy & The Rainbows en 1963. Malgré le potentiel évident de la chanson, Debbie n’avait pas soupçonné l’impact qu’elle allait avoir sur la suite de leur carrière puisque ce morceau atteindra la seconde place des charts britanniques - contribuant déjà aux liens forts qui uniront le royaume et les cinq de Big Apple - alors qu‘il fera un bide au pays de l’Oncle Sam. Comme le dit la pétillante chanteuse : « Tout ce que je savais, c’est que c’était une très bonne chanson, très belle. Je me souvenais parfaitement de l’original que chantaient Randy & The Rainbows en 1963. Et je n’étais pas la seule puisque j’ai découvert en venant en France qu’un chanteur nommé Franck Alamo en avait fait une reprise sous le titre Sylvie, Sylvie. Oui, c’est vraiment une très belle chanson, très naïve, très sucrée, tout à fait charmante ».

Blondie, qui vient de décrocher son premier gros succès avec Denis, connaît déjà des changements de personnel. Après le départ de Gary Valentine, on note les arrivées de Frank Infante à la guitare rythmique et de Nigel Harrison à la basse. Côté production, Mike Chapman remplace Richard Gottehrer, qui avait réalisé les deux premiers albums de Blondie, apportant ses méthodes tatillons mais efficaces pour donner des arrangements musicaux plus percutants. Nullement découragés par ces évènements contraires sur Parallel Lines, leur troisième album paru en septembre 1978, le groupe se crédibilise définitivement et les musiciens y sont rois : ils s’en donnent à cœur joie, notamment le batteur Clem Burke à la frappe de mule, comme pour prouver qu’ils sont bien plus que les simples faire-valoir de leur chanteuse superstar. Album le plus abouti de la discographie de Blondie, il demeure l’un des mètres-étalon de la new wave : nerveuse, astucieuse et truffées de mélodies. Des invités de luxe se permettent même de poindre le bout de leur nez lors des séances d’enregistrement, tels le guitariste de King Crimson Robert Fripp qui fit une apparition remarquée sur Fade Away And Radiate, la face B du plus énorme tube du sextuor, Heart Of Glass qui est un #1 mondial de Tokyo à Ottawa au printemps 1979. Pierre angulaire du répertoire scénique depuis les débuts, cette chanson blues subit un sérieux lifting en plusieurs séances de studio afin de surfer sur la vague disco qui déferlait dans les boîtes de nuit. Maintes fois imitée mais jamais égalée, cette chanson demeure avec le Y.M.C.A. des Village People la référence mondiale en matière de disco. La conséquence, c’est que toutes les chansons sont excellentes, avec une mention particulière à la trop méconnue version du Hanging On The Telephone de Jack Lee, membre de The Nerves, groupe rock’n’roll de Chicago. Grâce au succès de Heart Of Glass, l’album Parallel Lines se vend à plus de 20 millions d’exemplaires dans le monde et la "Blondie-mania", ou plutôt la "Debbie-mania", s’installe un peu partout. En Angleterre, le premier pays qui a reconnu son talent, le groupe obtient un nouveau #1 avec Sunday Girl, chanson pop jouant sur les clichés du romantisme avec son passage chanté en français. En cette année 1979, Blondie est tout simplement devenu le plus grand groupe pop de la planète.


L’option disco, une marque de fabrique

A la suite de nombreux passages télévisuels et d’une tournée mondiale, le groupe retourne en studio pour y concocter une nouvelle recette sonique mais finalement toujours axée sur les ingrédients du succès : guitares power-pop et sensibilité pop outrageusement mise en avant. Le quatrième album de Blondie, Eat To The Beat, paraît à l’automne 1979, et pour la première fois dans l’histoire du rock, il est également disponible en images, sous la forme d’une vidéo long format qui contient les onze clips des onze chansons qui le composent. Comme pour contrebalancer le phénomène Blondie, Harry expliquait : « En formant Blondie, nous nous sommes tous dit que le cinéma, tout comme les dessins animés et les BD, devaient faire partie de nos références graphiques, visuelles. La légèreté et le sens de l’absurde sont deux éléments que nous avons hérité du monde des "comics" américains, deux éléments qu’une minorité seulement des critiques rock parviennent à saisir lorsqu’ils considèrent Blondie. C’est l’un des grands drames de ce groupe : nous sommes pris beaucoup trop au sérieux. Rectification : le rock’n’roll dans son ensemble est pris beaucoup trop au sérieux ». Bardé de morceaux tels le cold wave-pop très british Union City Blues (impeccablement repris quinze ans plus tard par les oxfordiens de Radiohead), l’hypnotique Atomic au solo de basse des plus lubriques ou encore le funky The Hardest Part, l’album Eat To The Beat fourmille de tubes et devient le digne successeur de Parallel Lines mais curieusement, l’album ne parvient pas à s’imposer aux États-Unis. En Europe, il en va tout autrement et l’effarante Dreaming fait un véritable carton. Blondie est alors au plus haut de son succès avec une formule gagnante qui associe des chansons commerciales et des vocaux clairs et légers, avec un soupçon d’agressivité punk. Cette recette leur permet d’atteindre un très large public, à la fois pop et rock. Debbie Harry, quant à elle, est devenue sans mal un des sex-symbols du rock les plus photographiés. Et quand Norman Mailer l’immortalise pour la couverture de Vogue, c’est une autre forme de consécration internationale.

Cette surexposition médiatique n’a pas que des conséquences bénéfiques. Les musiciens de Blondie ont de plus en plus de mal à accepter d’être relégués au second plan, ce qui entraîne aigreur et jalousies. Au moment où Blondie est #1 en Angleterre avec Atomic, Paul Schrader termine le film American Gigolo. Giorgio Moroder, qui en a écrit la musique, cherche un interprète pour le titre principal, et son choix s’arrête sur Blondie. « Giorgio Moroder était une grande star dans le domaine de la musique et du business, note Debbie Harry. Il avait fait tous ces disques fabuleux avec Donna Summer. Et là, il était en train de réaliser la bande son du nouveau film de Paul Schrader, American Gigolo. Je ne me souviens plus si c’est Giorgio ou Paul qui nous a mis sur le projet, mais en tout cas, ils nous ont envoyé une maquette de la chanson qu’avait composée Giorgio et qui s’appelait à l’époque Man Machine. Giorgio en avait aussi écrit le texte et c’est lui qui chantait sur la démo. Nous avons tout de suite adoré la musique, mais les paroles, nous ne les trouvions pas, comment dire, très appropriées. Nous lui avons donc demandé s’il était d’accord pour que nous réécrivions le texte et il a dit : OK. Je pense qu’il avait très envie de travailler avec nous et qu’il était curieux de voir ce que nous pourrions tirer de sa chanson. Nous nous sommes alors tous rendus à l’Hôtel Pierre où on nous a projeté un pré-montage du film et dans la foulée, nous avons écrit les paroles de Call Me ».

La collaboration électro-rock Call Me est en tête des charts de chaque côté de l’Atlantique et s’installera aux États-Unis pendant six semaines consécutives. Pour le magazine Billboard, c’est le single de l’année 1980. Après l’escapade American Gigolo, Blondie publie l’album Autoamerican en novembre 1980. Le premier single qui en est extrait confirme l’option ’grosse lampe qui tourne’ amorcée par le groupe avec Heart Of Glass, Atomic et Call Me et délaissant la power pop furieuse des premiers albums : il s’agit de la reprise d’un reggae composé par John Holt, The Tide Is High. John Holt l’avait d’ailleurs lui-même enregistré dans une version très proche avec son propre groupe, les Paragons. Et même si les fans de la première heure renâclent, The Tide Is High est de nouveau numéro un aux États-Unis et en Angleterre. Cet avant-goût tropical confirme le contenu plus éclectique de ce cinquième album puisqu’il donnera un autre #1, Rapture, en mars 1981. Pour Chris Stein et Debbie Harry qui ont écrit la chanson, c’est une grande fierté, car c’est la première fois qu’un rap s’impose au niveau national aux États-Unis. En effet, le titre fondateur du genre, le Rapper’s Delight de Sugarhill Gang, n’avait pas dépassé la 36ème place du hit-parade yankee l’année précédente. C’est ce titre (notamment la partie rap de Harry) qui, en France, inspirera le groupe Chagrin D’Amour pour son tube Chacun Fait (C’Qui Lui Plait). En 1981, la compilation en forme de bilan The Best Of Blondie ne fait que confirmer ce que l’on pressent depuis Autoamerican, l’album de l’année précédente : le groupe est au bord de la rupture. Pour tenter de calmer les tensions, les musiciens se séparent et s’attellent à des projets personnels. Debbie publie son premier album solo, Koo Koo ; Jimmy Destri enregistre le sien, Heart On A Wall ; Clem Burke se lance dans la production de jeunes groupes new-yorkais ; Nigel Harrison retourne en Angleterre et Chris Stein compose la bande originale du film Polyester. Pourtant, contrat oblige, tout le monde se retrouve en 1982 pour un dernier album, l‘indigent The Hunter. Les ventes internationales s’effondrent, les conflits internes et les problèmes de santé apparaissent au grand jour et la nouvelle direction musicale du charmant calypso Island Of Lost Souls confirme bien que Blondie est un groupe à singles et n’a plus jamais livré un album réussi dans son intégralité depuis Parallel Lines. The Hunter part dans tous les sens et ne sait pas vraiment quelle direction prendre ; le cœur n’y est plus vraiment et ça s‘entend.

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No Exit ou le courageux retour de Blondie

Alors que Blondie entame sa dernière tournée, Chris Stein connaît de très sérieux ennuis de santé (il se murmure qu’il souffrirait d’une déficience génétique) qui précipitent la fin du groupe. La rupture consommée, Deborah Harry passe les années 1983 et 1984 au chevet de Chris. Professionnellement, elle se contente d’une apparition au cinéma dans Videodrome et au théâtre dans Teaneck Tanzi : The Venus Flytrap, une pièce qui ne tient malheureusement l’affiche qu’une seule soirée ! Chris Stein rétabli, Debbie Harry revient à la chanson en 1986 avec un deuxième album solo, Rock Bird, qui annoncera une carrière solo de cinq efforts des plus convenues. A aucun moment durant les seize années qu’a duré leur séparation, la chanteuse le confirme, les ex-membres de Blondie ne se perdent de vue : « Nous sommes constamment restés en contact. De temps en temps, on se croisait ou on se parlait au téléphone. Bien sûr, durant toutes ces années, Chris et moi nous sommes restés très liés et nous nous sommes souvent retrouvés pour de longues conversations amicales à propos de tout et de rien. Et puis, il m’arrivait lors d’une sortie de tomber sur Jimmy ou de rencontrer Clem dans une soirée, ce genre de choses... En fait, nous sommes toujours restés aussi proches que nous l’étions à l’époque du groupe ». Une première reformation de Blondie a lieu début 96 : plusieurs chansons sont enregistrées avec leur ancien producteur, Mike Chapman, puis deux nouveaux titres sont mis en boite avec deux ex-Duran Duran en vue d’une compilation. Mais ces retrouvailles n’ont pas de suite et le matériel est remisé dans un tiroir. En 1997, sous le pseudonyme de Adolph’s Dog, Blondie réapparaît sur un disque en hommage à Iggy Pop, We Will Fall : The Iggy Pop Tribute. Cette fois, c’est plus sérieux, et après sa participation à un festival à Washington, le groupe annonce officiellement sa reformation et son intention d’enregistrer un nouvel album.

On peut trouver de multiples raisons au retour de Blondie : le succès de groupes comme Garbage n’y est sûrement pas étranger, tout comme la réapparition d’Atomic dans les hits-parades grâce à son utilisation dans la campagne de pub d’un fameux soda. Sur ce sujet, Chris Stein propose une explication moins matérielle : « Pourquoi nous sommes-nous reformés ? En fait, c’est assez simple. Blondie avait eu beaucoup de succès, nous étions un groupe reconnu. Et pour ma part, je ne voulais pas un jour avoir le sentiment d’avoir raté une opportunité, je ne voulais pas me retrouver dans dix ans à me dire : Zut, j’aurais dû le faire, et ne l’avoir pas fait. Et puis, il y avait l’envie de participer à notre façon, c’est-à-dire activement, au changement de millénaire. Sans compter les fans qui attendaient ce moment depuis très longtemps ». La reformation de Blondie est aussi un acte de raison, les musiciens ayant bien été forcés d’admettre qu’ils avaient besoin du groupe pour donner la pleine mesure de leur talent. Et plutôt que de voir la formule "ex-Blondie" accolée à vie à leur nom, ils ont préféré réactiver la structure qui avait permis leur épanouissement musical. C’est d’ailleurs ce que Chris Stein et Debbie Harry ont voulu exprimer en choisissant le titre du septième album qui marque leur retour en mars 1999, No Exit. Le groupe se présente sous la forme d’un quatuor composé de Debbie Harry, Chris Stein, Jimmy Destri et Clem Burke. Nigel Harrison et Frank Infante ne sont pas là : ils sont d’ailleurs en procès avec leurs anciens camarades à qui ils réfutent le droit d’utiliser le nom Blondie sans leur accord. Du point de vue artistique, contrairement à celle de bien d’autres groupes "historiques", la reformation de Blondie apparaît comme totalement justifiée. Car l’écoute de No Exit constitue une très agréable surprise. Malgré les années, le groupe n’a rien perdu de sa créativité et l’on reste admiratif devant son habileté à composer des chansons imparables, mémorisables dès la première écoute, à l’instar du single Maria, qui se classe très vite numéro un en Angleterre. Le come-back de Blondie en 1999 avec No Exit n’était pas qu’un feu de paille, l’album suivant de 2002, The Curse Of Blondie, est là pour le prouver. Varié et libre, l’album n’a d’autre fil conducteur que la qualité des chansons qui le composent.

The Curse Of Blondie paraît sur un nouveau label, Epic, et ce changement de maison de disques n’est pas simplement anecdotique. Pour Debbie Harry, c’est un choix réfléchi que le groupe a fait en toute connaissance de cause : « Je crois que nous travaillons bien avec cette maison de disques. Ils ont une bonne perception de ce que nous sommes et de notre histoire. Je crois aussi qu’ils sont prêts à prendre quelques risques avec nous, à faire quelque chose de légèrement différent, d’un peu plus aventureux. Je l’espère en tout cas ; on verra. Car il ne faut pas oublier que tout ça, c’est du business, c’est une activité très contraignante et nous savons tous que l’industrie du disque se trouve devant un dilemme délicat avec le téléchargement, et nous y sommes partie prenante, et nous comprenons parfaitement les deux points de vue qui s’opposent. Je sais que les CD sont très chers, surtout pour les jeunes et les chômeurs. Il ne peuvent pas acheter de disques, or nous, nous voulons qu’ils puissent avoir accès à notre musique. Mais en même temps, nous voulons être payés pour notre travail : c’est une position à double tranchant. J’espère qu’on pourra trouver une solution. On est dans un nouveau monde technologique qui touche aussi et surtout la musique. C’est la rançon du progrès ».

The Curse Of Blondie scelle le courageux retour d’un groupe dont l’énergie et l’inspiration sont intactes. On se rend compte ainsi que la musique du groupe n’est pas destinée à un public particulier. Blondie est devenu d’une certaine façon des miroirs pour le public parce qu’il a vécu chacun de son côté les mêmes expériences. Ce que l’on constate pendant les concerts, c’est que le combo joue pour un public dont l’âge va de douze à soixante ans. Il s’adresse à tout le monde et c’est ce qui fait les grandes foules. D’ailleurs, elle demeure la seule formation a avoir engendré des tubes placés à la première place des charts britanniques dans les années 70, 80 et 90. Premier groupe à notre connaissance à être emmené et dominé par une fille, Blondie a ouvert la voie à des artistes aussi divers que Hole, Garbage, The Cardigans, Annie Lennox voire Madonna et est considéré comme le pionnier dans l‘art de combiner différents styles de musique avec succès. Deborah Harry, qui vient d’être honorée par un timbre à son effigie émis par la poste du Mali, savoure l’instant présent, sans tirer de plans sur la comète. Car, après tout qui sait de quoi l’avenir est fait ?

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[1Sources bibliographiques :

- Ouvrages : BlondieStyle par Steve Pafford, 2002.
- Magazines : Rock & Folk, Les Inrockuptibles, Q Magazine
- Interviews : Georges Lang

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