Portraits
Felt, beautiful losers

Felt, beautiful losers

par Oh ! Deborah le 9 octobre 2007

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Lawrence se plaindra plus tard de la mauvaise qualité rendue par les labels indépendants : « Primitive Painter a été notre tube potentiel. Sur un autre label, on aurait pu avoir du succès, c’est triste. Signer les groupes ne suffit pas, il faut forcer les choses. Les labels indépendants ne savent pas le faire, je ne les aime pas. Il vaut encore mieux subir la pression de l’argent, je ne veux pas être libre. Lorsque tu commences un groupe, tu sais que ce sera dur et tu dois l’accepter ». Le contradictoire Lawrence nous dit adorer les majors, pourtant il déteste ne pas avoir un contrôle total sur ses disques... Il faut dire qu’à l’époque, en plus de l’ombre faite par la toute nouvelle avalanche de groupes-MTV, la naissance des labels dits indépendants se montre rarement efficace pour révéler un minimum la qualité sous-jacente des années 80 (hormis quelques exemples comme Cure ou REM). C’est ainsi que les préjugés négatifs sur la décennie, telle une malédiction maladive et contagieuse, commencent à se dessiner et progresseront vers une loi indélébile.

Peu après, Robin Guthrie produit l’album Ignite the Seven Cannons, avec Cocteau Twins dans les studios. Le premier morceau de l’album laisse place à une new wave planante et lisse, rappelant la production des albums de Cocteau twins. L’album renvoie aux mémoires de l’enfance, diffère radicalement des autres au niveau du son, déconcerte les premiers fans, et devient le plus populaire du groupe. Primitive Painters est alors un hymne adolescent, certes encore un peu confidentiel. A mon goût, l’album est globalement moins bon qu’un album de Cocteau Twins et moins bon qu’un autre album de Felt. Peu importe, il permettra au groupe d’acquérir une petite reconnaissance. C’est aussi celui qui voit l’arrivée de l’orgue de Martin Duffy agé de 16 ans et qui, paraît-il, est un génie. Durant la tournée qui suivra, Felt se produira en première partie de The Jesus And Mary Chain, en novembre 1985.

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FELT
De gauche à droite : Ainge, Duffy, Lawrence, Deebank

 Clash entre leaders

Après quoi, le groupe perd deux de ses membres : Deebank (compositeur et guitariste doué) et Mick Lloyd (bassiste) remplacé par Marco Thomas... Lawrence dira que « Felt est un groupe mais au début, c’était moi et Maurice Deebank. Mais ce dernier ne comprenait pas le business de la même façon que moi. Avant de faire des disques, on s’entendait bien, mais le business nous a séparé ». Et ce n’est pas tout. Alors que Felt enregistrait Ignite..., Deebank proposa un entracte à Lawrence pour lui montrer son alliance. Il s’était alors marié la semaine précédente avec une Espagnole rencontrée lors d’une date à Barcelone. Lawrence se souvient : « Dès l’instant où il est sorti du van, après la dernière session d’enregistrement, il a dit ’Je veux être avec ma femme à présent’, et c’est la dernière fois que nous l’avons vu. »

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Lawrence et Deebank

La guitare étant partie, l’orgue de Martin Duffy sera renforcé et restera au sein de Felt avant que Duffy n’officie plus tard dans Primal Scream. Aussi, Felt prend un nouveau guitariste, Neil Scott (qui jouait dans Everything But The Girl), change de label, pour Creation, se faisant signer par Alan McGee, dénicheur de jeunes talents. Ils sortent un single, Ballad of The Band, (enregistré par Guthrie) qui fait directement allusion à la relation entre Lawrence et Deebank. Lawrence l’avait en fait composé quand Deebank était encore dans le groupe. Il chante :

"Ou étais-tu lorsque je travaillais ?
Tu étais toujours au lit.
T’es qu’un idiot (...)
Tout est de ma faute, oui c’est moi le responsable,
Je n’ai pas d’argent, je ne suis pas connu
Et c’est pourquoi j’ai presque envie de renoncer
Et toutes ces chansons, comme Crystal ball, Dismantled King
Tu sais je les aime toutes
Mais malgré tout j’ai presque envie de renoncer".

Avec de plus en face b de ce single, une chanson intitulée I Didn’t Mean To Hurt You ...

Un nouvel album Let The Snakes Crinkle Their Heads To Death voit le jour en septembre 1986. Celui-ci se réconcilie avec le son originel du groupe, un album d’environ 17 minutes pour une dizaine de morceaux entièrement intrumentaux. C’est la première fois que Lawrence assure toutes les parties de guitares sur un album. Au sujet de son titre tordu, le chanteur dira plus tard que « Le titre venait d’une lettre que j’avais écrite à une fan de Felt et j’ai terminé ma lettre inconsciemment par ’Lawrence - Let The Snakes Crinkle Their Heads To Death (Laisse les serpents se crêper le chignon jusqu’à la mort), mais je ne sais pas d’où c’est venu ! J’ai montré ceci à Creation en disant ’C’est génial !’ Et Bobby Gillepsie (leader de Primal Scream Ndlr) m’a dit : ’C’est le pire titre que je n’ai jamais vu, tu fais une erreur !’ J’aurais dû écouter Bobby. Je déteste ce titre. Tout le monde fait des erreurs et c’est la pire que j’ai faite ! » Au final, l’album ne ressemble à rien d’autre qu’à Felt, ou à des espèces de génériques pour enfants, avec toujours, cette pointe de mélancolie. Lawrence dira plus tard qu’il est son préféré. Dedans, l’orgue de Duffy fait des ravages mélodiques et fait beaucoup penser aux orgues utilisés dans les années 60, en contradiction avec les synthés de l’époque que Lawrence n’aime pas.

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FELT
De gauche à droite : Martin Duffy, Marco Thomas, Lawrence, Gary Ainge


Vos commentaires

  • Le 11 novembre 2011 à 17:24, par Laurent Chevalier En réponse à : Felt, beautiful losers

    Merci infinimment pour ce morceau d’érudition « lawrencien » pertinent et informé.
    Mon histoire personnelle avec Felt a commencé en 1981 ou 1982 (?) à Nancy à 2 pas de la « place Stan’ » dans la triste boutique d’un disquaire-marchand de partoches et d’instruments, pas du tout branché...On découvrait et achetait alors beaucoup « à l’instinct », en fouillant compulsivement les bacs...Le maxi « Penelope Tree » vient de là, 30 ans après, Felt m’apparait encore plus comme un petit miracle de mystère et de douloureuse beauté.Felt, 1ère pierre à l’édifice d’une période d’une richesse insoupçonnée et scandaleusement mésestimée. Permettez-moi à cet effet de vous citer :

    « Il faut dire qu’à l’époque, en plus de l’ombre faite par la toute nouvelle avalanche de groupes-MTV, la naissance des labels dits indépendants se montre rarement efficace pour révéler un minimum la qualité sous-jacente des années 80 (hormis quelques exemples comme Cure ou REM). C’est ainsi que les préjugés négatifs sur la décennie, telle une malédiction maladive et contagieuse, commencent à se dessiner et progresseront vers une loi indélébile. » Eh oui, hélas, vous n’avez que trop raison. Citons le précieux « Rip It Up and Start Again » de l’excellent Simon Reynolds comme témoignage essentiel et...quasi unique de ce foisonnement à re-découvrir de toute urgence (Oublis majeurs néanmoins de l’auteur à mon sens : Monochrome Set, Eyeles in Gaza,...)

    Bien à vous, Oh ! Rédactrice ! je vais prendre le temps d’aller découvrir vos nombreuses contributions sur ce site, que je n’avais fait jusqu’ici que survoler, honte à moi !

    Laurent

  • Le 12 novembre 2011 à 22:11, par Oh ! Deborah En réponse à : Felt, beautiful losers

    Merci Laurent ! Ca fait toujours plaisir de lire les rares fans de Felt.

    Vous avez donc eu la chance de découvrir Felt en temps réel, et surement d’autres groupes de cette fabuleuse période.

    Vous avez raison de citer Simon Reynolds, je m’y suis souvent référée, son livre est riche, très détaillé, avec des descriptions justes et accessibles. Pour ne citer qu’un oubli, flagrant et pas innocent je pense, c’est The Cure. Ils sont juste évoqués. C’est bizarre de faire à ce point l’impasse sur un des représentants du post-punk, donc mystère... Et Monochrome Set, effectivement.

    A bientôt !

  • Le 12 novembre 2011 à 22:15, par Oh ! Deborah En réponse à : Felt, beautiful losers

    J’ai oublié d’ajouter, si vous recherchez d’autres articles sur Felt, il y a un site qui regroupe tout (majoritairement en anglais par contre) : http://felt.planetaclix.pt ainsi qu’un livre écrit par un français, JC Brouchard : « Felt : Ballad of the Fan ».
  • Le 4 décembre 2011 à 21:23, par etienne En réponse à : Felt, beautiful losers

    Un livre de photos de FELT avec un avant propos de Lawrence devrait sortir aux éditions Firstthirdbooks au début 2012 : FELT - The Book

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Sources :
 
Inrockuptibles N°21, 1990 (interview par Bates)
Felt Tribute Site, http://felt.planetaclix.pt, contient notamment les articles et liens suivants :
-* Option, 1988 (article de Joe Press)
-* Box set booklet (interview par Kevin Pierce)
-* NME, novembre 1986
-* http://vivonzeureux.blogspot.com (articles de Pol Dodu)
-* http://www.musicianguide.com (article de Tiger Cosmos)
-* http://www.furious.com (article de Lee McFadden)
-* http://www.tangents.co.uk (article de Alistair Fitchett, 1996)