Portraits
Blur, mis au net

Blur, mis au net

par Milner le 6 avril 2005

Groupe très influent des années 90, Blur a su se renouveler pour conserver sa place parmi l’élite britannique. De Colchester au Maroc, retour sur un itinéraire musical atypique !

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Le second album, Modern Life Is Rubbish, paru le 10 mai 1993 et c’était un grand pari pour le groupe que de concentrer sa nouvelle attitude dans ce slogan. « Si le punk prétendait rejeter les hippies, se défendait Albarn, nous, nous voulons en finir avec le grunge. Je crois que le titre de Modern Life Is Rubbish est la chose la plus importante de la culture populaire depuis Anarchy In The U.K. ». La solitude des gens, l’inquiétude face à l’avenir, l’écologie, le stress, la publicité, la consommation, la violence et la décadence de l’Angleterre sont les thèmes traités par le chanteur qui paraissait vouloir enterrer les rares profondeurs littéraires qu’il démontra dans Leisure pour se concentrer sur des paroles qui soulignaient des situations réelles. D’un point de vue musical, l’album correspond à sa trame littéraire. L’atmosphère asphyxiante et le climat semi-punk en font un disque rude et peu commercial dans l’ensemble, qui sacrifie son côté mélodique potentiel en faveur d’une description énergique du monde actuel. Clairement cette année-là, c’était du jamais entendu depuis la fin de The Smiths bien qu’il manque d’une consistance suffisante pour qu’on puisse le qualifier d’œuvre majeure du groupe. La répercussion qu’il obtint vint confirmer ces prémisses. L’album atteignit la 15ème place des charts en pleine vague grunge ; pourtant une partie assez importante de la critique l’accusait de n’être qu’un pastiche et d’être rétro, en contradiction avec un artiste comme Paul Weller qui vit dans Modern Life Is Rubbish une renaissance de la pop anglaise et défendit l’idée d’une écriture nationale qui casserait l’hégémonie yankee.

« Dans Modern Life Is Rubbish, on se méfiait, mais à présent on a dépassé tous ces préjugés. À nos débuts, je disais à tout le monde : ne nous jugez pas, attendez cinq ans. Maintenant, l’heure est peut-être arrivée de faire nos preuves. ». Albarn résumait bien l’attente des médias en cette année 1994, avides de s’occuper d’un phénomène britannique du calibre de The Stone Roses ou The Smiths, afin d’augmenter leurs ventes. En préambule au troisième album, le groupe - toujours très prolifique - publia Girls And Boys le 28 février 1994, qui serait le point de départ de la blurmania. Conçu comme un tube estival destiné à remplir les pistes de danse des Baléares, Mykonos, Benidorm et autres endroits fréquentés, en été, par les hordes de rosbifs écarlates, il sut définir l’amour des années 90 en parlant de prévention et d’androgynie. Ce fut le premier single réellement pop du quator au sens commercial du terme, à cause de l’utilisation de rythmes programmés qui relégait le batteur Rowntree au rôle de simple spectateur et surtout du refrain qui contenait une espèce de comptine définissant l’ambigüité sexuelle de l’époque. Ayant atteint la 5ème place, elle restera la chanson pop de 1994 et l’album Parklife - dont la trame littéraire si proche de la vie quotidienne et du présent le plus enragé, les images inspirées sur la rue et la consistance de la composition des chansons - sera encensé par la critique. A la fin de cette même année 1994, Blur est le deuxième groupe le plus vendeur du royaume avec Parklife, classé plus haut dans les charts que le Dookie de Green Day et le MTV Unplugged In New York de Nirvana et son seul rival n’est autre que Oasis.

Tout devient plus gigantesque pour le groupe en Angleterre. Sur scène, Blur s’impose comme une référence dont Damon Albarn, énervé, sautant comme un cabri puis toujours prêt à voyager de verre en verre jusqu’au bout de la nuit, en est la principale attraction. Débordements et débauches démentielles ; dépravation et arrogance accrues sont le lot quotidien du groupe à l’époque. « La soirée des Brit Awards 95, se remémore Albarn, a été un long supplice pour moi. J’avais envie de demander au jury d’en laisser un peu pour les autres. » Cette combinaison explosive (débauche et arrogance) assure à Blur d’être continentalement perçu comme le plus grand groupe pop des nineties. Un quatrième album sort en septembre 95 qui dévoile chez les quatre musiciens la fin de la trilogie sur l’Angleterre, qui commença avec Modern Life Is Rubbish, continua splendidement avec Parklife et termine avec ce dernier disque, car The Great Escape, malgré une musique assez acceptable, n’a pas pour lui le facteur suprise sinon la répétition des sons, producteurs et concepts. Le thème du disque semble se centrer sur la démence du monde moderne et sur l’agonie de l’avenir sombre qui nous attend. Musicalement parlant - à l’exception de The Universal prévu pour l’album Parklife en version ska - l’album semble plus évoquer XTC sous influence music-hall que Buzzcocks ou The Kinks. Le producteur Stephen Street en parle d’ailleurs comme un disque de transition ...



[1Sources diverses

Magazine : Rock & Folk, Les Inrockuptibles, Rock Sound, Q Magazine.

Fanzine : Blurb.

Ouvrage : Blur par Juan de Ribera Berenguer (1996).

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