Portraits
Blur, mis au net

Blur, mis au net

par Milner le 6 avril 2005

Groupe très influent des années 90, Blur a su se renouveler pour conserver sa place parmi l’élite britannique. De Colchester au Maroc, retour sur un itinéraire musical atypique !

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 Blur vs Oasis

C’est précisément cette année-là que se met en marche la manœuvre de marketing la plus parfaite jamais vue dans le monde pop anglais. Profitant de la conjoncture de sortie des albums des plus gros vendeurs du royaume, Blur et Oasis, leurs propres maisons de disques décidèrent de faire revivre de vieilles querelles du genre The Beatles vs The Rolling Stones, The Sex Pistols vs The Clash ou The Stone Roses vs Happy Mondays, en faisant une parodie. Ils décidèrent de faire coïncider les deux dates de sortie des singles inauguraux afin de déterminer lequel des deux groupes obtiendrait le titre de meilleur groupe pop de l’année. Jusqu’à présent, les relations entre les deux groupes n’avaient pas été conflictuelles du tout. Mais, au cours du « Breakfast Show » de Chris Evans à Radio 1, Albarn affirma très péjorativement que Roll With It sonnait comme Status Quo tandis que Noel Gallagher mit une touche désagréable en déclarant quelques mois plus tard : « J’espère que le bassiste et le chanteur de Blur vont attraper le sida et en mourir. » Scandale et excuses publiques s’ensuivront, dénotant le caractère pathétique de l’affaire. Le single Country House de Blur eut beau avoir vendu 30 000 exemplaires de plus que son rival et devenir leur premier #1, personne dans cette histoire n’en sortit grandi, comme le raconte si bien Albarn : « C’est un titre que nous avons présenté pour la première fois lors de notre plus gros concert, au Miles End Stadium. Nous étions le premier groupe de notre génération à jouer dans un stade. Et sur Country House, 40 000 personnes sont devenues folles. Elles reprenaient le refrain en chœur, alors que nous ne l’avions pas joué une seule fois. On n’a pas su lutter contre cette expérience. Soudain, il fallait sortir le single, un simple naïf, comme nous, qui avions 26 ans à l’époque. Aujourd’hui, je ne referais certainement pas ça » ...

 Virage...

« À l’époque de The Great Escape, raconte Coxon, Blur est devenu une prison. Nous ne pouvions pas échapper aux formats stricts des chansons pop. Couplet, refrain, couplet, refrain, nous marchions à la baguette...La journée, dans le bus, je passais des cassettes de groupes hardcore inconnus de San Diego et le soir, je jouais Girls And Boys sur scène ... Le décalage était trop grand  ». Sentant un essoufflement au sein du groupe, lassé par l’étiquette poppy qui leur colle désormais à la peau, le quator stoppe alors toutes activités à la fin 1996 ce qui permet à Albarn de renouer avec ses premiers amours en apparaissant dans un film d’Antonia Bird, Face (paru en 1997). Afin de vaincre leurs problèmes internes, ces crises provoquées par le stress, les tournées, Damon Albarn n’hésite pas, comme Thom Yorke avec Radiohead, à faire prendre à son groupe un virage décisif qui va contribuer à l’extirper définitivement de la gangrène britpop et à le propulser au panthéon des groupes expérimentaux. Fini The Kinks, The Jam, Madness et autres références sixties bien trop embarrassantes. On retrouve à la place un rock sec, minimaliste et vaguement atmosphérique puisque le groupe semble alors tapiner du côté de Pavement et faire de la lo-fi en 72 pistes. Pour échapper à la chape de plomb qui menaçait de s’abattre sur le groupe lors des séances d’enregistrement à Londres, Blur s’enfuit pour l’Islande pour y terminer son cinquième album éponyme, publié en février 1997. Disque opportuniste et bancal, compromis entre les aspirations expérimentales de Coxon et celles, plus pop, du groupe, il eut comme effet de rendre crédible le groupe au sein du public au moment où la britpop semblait s’effondrer sur elle-même et ne plus pouvoir rivaliser avec la révolution techno. Un premier simple Beetlebum fut lancé en janvier 1997 afin de laisser entrevoir la nouvelle identité de Blur. Première véritable introspection musicale à la manière d’un Lennon se réinventant sur John Lennon / Plastic Ono Band, ce titre vit le quatuor utiliser pour la première fois des sonorités électroniques, une concession à la mode de l’époque. C’est que Coxon fit finalement découvrir au reste du groupe le rock américain indépendant si cher à ses yeux comme Beck, Tortoise ou The Beastie Boys ce qui constitua un réel échappatoire artistique puisqu’il signe alors sa première composition pour le groupe You’re So Great, préfigurant sa future carrière solo.

Cet album verra surtout pour la première et dernière fois le groupe s’imposer aux Etats-Unis - territoire peu convoité auparavant du fait du contenu anglocentriste peu reluisant du répertoire musical du quatuor - par leur plus gros carton international Song 2. « Nous étions au Mayfair Studios à Primrose Hill pour y enregistrer l’album, se remémore James, nous travaillions sur un morceau et je vis Graham installer deux kits de batterie pour que lui et Dave puissent y jouer en même temps cette rythmique tout en grabuge. Puis le refrain s’est construit sur deux lignes de basse distordues et le filet vocal de Damon comme repère. C’était un peu comme un retour en arrière puisqu’on avait toujours joué des morceaux rock au contenu peu consistant bien que ce ne soit peut-être pas pour ça que nous sommes le plus connus. C’était plus ou moins fait en dix minutes. On a ensuite essayé de l’emmener en Islande pour le terminer mais sans succès. Parfois, la chose qu’on fait en premier reste la meilleure et n’a plus besoin d’être retravaillée pour la rendre plus brillante. Pourtant, ce n’était pas couru d’avance que la chanson soit un hit certifié, on pensait qu’elle était trop courte. Ce n’est que lorsque la branche américaine de la maison de disques a commencé à sauter dans tous les sens qu’on a compris de quoi on avait accouché ... ». Le morceau décrocha une deuxième place dans les charts britanniques et cartonna une bonne partie de l’année à l’étranger. L’album, quant à lui, se hissa jusqu’à la première place en Angleterre et obtint une gratifiante place dans le Top 60 du Billboard. Il était alors inconcevable d’éviter une tournée nord-américaine. Albarn s’exprime en des termes sans équivoque : « Pendant trois mois, avec Song 2, nous avons conquis l’Amérique. Une conquête brève mais qui nous a amplement suffi. Soudain nous étions partout, jusqu’au Simpsons. Nous pourrions le refaire. Tenter de pénétrer la culture américaine, tourner là-bas. Mais ça offre quoi ? On se retrouve à des kilomètres de chez soi, il faut tout répéter cent fois, devenir une marque déposée. Ce n’est pas mon idée de l’avenir. »



[1Sources diverses

Magazine : Rock & Folk, Les Inrockuptibles, Rock Sound, Q Magazine.

Fanzine : Blurb.

Ouvrage : Blur par Juan de Ribera Berenguer (1996).

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